Un Léonard canadien

Andrew Milne – Dreams of machines de Patrick Lowe, a remporté la palme du meilleur documentaire au Los Angeles Independant Film Festival de 2015 – et on peut voir la chose cette semaine, dans le cadre du FIFA. Un mélange improbable et plutôt réussi de vraie science, de cirque rétro et d’art contemporain sous Ritalin.

Andrew Milne

Originaire de Vancouver, Mile s’est successivement mené des études d’ingénierie électronique et de danse contemporaine. En 27 minutes, à travers le témoignage de ses amis, des ses maîtres, de son galeriste, on découvre un Mechanical artist and designer, comme il se définit lui-même, fébrile, inventif, flyé.

Attiré par le cirque, la muséologie et les cabinets de curiosité, il expose à Winnipeg rien moins qu’un Kinésigraphe, un Zoetrope et un Praxiscope, autant de jouets optiques sortis des fêtes foraines du 19e siècle et reconstruits, réinterprétés à sa manière.

Winnipeg     ill

Que voit-on à travers ces secrets optiques? Un homme et une femme, marchant-dansant – nus, bien sûr. Hommage à Muybridge et Marey et au-delà, Niepce, Mélies et autres magiciens scientifiques.

Homme de terrain, Milne déambule souvent à travers l’immense plaine du Manitoba à bord d’un camion spécial baptisé The Museum of New Ideas. À l’intérieur du camion, une chambre noire mobile géante. Arrivé devant un paysage idéal, plat et poussiéreux sur fond de lignes à haute tension, il sort sa chambre noire, y pénètre tout entier comme dans un ventre, et dessine, par projection, l’image du paysage inversé.

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Derrière une image de saltimbanque bricoleur se cache un esprit scientifique inflexible qui travaille à coup de découpages laser et de calculs micrométriques. « Pourquoi ne ferais-je pas mieux que la Nasa? » dit-il, tout en ajoutant : « Je veux une pratique de l’art qui me permette de payer mes factures »… Quant à l’aspect bricoleur, il est intentionnel et participe d’une discussion technologique que l’artiste veut entretenir avec le public. La science ne doit pas être une religion. « Succeed and fail at the same time (réussir et échouer en même temps) », ajoute-t-il.

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Dans cet inclassable mélange, un bel hommage à l’homme touche-à-tout de la Renaissance, à Jules Verne, à Carnivàle

Démarche solitaire extrême, images et narration soignées, on tient là un excellent documentaire canadian de ce FIFA 2016. Seul bémol irritant : les commentaires off presque incessants, ainsi que la musique « dramatique » qui saturent inutilement des images merveilleuses et les rendent parfois moins fortes. Conseils à tous les documentaristes : méfiez-vous des réalisations hyperactives, Canadian Idol ou America’s Got Talent ne sont pas des modèles à suivre pour un film sur l’art. De grâce, un peu de silence, parfois!

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FIFA – Festival international des films sur l’art, Montréal, du 10 au 20 mars 2016

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Un commentaire pour Un Léonard canadien

  1. Joëlle Ganguillet dit :

    Toujours aussi intéressant !

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