Marc Garneau, lumières sombres

« Trajectoire » et non pas « rétrospective » : dans une nouvelle exposition de haute qualité, le 1700 La Poste propose de revenir sur vingt ans de création d’un artiste québécois presque aussi secret que Réjean Ducharme en littérature, avec une sélection d’œuvres magistrales, pour la plupart jamais exposées en public. Visite privilégiée, avec l’artiste alerte, en pleine maturité de son art…

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Marc Garneau a changé d’ateliers, de maisons et de styles. Sa notoriété lui a permis de voir progressivement partir ses œuvres chez de grands collectionneurs et des musées (deux grands formats de l’expo sont des prêts du MACM et du MBAM). Pourtant au fil de sa carrière et de ses déménagements, il a gardé jalousement auprès de lui nombre de tableaux.  C’est le cas de 30 œuvres parmi l’exposition, jusqu’ici non disponibles au public. Il avoue lui-même « redécouvrir » certaines d’entre elles à la faveur de cette exposition, se disant « prêt à les laisser s’échapper ». (Ill. Portrait, Gabor Szilasi).

 

_DSC4812_Photo Guy LHeureux

 

Jeunesse, l’influence de ses amis peintres. Yves Gaucher ou Leopold Plotek; les tableaux divisionnistes d’Ulysse Comtois. Ses racines de terre et de fer à Thetford Mine. Ses voyages en Europe et ailleurs, Maroc France Suisse, à une époque moins connectée et cependant plus optimiste, spontanée et ouverte, que l’actuelle. Son goût pour installer son atelier dans des chambres d’hôtels et dessiner et peindre, vite.

 

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Urne V, 1988, fusain, toile et acrylique sur toile.

Pour la forme, justement un travail rapide, une architecture instinctive. Papier collage, « des actes francs », dit-il. puis déchirages, point de départ avec collages, destruction constructive. Pour la matière, des medium mixtes dans lesquels la transparence et la brillance occupent une importance continuelle. Arriver à détruire de bonne manière pour arriver à construire un nouveau tableau lui « permet de se libérer 2 ou 3 mois »…

 

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Marc Garneau devant la Nuit Blanche II (photo Regarde Montréal).

_DSC4780_Photo Guy LHeureux

 

Des thèmes et des images viennent à lui, par exemple Saint-Sébastien percé de flèches dans l’iconographie de la Renaissance. Du ready-made parfois, flèche de bois, matériaux trouvés. Le charbon, matière de feu, a sa prédilection et certains tableaux évoquent une période de sa vie où il brûlait des panneaux de bois avant de les gratter, en les utilisant à la fois comme support et matière.

Ses brosses et ses rouleaux? Il ne les lave jamais tout à fait et les conserve humides pour poursuivre une sédimentation de teintes et de couleurs. « J’ai conservé des œuvres toute ma vie pour comprendre ce que j’ai fait dans le passé ».

Aujourd’hui? Maturité de la légèreté et de la couleur. Voir l’exposé de son exposition en spirale dans cette belle vidéo :

 

 

 

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Nuit blanche II, 1992, toile et acrylique sur toile.

Durant vingt ans de création discontinue, Garneau a fait évoluer son propos comme évolue la vie, en décomposant, en recomposant, au gré à la fois de ses pulsions et réflexions.

Lors de la visite, il s’attarde sur tableau étrange, réalisé en extérieur avec du bois, du charbon et… du vent, dit-il. Un rêve où coule de l’eau, autour d’un iceberg noir.

 

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Premier jardin, 2010, toile, papier, crayon Conté, fusain et acrylique.

 

Regarde Montréal milite pour la publication de catalogues de qualité : il y va de la pérennité des œuvres, des artistes, des lieux de diffusion; quand une exposition est finie, le catalogue permet de fixer un moment, et il joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’art. On ne peut donc qu’être ravi de la ligne sans concession adoptée par La Poste, dans ce domaine, depuis sa création. Préfacé par Isabelle de Mévius, le superbe catalogue illustré de l’exposition présente de parfaites reproductions accompagnées de textes par Ginette Michaud, Laurier Lacroix (Les Éditions de Mévius) et nous ne sommes pas payés pour l’écrire!

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Calme et volupté, 2012, toile et acrylique sur toile.

Marc Garneau, une trajectoire – Œuvres choisies, 1995-2015, au 1700 La Poste jusqu’au 20 décembre 2015.

Crédit photo, sauf mention contraire : Guy L’Heureux, 2015.

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