Relève : Gabrielle Lajoie-Bergeron

De la peinture avant toute chose : à la Centrale galerie Powerhouse, une jeune artiste s’affirme.

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« Maîtrisée » en arts visuels et médiatiques en 2014, Gabrielle Lajoie-Bergeron n’est pas pour autant un lapereau de l’année. Son travail a déjà été présenté dans plusieurs villes du Québec et d’Europe. Et elle a assuré le commissariat de deux expositions l’année dernière : Insubordonnées et Paysage actuel – Wilderness Explorations (co-organisation avec Paul Brunet).

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Elle a aussi présenté son travail à la Galerie B-312, à la Galerie Lilian Rodriguez, à la Galerie Art Mûr, au Centre Presse-Papier, à la Galerie Yellow Fish Art et au centre Les Territoires.

Influence de Virginie Despentes et Martine Delvaux. La poupée et la catin. Même si son discours féministe peut apparaître somme toute comme convenu et quelque peu formatté on ne peut lui enlever sa sincérité. Et elle a vraiment tout le temps pour approfondir un propos plus… personnel.

Le propos pour nous est secondaire car ce qui nous emporte c’est la forme, la texture et l’inventivité de sa peinture. Ses clins d’oeil aux références de l’art moderne et contemporain. Son sens très sûr de la couleur aussi, qualité rare par les temps qui courent… Bref, une artiste à suivre et à aller voir absolument, boulevard Saint-Laurent!

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L’artiste en pleine explication lors du vernissage de l’exposition.

Gabrielle Lajoie-Bergeron, Love Me, Love my Doll, à la Centrale galerie Powerhouse, jusqu’au 10 avril 2015.

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Art souterrain (suite)

Grand nom du milieu de la photo à Montréal, Raymond Cantin est le commissaire invité de l’édition 2015 d’Art souterrain.

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Écoutez notre entrevue avec Raymond Cantin, commissaire invité d’Art souterrain.

Au côté de Frédéric Loury, fondateur et commissaire principal et de Karmit Blumensohn, commissaire invitée de la délégation israélienne, il apporte un regard et une sélection d’artistes photographiques très convaincante : Clement Valla, Leda Montereali, Frank Gross, Martin Girard, Mari Bastachevski, Guillermo Trejo.

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Clement Valla, Postcarts from Google Earth, 2014, au Complexe Guy-Favreau.

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Marie Bastachevski, It’s Nothing Personal, 2014, au Centre CDP Capital. 

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Série de Guillermo Trejo « Ce n’est pas de l’art, c’est une protestation » au Centre de commerce de Montréal, en mémoire aux étudiants disparus de Guerrero (Mexique).

On peut vraiment se faire plaisir, jusqu’au 15 mars, avec cette 7e édition d’Art souterrain, une des meilleures cuvées selon nous!

Art souterrain, festival d’art contemporain, 7e édition, à Montréal jusqu’au 15 mars 2015.

 

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Art souterrain 2015 : l’art contemporain israélien à l’honneur

Même si ça n’est pas un débarquement en force, les trois artistes de la délégation israélienne ont déjà fait l’objet d’un buzz mérité à Montréal, au milieu des autres oeuvres en provenance du monde entier comme du Canada.

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Carmit Blumensohn, commissaire invitée et Frédéric Loury, fondateur d’Art souterrain.

Commissaire résidente à la 10 Gallery de Rehovot, co-organisatrice d’un festival d’art sur l’espace public à Tel-Aviv, Carmit Blumensohn a choisi de faire connaître les oeuvres représentatives de trois artistes de la relève israélienne : Merav Svirsky, Maya Landman et Inbal Hofman. Pour elle, le thème retenu était difficile au premier abord. « La sécurité dans notre société : qu’advient-t-il de nos espaces de liberté? », peut en effet prêter aux dérives comme aux lieux communs.

Écoutez notre entrevue avec Carmit Blumensohn, commissaire de la délégation israélienne à Art souterrain 2015.

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 Merav Svirsky, Bubble Wrap – installation, 2015.

Dans l’environnement familier, ouvert et vulnérable d’un café, Merav Svirsky opère une tentative de protection dans le cadre de son projet Bubble Wrap (qui lui a fait emballer un grand nombre de choses en Israël, des objets les plus familiers jusqu’au toit d’une maison). Le papier bulle agit comme un gilet pare-balle pour les objets. Mais cette protection n’est-elle pas dérisoire et même, contre-productive? Comme le fait remarquer l’artiste, les bulles, écrasées, éclatent comme des coups de feu…

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Non loin de là, sa vidéo Common Swift Birds raconte avec beaucoup de sensibilité une histoire aussi vieille que le monde. Incarnation de la liberté, des oiseaux agiles dessinent leur parcours dans le ciel. Après une immersion attentive, on s’aperçoit cependant que les oiseaux semblent suivre une ligne imposée, prédéterminée…

Écoutez notre entrevue avec Merav Svirsky, artiste.

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 Merav Svirsky, Common Swift Birds – vidéo.

Maya Landman, avec des airs juvéniles à peine sortie de l’école, a déjà fait son armée. Et elle nous propose avec The Pack une installation à double-fond, d’une étonnante gravité. Ce qui, à distance, apparaît comme une douce harmonie lumineuse, devient de plus près une meute de loups féroces, soigneusement connectée en réseau.

Écoutez, « brute de décoffrage », notre entrevue avec Maya Landman.

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Maya Landman devant son oeuvre ThePack, 2015.

Last but not least, Inbal Hofman, qui a le privilège d’exposer à la fois dans l’espace public avec ses collègues (Ils sont partout / They’re everywhere, 2014) mais aussi, à la galerie Joyce Yahouda, avec la vidéo Incubator (2013).

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Ils sont partout / They’re everywhere, installation, 2014.

Au programme : germination et champignonnage. La progression et multiplication souterraine des champignons, l’essor des germes qui deviennent pousses puis meurent faute d’espace nous racontent la force de la vie et la fatalité des destins sociaux.

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Inbal Hofman, Incubator, vidéo, 2013.

Au total, très belle vitalité de ces artistes qui oeuvrent dans un environnement sensiblement plus dur que le nôtre…

À bientôt pour d’autres nouvelles d’Art souterrain 2015!

Art souterrain, festival d’art contemporain, 7e édition, à Montréal jusqu’au 15 mars 2015.

Les installations de la délégation d’Israël sont situées dans l’espace du Centre de commerce mondial ainsi qu’à la galerie Joyce Yahouda au Belgo.

 

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Plus que 24 heures pour « faire une affaire » en art contemporain

Jusqu’au 28 février, la galerie Art Mûr offre aux collectionneurs et aux amateurs la chance d’acheter des « grands noms » de l’art contemporain à des prix réduits, dans le cadre de son exposition « 2015 – La Revente ». Son secret? L’ouverture au second marché.

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Le second marché de l’art à Montréal est souvent assez confidentiel. La grande majorité des galeries organise des expositions de « premier marché », où le prix d’une œuvre vendue pour la première fois vient rémunérer l’artiste. Mais qu’advient-il des œuvres qui sont revendues par leur propriétaire? Où peut-on retrouver les œuvres crées hier – et avant hier, dans les années 60, 70, 80, 90? Dans les fonds de certaines galeries, parfois. Ou aux enchères ou encore, auprès de particuliers qu’il faut connaître. Le prix est alors fonction de plusieurs critères – dont la « cote » de l’artiste, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’en est qu’un parmi d’autres. Dès lors, les amoureux d’art contemporain peuvent  acheter moyennant un budget raisonnable.

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Figuratif, abstrait, conceptuel, peintures, dessins, multiples, photos…  Rhéal Olivier Lanthier & François St-Jacques, codirecteurs de la galerie Art Mûr accueillent avec générosité un grand nombre d’écoles, de tendances et de noms, pourvu que les noms soient bons. Dans leurs propres mots, leur opération La Revente, qui a lieu tous les deux ans seulement, « permet de dynamiser le marché secondaire québécois en offrant une plateforme d’échange unique. Certains collectionneurs rafraîchissent ainsi leur collection, alors que d’autres la comblent d’oeuvres difficilement accessibles. »

À cet égard le casting est impressionnant! Faut-il citer tous les artistes proposés, comme au générique? Oui car ils rendent compte de la place grandissante de Montréal comme lieu de création et de diffusion en art : Pierre Ayot, Léon Bellefleur, André Bergeron, Carol Bernier, Valérie Blass, Louis Pierre Bougie, Paul Bourgault, Sylvain Bouthillette, Ed Burtynsky, Alexander Calder, Colette, Stephen Conroy, Lucienne Cornet, Luc Courchesne, Michel de Broin, Jean-Sébastien Denis, Jérome Fortin, Yves Gaucher, Alberto Giacometti, Raymonde Godin, Betty Goodwin, Peter Hoffer, Jacques Hurtubise.

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Et puis encore Sophie Jodoin, Louis Joncas, Brain Jungen, Anish Kapoor, Holger Kolberg, Joseph Kosuth, François Lacasse, Etienne Lafrance, Daniel Langevin, Lyne Lapointe, Fernand Leduc, Yann Leroux, Suzelle Levasseur, Antoine Lortie, John McEwan, Michael Merrill, Kent Monkman, François Morelli, Richard Morin, Julie Ouellet, Alain Paiement, Rober Racine, Marc Séguin, Diana Shearwood, Yoshio Shirakawa, Françoise Sullivan, Christian Tisari, Eve K. Tremblay, Henri Venne, Irène F. Whittome, Max Wyse, Gu Xiong, Jacob Yerex, Ewa Monika Zebrowski. Étonnant, non?

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Rhéal Olivier Lanthier & François St-Jacques, codirecteurs de la galerie Art Mûr.

Le très grand espace d’Art Mûr accueille également, jusqu’au 28 février, pas moins de trois belles expositions : Michelle Lundqvist  – ReticenceNeil Harrison – Fields et François Raymond : Paysage financier.

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Neil Harrison, Black Square 1967, 2014.

Du coup, notre conseil du jour : avant de se lancer dans le froid pour la Nuit Blanche à Montréal, et plonger dans la nouvelle édition d’Art Souterrain, pourquoi ne pas profiter de ce début de weekend pour visiter et qui sait, repartir avec une oeuvre sous le bras…

« 2015 – La Revente » à la galerie Art Mûr, 5826 rue Saint-Hubert, jusqu’au samedi 28 février 2015. Voir les heures d’ouverture.

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Biennale suite – ceux dont on se souviendra!

Dans un précédent article nous avons évoqué le déferlement des écrans et la tonalité généralement noire qui ont marqué la Biennale de Montréal. Cela ne doit pas pour autant masquer la participation d’artistes exceptionnels! Partiale, forcément partiale, voici notre sélection best of – meilleur de…

Plonger, créer

En descendant les escaliers du musée vers l’antre sombre de la salle de projection, découverte du projet Diving Through Europe de Klara Hobza, déployé de part et d’autre, sur les murs, en une série d’écrans bienveillants et intrigants. Qui racontent.

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Klara Hobza est allemande et elle a décidé d’effectuer des plongées sous-marines, systématiques, à travers l’Europe. Sa démarche nous confronte avec une double réalité : d’une part, la vivacité d’un art qui n’abandonne pas la force de l’engagement; d’autre part, l’énergie incroyable de Berlin comme place effervescente de l’art mondial, en ce moment.

Écoutez notre entrevue exclusive avec Klara Hobza (7 minutes).

Synchronicité : ce projet dérisoire et magnifique, sérieux et humoristique n’est pas sans nous rappeler le projet Bruits de fonds, de Magali Babin, exposé au MACM il y a deux ans (environnement sonore de captations sous-marines dans le fleuve Saint-Laurent, work in progress). Ou encore, Mary Lorenz qui a exposé en décembre dernier son projet Archipelago au Brooklyn Museum, NY, dans lequel il s’agit, aussi, de naviguer comme on crée. Déployer une grande énergie physique et créatrice pour finalement… se laisser porter par le courant. Et témoigner. Il n’y a que des femmes, pour faire un truc pareil. Non?

Quand le virtuel prend du volume

Simon Denny, lui aussi, rend témoignage, mais sa démarche est d’une étoffe toute différente. Ses installations, ambitieuses, s’inscrivent sans complexe dans l’Art actuel international : grandes, monumentales. Leur mégalomanie est à l’image des gourous et icônes économiques du 21e siècle, tout à la fois cool, politiques et largement factices.

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All You Need is Data: The DLD 2012 Conference REDUX Rerun, 2012, installation.

Le DLD Conference est un de ces rendez-vous, incontournables et assommants, pour tous les décideurs du monde qui voudraient voir si des fois, au fond, ils ne seraient pas les acteurs décisifs de ce début de 21e siècle (communications numériques, créativité, leadership, 3.0, dématérialisation, etc, etc).

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Bref : 90 épreuves au jet d’encre sur toile, métal et texte en vinyle. Nos écrans se multiplient, tout le monde nous dit comment mener une vie exceptionnelle et l’argent est devenu fou. La transposition dans l’espace de tout ce brouhaha virtuel qui nous enrichit et nous ouvre des horizons, tout en polluant les esprits et les coeurs car l’humain est paradoxal. Les précédentes oeuvres de Simon Denny s’intéressent aussi à Kim Dotcom (le fondateur fou du site Mega Upload), à la compagnie Samsung et la profession de foi de son fondateur dans la déclaration dite « de Francfort ». Ni un activiste ni un partisan, nous a-t-il dit. « Je suis un concepteur d’exposition (exhibition maker), et j’assure en quelque sorte le marketing de la culture de la science et du design ».

Nous vous encourageons à jeter un oeil sur la section Simon Denny du site de la Galerie Petzel (New York)…

Traces et paysages

Nous vous invitons du même souffle à aimer Oleg Tcherny à travers son oeuvre vidéo-augmentée La linea generale. Sur-référentielle, cette saturation un plaisir immédiat associé à celui de la lecture, les images se rapprochant de l’écriture poétique. Du grand art, vraiment.

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N’oublions pas les photos du brillantissime Palestinien Taysir Batniji et sa série Interface (2014), impressions au jet d’encre (image gratuite ci-après). D’une éclatante sobriété. Le sable de pays incertains, la convergence de l’humain et du désert. Pollution et beauté.

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Émancipation, Civil Rights et perspectives économiques

Vous l’avez lu dans l’épisode précédent : nous avons beaucoup aimé Edgar Arcenaux avec A Time to Break Silence, 2013, à la Parisian Laundry et  A Nobel Prize and a Bible au MACM, narration ambitieuse et sombre autour de la figure de Martin Luther King.

Mention spéciale pour le couple Richard Ibghy et Marilou Lemmens avec leur série The Prophets : de petites sculptures miniatures et fort bien faites ma foi hé hé, représentant des graphiques, courbes tendancielles, histogrammes, camemberts, ordonnées et abscisses qui nous disent tout sur les trends du monde. Figurer l’abstrait. Transcrire le fragilité et l’horreur du mirage de l’argent, de l’économie, du conformisme corporatif. Bravo, mille fois bravo!

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Et puis enfin, l’étrange Emmanuelle Leonard, qui s’installe dans nos esprits. Postcard from Bexhill-on-Sea et La Providence (2014), deux vidéos qui vous envoûtent, l’air de rien. Sensibilité, réflexivité. Mlle (ou Mme) Leonard serait-elle à l’art contemporain québécois ce que Bernard Émond est à son cinéma? Il y aurait des références plus infamantes. Nous aimons son parcours et le suivons. tels de petits chiens dociles.

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Ah oui! C’est vrai, le Musée des Beaux-Arts de Montréal était aussi associé à la Biennale. Noblesse oblige, nous avons eu droit à du lourd au Carré d’Art avec une oeuvre vidéo de Shirin Neshat, Illusions et miroirs. Très chic, très glamour, féministe mais dans une veine politiquement correcte internationale. Manants des arts visuels s’abstenir, ici on parle d’Art Contemporain.

Remember my name! BNMTL / Biennale de Montréal.

 

 

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BNMTL Biennale de Montréal – bilan, coups de coeur et critiques

Le rideau tombe sur la première Biennale de Montréal « nouvelle version » – prolongée au MACM jusqu’au 8 février. Coups de gueule et réserves en premier, compliments ensuite… Voici nos commentaires sur cette grand messe d’art contemporain!

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Sombre avenir

« L’avenir – Looking Forward ». Si le titre anglais de la biennale n’est pas traduit littéralement du Français et renvoie à une polysémie différente,  l’expérience ressentie par le spectateur-consommateur laisse peu de doutes sur le propos, quelle que soit la langue. Prévoir ce qui nous attend en faisant un état des lieux du présent? Aller de l’avant? Regarder avec un télescope – ou un microscope – ce que le futur nous offrira? Dans tous les cas les perspectives sont noires, très noires.

Commissaires

Alexandre Taillefer, président du Musée d’art contemporain de Montréal, Gregory Burke et Peggy Gale, commissaires invités par La Biennale de Montréal, Mark Lanctôt, commissaire (MACM), Lesley Johnstone, commissaire (MACM) et Cédric Bisson, président du Conseil d’administration de La Biennale de Montréal. (Groupe CNW/Musée d’art contemporain de Montréal)

Lors de la conférence de presse de lancement, Mark Lanctôt, commissaire pour le MACM, confiait très franchement que la démarche qui avait présidé à la programmation relevait d’un « anti-humanisme » assumé. Il convient, dit-il, de « faire le deuil de nos illusions ». On serait tenté de dire : objectif atteint, tant le gentil participant est invité à découvrir ou redécouvrir de grands artistes certes, mais en suivant un parcours du combattant fait d’angoisse, de menaces, de déceptions et de décrépitudes variées. Dépressifs, s’abstenir!

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Edgar Arceneaux, A Time to Break Silence, 2013

Dans la petite boutique des idées noires, le choix est vaste et ce qui n’est pas en vitrine est à l’intérieur. Ainsi, dans la série « rêves brisés », on relèvera les belles créations d’Edgar Arceneaux autour de la figure de Martin Luther King (A Time to Break Silence, 2013, et A Nobel Prize and a Bible, 2014). Dans la première, MLK prononce à l’intérieur d’une église abandonnée et dévastée de Detroit, dans une ambiance post-apocalyptique. Dans l’église vide, un singe-humain qui rappelle les premiers hominidés de 2001, Odyssée de l’espace, déambule au hasard, gratte le sol, essaye de détruire un mur, s’intéresse à un tas de gravats. Mort du discours, mort de la civilisation, mort des grandes espérances et utopies démocratiques.

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Ursula Biemann, Deep Weather, 2013

Dans la collection « Tout est pollué, le climat se réchauffe et le niveau des eaux monte inexorablement », ça se bouscule à l’entrée et la liste est longue (sans présumer aucunement de l’excellence des artistes qui ont choisi l’environnement comme lieu d’ultime combat, évidemment). Ainsi, dans Deep Weather (2014), Ursula Biemann nous donne à voir le travail, magnifique et dérisoire, d’une chaîne humaine construisant une digue au Bangladesh pour contenir la montée de l’océan. Puis, dans le nord de l’Alberta, l’étrange beauté des paysages sauvages détruits par l’exploitation, systématique, massive et infernale, des sables bitumineux. Ce spectacle truly canadian, dantesque et larger than life, offert actuellement par les pétrolières albertaines, a d’ailleurs également inspiré Susan Turcot dans Hide and Seek (2013) et Automobility (2014) .

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Susan Turcot, Automobility, 2014

Dans la catégorie « On nous manipule et on nous ment » ensuite, l’installation massive de Simon Denny, All you Need is Data : the DLD Conference Redux Rerun, est un temps fort de la biennale, particulièrement convaincant – même si l’artiste se défend de prendre un quelconque parti. Il y en a d’autres – et nous y reviendrons dans notre prochain article.

Enfin, au rayon violence pure, viol et autres bagatelles, on peut citer Andrea Bowers (Courtroom Drawing, Steubenville rape case), qui s’attache à la mise en scène de la documentation d’un cas de viol, ainsi bien sûr que la vidéo atroce de Thomas Hirschhorn (Touching Reality, 2012) présentant un enchaînement d’images censurées par la presse, visages défigurés, corps écrasés, brûlés ou démembrés etc. Voir en face les horreurs vécues aujourd’hui par des personnes et des peuples entiers – et toucher du doigt une réalité que les médias ne veulent nous décrire qu’à travers un filtre abstrait et storifié.

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Thomas Hirschhorn, Touching Reality, 2012

À cette aune-là, certaines projets narratifs plus complexes apparaissent comme presque légers. Des approches méditatives – contemplatives – ironiques, telles que celles d’Oleg Tcherny, Richard Ibgy et Marilou Lemmens ou Emmanuelle Léonard constituent de véritables bouffées d’oxygène.

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Installation de Richard Ibghy et Marilou Lemmens, Les prophètes said, 2014

Citation à méditer : « Il y a assez de choses embêtantes dans la vie pour que je n’en fabrique pas davantage » (Auguste Renoir).

Bien sûr, comme le soulignait John Zeppetelli directeur du MACM, « la biennale, c’est un propos politique mais c’est aussi une recherche formelle ». D’autre part, nous serons les premiers à convenir que la grande noirceur du propos dans les arts actuels n’est pas une spécificité du Canada, du Québec ou de Montréal. Dire que les arts, visuels en particulier, sont un miroir de leur temps, est un lieu commun conceptuel. Mais justement, tout n’est pas noir, loin de là! Et tout est une question de dosage, en particulier dans une biennale. On aurait apprécié que tout le propos futuriste ne soit pas centré uniquement sur des prophéties de malheur, des self-fulfilling prophecies un peu trop faciles ou un déconstructivisme d’école un peu trop lassant. Par leur systématisme, ces démarches réduisent d’ailleurs la portée de leur propos à un parti-pris finalement peu dérangeant pour la société, car « ce qui est excessif est insignifiant ».

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John Zeppetelli, directeur du Musée d’art contemporain de Montréal et Sylvie Fortin, directrice de la biennale BNMTL

Autrement courageux nous semblerait, aujourd’hui, un art politique qui inviterait à réfléchir aussi, sur « comment encore aimer » ou « reconstruire », « guérir » et même, pourquoi pas, « où en est le progrès? » et « comment devenir meilleur ?». Les volontaires intéressés peuvent toujours nous écrire, poste restante.

Tasse-toi, la peinture!

Dans un autre ordre d’idées, lors du lancement de BNMTL, Regarde Montréal a posé aux commissaires la question du choix des mediums. Des écrans omniprésents, des photos et quelques incursions graphiques dans des installations, une bonne dose de conceptuel mais… très peu de peintures, pour dire le moins. Ringarde, la peinture? Réponses embarrassées. Contre-exemples cités par Gregory Burke, commissaire invité. Il en a cité deux… En réalité, c’est une évidence, cette Biennale, tant au MACM que dans la ville, a donné la part du lion aux écrans et aux concepts. Pour faire moderne, peut-être?

Qu’est-ce qu’il y a ce soir à la télé?

La peinture peut aller se rhabiller en tout cas, on la rappellera pour une quelconque rétrospective touchant au 20e siècle. Cela peut tout à fait se concevoir, encore faut-il l’assumer. Il est loin, le temps où Nam Jun Paik bataillait pour faire reconnaître la vidéo comme un médium intégralement artistique, après les précurseurs expérimentaux du 8mm. Dans une ère de multiplication forcenée des messages sur écrans, ces derniers ont gagné, pour l’instant – en tout cas, dans l’esprit de cette biennale.

La prédominance des oeuvres en séquences « filmées » pose en même temps la question, beaucoup plus terre-à-terre, de l’expérience du spectateur. On touche là à la difficulté, réelle, de multiplier une offre dans un parcours nécessairement limité dans le temps. Quel est le nombre des visiteurs qui obligés de butiner d’oeuvre en oeuvre faute de temps, sans pouvoir s’attarder sur chacune d’entre? A-t-on additionné le temps de visionnement requis pour vraiment y « plonger »? Pas sûr…

Ceci n’est pas une circulaire de Publisac

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Dernier commentaire, cette fois sur la signature visuelle retenue pour cette biennale et la qualité des supports imprimés, à commencer par le catalogue. Le design minimaliste des yeux ronds sur fond mauve (ou vert céladon, ça dépend des fois), quoique bien pâlichon, pouvait à la rigueur se défendre s’il avait été servi par une édition et un catalogue d’une qualité impeccable. Au lieu de cela on a eu droit, hélas, à un petit pamphlet approximatif rédigé et imprimé à la va-vite, dans une mise en page et sur un papier ultra-cheap. Quel dommage! L’écrit et l’imprimé ne doivent pas être la cinquième roue du carrosse lorsqu’on conçoit un événement majeur.  Avec le temps, les catalogues deviennent des références très importantes non seulement pour les artistes mais aussi pour les amateurs, critiques, journalistes et spécialistes du monde entier. Établir la réputation d’une biennale est un voyage au long cours. Il faut espérer – et réclamer – beaucoup mieux la prochaine fois!

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Voilà… Comme la biennale n’a été couverte, par l’essentiel des médias locaux, que par quelques articles neutres, jovialistes, publi-informationnels ou centrés uniquement sur tel ou tel artiste, nous préférons apporter notre pierre à l’édifice en formulant une critique générale et argumentée de l’événement. Paix aux commissaires, directeurs, personnalités importantes, organisateurs, bénévoles et pionniers de cette nouvelle aventure qui ont par ailleurs déployé tout leur talent, avec une énergie remarquable. Une première est une première et il faut savoir en tirer les leçons.

Après cette critique, sombre, qui aime bien châtie bien : cette biennale était un événement majeur pour la vie des arts visuels à Montréal. Elle nous a réjouis sur bien des aspects aussi. Lesquels? À bientôt pour notre palmarès des coups de coeur artistes de cette biennale!

BNMTL / Biennale de Montréal, jusqu’au au 8 février 2015 au Musée d’art contemporain.

 

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Luc Laporte, Steven Orner et Art du style : trois belles expositions à voir à Montréal

Hors des grands shows – et à côté de la Biennale dont la forte campagne de pré-lancement nous dit « vous allez voir ce que vous allez voir » et en effet, nous verrons – nous vous conseillons trois rencontres très stimulantes à travers Montréal.

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Première escale rue St-Denis, à la Galerie Bernard, un lieu qui nous a habitué à alterner les classiques, la relève et les artistes confirmés, de manière très agréable. Dans cette dernière catégorie, nous revoyons avec plaisir Steven Orner, qui nous propose une Banlieue narrative très convaincante (ill. OMG!).

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Les images de suburbia sans âge (hier? Il y a 20 ans? Ou 40?) travaillées et détournées par l’artiste rappelleront à certains des souvenirs d’enfance, à d’autres, une imagerie une imagerie véhiculée de manière croissante au cours de ces dernières années par le cinéma, la télé et les arts…

Loin de la « banlieue à problème » européenne ou de la banlieue organique/autoconstruite des pays du Sud, la banlieue nord-américaine, résidentielle, conformiste et interchangeable offre aux artistes d’aujourd’hui un territoire privilégié d’exploration formelle et politique. La narration y est fertile et offre toutes les possibilités de glissement dans l’étrange, le décalage inquiétant, la corruption merveilleuse, façon Blue Velvet ou Breaking Bad… Américain installé à Montréal depuis 15 ans, Orner se régale et nous aussi!

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Possibilité de rencontrer l’artiste en personne à la galerie le samedi 25 octobre, de 14h à 17h. Profitez-en aussi pour découvrir, dans la même galerie, un bel échantillon de la dernière production du sculpteur et dessinateur Yves Trudeau (Parvis et Portails).

Ensuite, pourquoi ne pas faire un tour en plein centre-ville aux Ailes de la mode? Oui, aux Ailes de la mode. Ce grand centre commercial de luxe entretient depuis sa création un rapport spécial avec les arts visuels.

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Jusqu’au 2 novembre et pour la troisième année consécutive, on peut contempler dix oeuvres inspirées de divers objets commercialisés et achetables au Centre des Ailes. Ces créations ont été exécutées dans le cadre de l’opération Art du style – et les plus remarquables d’entre elles, primées par un jury composé de Frédéric Loury, créateur d’Art souterrain, Éric Bolduc, Martina Djogo et Philippe Dubuc.

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Sophie Cardin était gagnante ex aequo de la Bourse du style, pour Cendrillon (ill.), sa chaussure géante de carton, inspirée de l’ espadrille modèle 574 de New Balance Montréal. Une artiste arrivée depuis peu de temps à Montréal et à surveiller!

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Deuxième vainqueur ex aequo, le Carrouselfie du duo La camaraderie, inspiré par la palette cinq fards à paupières Hero  de Sephora, cela ne s’invente pas. Une installation-création ludique, tonique et hybride : oeuvre surréaliste? Invention commerciale? Après tout, les meilleures critiques du mercantilisme et de du narcissisme ne sont-elles pas mieux exposées sur les lieux même du crime? Déposez votre téléphone intelligent au bout du bras articulé du carrousel pour un selfie inattendu, à 360 degrés…

Pour un coup d’oeil à de jeunes artistes prometteurs et un avant-goût de la prochaine édition d’Art Souterrain qui réalise le tour de force d’intégrer, le temps de quelque jours, des oeuvres dans les temples du commerce, cela vaut vraiment la peine!

Pour finir, last but not least, rendez-vous quartier Saint-Henri dans le magnifique espace du 1700 La Poste, rénové il y a deux ans d’après les plans de Luc Laporte. Aujourd’hui c’est une exposition en forme de brillant hommage à l’architecte-poète décédé en 2012.

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Humaniste et bon vivant, cultivé, touche-à tout inspiré, Luc Laporte a marqué Montréal et le Québec de l’empreinte de ses réalisations. Le très grand succès du lancement de cette exposition en témoigne. Plans, maquettes, photos vidéos et montages  d’oeuvres réalisées ou restées à l’état de projets, voire d’utopies (merveilleux projet de l’Île St-Barnabé), offrent un paysage très complet de l’homme.

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Dans la dernière partie de sa carrière Luc Laporte était devenu une référence quasiment mythique pour l’architecture, intérieure et extérieure surtout, des restaurants montréalais. Mais son oeuvre est aussi bien plus vaste, immeubles, salles de spectacles, stades…

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Ill. maquette de La Poste, carton-mousse, vers 2009.

À ne pas rater, le magnifique album de l’expo réalisé par Isabelle de Mévius, mécène ayant permis la reconversion du 1700 La Poste et qui en dirige maintenant la destinée, après avoir confié sa restauration-reconversion à Luc Laporte. Une histoire de passions! Passez également du temps sur le site Internet de La Poste, particulièrement réussi.

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Ill. l’Île St-Barnabé, maquette, 2000.

Promenez-vous, regardez Montréal et restez branchés! Bientôt, des nouvelles substantielles, critiques et, nous l’espérons, originales, de la Biennale

 

Steven Orner, Banlieue narrative, à la Galerie Bernard jusqu’au 8 novembre 2014.

L’Art du Style, dans l’allée centrale du Complexe Les Ailes, jusqu’au 2 novembre 2014.

Luc Laporte Architecte, réalisations et inédits au 1700 La Poste, jusqu’au 20 décembre 2014.

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