FIFA 2015 : les films à voir et à retenir

Dix films étaient inscrits cette année dans la rubrique « Art contemporain » du 33e Festival international du film sur l’art. D’autres, en lien tout aussi étroit avec l’art actuel, se sont retrouvés plutôt dans les rubriques Peinture, Art et politique, Photographie, Histoire de l’art et Art public. Une petite année pour les arts visuels au FIFA? Oui, si on considère la sélection et le palmarès officiel. Il y a des années avec et des années sans. Toutefois, nous vous proposons un palmarès maison en vous encourageant vivement à voir certains de ces films  – la plupart, disponibles en DVD – et à en fuir d’autres…

festival-international-film-art-fifa-2015-montreal-zurbaines

Top 4 : Viola, Bourgeois, Walker et Fabre

No 1, Bill Viola, expérience de l’infini, par Jean-Paul Fargier (France, 2013).

bill-viola-zooms-sur-quatre-oeuvres-du-videaste,M142470

En deux décennies, Viola est devenu un des vidéastes les plus appréciés au monde. Des documentaires ont déjà été faits sur lui, mais celui de Fargier est pour nous un des meilleurs.

gstq_billviola_emergence

Intellect et émotion, métaphysique et spiritualité. Contrairement à Bruce Nauman ou Damien Hirst par exemple, Viola ne s’inscrit ni dans une démarche conceptuelle ni dans une approche clinique des corps. Dans ses projets d’envergure The Passing, The Crossing, The Dreamers, comme dans ses oeuvres plus réduite et intimistes ou inspirées des peintres de la Renaissance, partout l’on retrouve la puissance d’un projet en connexion avec la condition humaine, dans sa fragilité et son mystère.

Nantes Triptych 1992 by Bill Viola born 1951

Ill. Triptyque de Nantes, 1992.

Catastrophe imminente, engloutissement dans l’eau ou dans les flammes. « Aller chercher la mort de près », tout en exprimant l’intuition que celle-ci n’est pas si grave et qu’elle n’est pas une fin, pas plus que la naissance est un commencement.  Les paysages que nous traversons, l’eau, le corps. Dans la technique, l’importance du son, de la haute résolution et de l’utilisation du ralenti.

maxresdefault

The Dreamers, 2013. Sept dormeurs plongés dans l’eau, hommes, femmes, enfant, ils sont sereins ; Pour Viola, ils symbolisent l’immortalité. Et sont l’écho, magnifié, de son traumatisme fondateur : à l’âge de six ans, s’être presque noyé et vivre une near death experience, de laquelle il il garde un souvenir pas si désagréable, au fond tout était en suspens, calme et paisible…

No 2, Tracy Emin on Louise Bourgeois: Women without Secrets, par Ben Harding (Royaume-Uni, 2013).

Amie et collaboratrice de Bourgeois, Tracy Emin témoigne et dresse un portrait plein d’humour, de pudeur et de considération.

24detail

Triptyque for the Red World

« J’ai payé ma dette au passé. Je suis libérée ».

Louise Bourgeois était en révolte permanente. Dans le courant de sa vie, non seulement l’âge n’a pas atténué l’ampleur de cette révolte mais elle l’a même affinée et décuplée. Blessures personnelles et révolte étant intimement liées. Contre son milieu, contre l’histoire, contre les hommes, contre ses deux pays, les États-Unis et la France.

bourgeois_2716467b

Poids, 1993. Give and take et la série des Night Drawings. I am Afraid, véritable auto-épitaphe de l’artiste et Janus fleuri, étrange organe taillé et moulé dans le bronze, féminin-masculin, délice pour les psychanalystes, sûrement. La célèbre araignée protégeant ses oeufs…

p01m5r3s

No 3, Kara Walker: A Sutelty, or the Marvelous Sugar Baby, par Ian Forster (États-Unis, 2014). Un court-métrage modeste mais clair et bien concentré sur son sujet. Artiste engagée de la cause noire, Kara Walker investit une ancienne usine de mélasse sur les rives de Brooklyn, Fort, énergique, appétissant!

kw2

No 4, Jan Fabre, au-delà de l’artiste, par Giulio Boato (France, 2014). Docu de grande qualité sur un belge fou, autodidacte dévoreur de vie, roublard et magnifique touche-à-tout, familier de Warhol, John Cage, David Bowie, Brassens et Chantal Ackermann. On voit peu de sa production plastique, polyvalente et foutraque (dessins au Bic bleu, peintures avec sang, larmes et sperme, photos avec Mappelthorpe, hommages à Mesrine et performances avec Marina Abramovic), car le film est davantage centré sur ses chorégraphies-scandales, dénoncées avant d’être acclamées depuis dix ans au Festival d’Avignon.

janfabre

On découvre, à l’entrée du repère-studio-atelier d’artiste qu’il a créé à grand frais dans le quartier de son enfance, à Anvers, une devise : Only Art can Break your Heart – Only Kitch can Make you Rich. Une devise, il faut le reconnaître, parfois appliquée sans aucun second degré chez certains tenants de l’art contemporain (voir Mark Quinn, plus bas)…

À voir en second lieu, Wil Mathijs et Ai Wei Wei. Folie des grandeurs.

Utiliser des morceaux de corps humains pour réaliser des oeuvres est peut-être une des rares avenues qui n’avait pas encore été explorée par l’art contemporain. Cette lacune est désormais comblée par le plasticien belge Wil Mathis. loin d’une démarche de pacotille l’homme semble sincère et il veut, si c’est possible, que son cadavre soit exposé dans une vitrine.

Cells, par Wil Mathijs (Belgique, 2013)

Martin_in_Atelier_tagged

Ai Weiwei, Evidence, par Irene Höffer (Allemagne, 2014)

ai_weiwei_portrait_media_gallery_res

En une décennie, « maître Ai » s’est imposé comme l’artiste contemporain chinois le plus connu au monde. Grande gueule, contestataire, incarcéré puis tenu en respect par les autorités de son pays qu’il lui est interdit de quitter.

1399650404-ai-weiwei-exhibition-in-berlin-germany_4365231

Le film se concentre sur la préparation de l’exposition Evidence qui s’est tenue au Martin-Gropius-Bau de Berlin.

26724410,26086411,dmFlashTeaserRes,07_AiWeiwei_Zodiac+Heads2

GERMANY-CHINA-ART-EXHIBITION-AI WEIWEI

Disons-le : pas désagréable à voir, le film nous a pourtant laissé à moitié sur notre faim, en hésitant entre un portrait de l’artiste et une narration de l’exposition. L’un ou l’autre auraient pu être traité plus en profondeur. Pour un portrait plus complet d’Ai Weiwei, on préférera le documentaire Ai Weiwei Without Fear or Favor de la BBC (2011).

Nouveau Rodin ou nouvel imposteur?

En filigrane de ce film, nous avons pensé à la sanctification médiatique des artistes. Certains reprochent à maître Ai d’être un peu trop malin, un peu trop chinois avec le sens du commerce. Fils d’un grand artiste officiel du régime, Ai Weiwei connaît parfaitement les codes occidentaux, notamment ceux qui conduisent au succès international aujourd’hui – transgression, récupération, dérision, monumentalité.

La transition est toute trouvée avec Mark Quinn, Making Waves, par Gerald Fox (Royaume-Uni, 2014) – et plus généralement avec la section films bof ou beurk.

Mark Quinn fait des vagues? Ou du vent? Réponse dans ce film complaisant, sur un des artistes les plus infects de la génération des YBA (Young British Artists), pourtant féconde en imposteurs de toute sorte. Douche bag de l’art contemporain au crâne soigneusement rasé et en T-shirts griffés, Quinn déambule de Miami à Pékin, de Madrid à New York et Londres. De cocktails people en vernissages VIP, rien ne nous est épargné de ses rencontres avec Elton John, Lionel Ritchie, Donatella Versace, la reine d’Angleterre et bien d’autres. En Chine, il rencontre naturellement Ai Wei Wei pendant un quart d’heure , échange avec lui des propos inspirés sur l’art et quelques selfies. Sur une plage, il ramasse des coquillages (lien avec sa prochaine expo) et nous assène des phrases du genre « Sea is the beginning and the end » ou encore, « Shells are the archaeology of Form »… Un film à voir pour rire, si on veut.

marc-quinn-002

Piero Manzoni, Artist, par Andrea Bettinetti (Italie, 2013). L’infortuné Manzoni est mort à l’âge de 29 ans et comme bien souvent en pareil cas, il est difficile d’extrapoler sur ce que son oeuvre aurait pu gagner en étendue et en profondeur. Il restera célèbre, dans les hagiographies de l’art avancé, comme le metteur en boîte de conserve de Merde d’artiste et un précurseur de l’art conceptuel.

Merda-dartista-1961

Entre le géant Duchamp et les centaines de successeurs qui ont vu le jour, depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui, la trace de Manzoni paraît au fond assez pâle. Film à voir si on a le temps, à titre d’information…

FIFA – Festival International du Film sur l’Art, 33e édition, du 19 au 29 mars 2015.

MIFA – Marché International du Film sur l’Art, 5e édition, du 25 au 28 mars 2015.

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

Relève : Gabrielle Lajoie-Bergeron

De la peinture avant toute chose : à la Centrale galerie Powerhouse, une jeune artiste s’affirme.

gablajoiebergeron_690x357px

« Maîtrisée » en arts visuels et médiatiques en 2014, Gabrielle Lajoie-Bergeron n’est pas pour autant un lapereau de l’année. Son travail a déjà été présenté dans plusieurs villes du Québec et d’Europe. Et elle a assuré le commissariat de deux expositions l’année dernière : Insubordonnées et Paysage actuel – Wilderness Explorations (co-organisation avec Paul Brunet).

IMG_2535

Elle a aussi présenté son travail à la Galerie B-312, à la Galerie Lilian Rodriguez, à la Galerie Art Mûr, au Centre Presse-Papier, à la Galerie Yellow Fish Art et au centre Les Territoires.

Influence de Virginie Despentes et Martine Delvaux. La poupée et la catin. Même si son discours féministe peut apparaître somme toute comme convenu et quelque peu formatté on ne peut lui enlever sa sincérité. Et elle a vraiment tout le temps pour approfondir un propos plus… personnel.

Le propos pour nous est secondaire car ce qui nous emporte c’est la forme, la texture et l’inventivité de sa peinture. Ses clins d’oeil aux références de l’art moderne et contemporain. Son sens très sûr de la couleur aussi, qualité rare par les temps qui courent… Bref, une artiste à suivre et à aller voir absolument, boulevard Saint-Laurent!

IMG_2534

L’artiste en pleine explication lors du vernissage de l’exposition.

Gabrielle Lajoie-Bergeron, Love Me, Love my Doll, à la Centrale galerie Powerhouse, jusqu’au 10 avril 2015.

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , , , | Un commentaire

Art souterrain (suite)

Grand nom du milieu de la photo à Montréal, Raymond Cantin est le commissaire invité de l’édition 2015 d’Art souterrain.

RaymondCantin

Écoutez notre entrevue avec Raymond Cantin, commissaire invité d’Art souterrain.

Au côté de Frédéric Loury, fondateur et commissaire principal et de Karmit Blumensohn, commissaire invitée de la délégation israélienne, il apporte un regard et une sélection d’artistes photographiques très convaincante : Clement Valla, Leda Montereali, Frank Gross, Martin Girard, Mari Bastachevski, Guillermo Trejo.

IMG_2490

Clement Valla, Postcarts from Google Earth, 2014, au Complexe Guy-Favreau.

IMG_2472

Marie Bastachevski, It’s Nothing Personal, 2014, au Centre CDP Capital. 

IMG_2471

Série de Guillermo Trejo « Ce n’est pas de l’art, c’est une protestation » au Centre de commerce de Montréal, en mémoire aux étudiants disparus de Guerrero (Mexique).

On peut vraiment se faire plaisir, jusqu’au 15 mars, avec cette 7e édition d’Art souterrain, une des meilleures cuvées selon nous!

Art souterrain, festival d’art contemporain, 7e édition, à Montréal jusqu’au 15 mars 2015.

 

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , , , | Laisser un commentaire

Art souterrain 2015 : l’art contemporain israélien à l’honneur

Même si ça n’est pas un débarquement en force, les trois artistes de la délégation israélienne ont déjà fait l’objet d’un buzz mérité à Montréal, au milieu des autres oeuvres en provenance du monde entier comme du Canada.

CBlumensohn              368a5ac

Carmit Blumensohn, commissaire invitée et Frédéric Loury, fondateur d’Art souterrain.

Commissaire résidente à la 10 Gallery de Rehovot, co-organisatrice d’un festival d’art sur l’espace public à Tel-Aviv, Carmit Blumensohn a choisi de faire connaître les oeuvres représentatives de trois artistes de la relève israélienne : Merav Svirsky, Maya Landman et Inbal Hofman. Pour elle, le thème retenu était difficile au premier abord. « La sécurité dans notre société : qu’advient-t-il de nos espaces de liberté? », peut en effet prêter aux dérives comme aux lieux communs.

Écoutez notre entrevue avec Carmit Blumensohn, commissaire de la délégation israélienne à Art souterrain 2015.

IMG_2453

 Merav Svirsky, Bubble Wrap – installation, 2015.

Dans l’environnement familier, ouvert et vulnérable d’un café, Merav Svirsky opère une tentative de protection dans le cadre de son projet Bubble Wrap (qui lui a fait emballer un grand nombre de choses en Israël, des objets les plus familiers jusqu’au toit d’une maison). Le papier bulle agit comme un gilet pare-balle pour les objets. Mais cette protection n’est-elle pas dérisoire et même, contre-productive? Comme le fait remarquer l’artiste, les bulles, écrasées, éclatent comme des coups de feu…

IMG_2455

Non loin de là, sa vidéo Common Swift Birds raconte avec beaucoup de sensibilité une histoire aussi vieille que le monde. Incarnation de la liberté, des oiseaux agiles dessinent leur parcours dans le ciel. Après une immersion attentive, on s’aperçoit cependant que les oiseaux semblent suivre une ligne imposée, prédéterminée…

Écoutez notre entrevue avec Merav Svirsky, artiste.

svirsky-meravcommom-swift-birds_ccm

 Merav Svirsky, Common Swift Birds – vidéo.

Maya Landman, avec des airs juvéniles à peine sortie de l’école, a déjà fait son armée. Et elle nous propose avec The Pack une installation à double-fond, d’une étonnante gravité. Ce qui, à distance, apparaît comme une douce harmonie lumineuse, devient de plus près une meute de loups féroces, soigneusement connectée en réseau.

Écoutez, « brute de décoffrage », notre entrevue avec Maya Landman.

IMG_2465

Maya Landman devant son oeuvre ThePack, 2015.

Last but not least, Inbal Hofman, qui a le privilège d’exposer à la fois dans l’espace public avec ses collègues (Ils sont partout / They’re everywhere, 2014) mais aussi, à la galerie Joyce Yahouda, avec la vidéo Incubator (2013).

IMG_2460

Ils sont partout / They’re everywhere, installation, 2014.

Au programme : germination et champignonnage. La progression et multiplication souterraine des champignons, l’essor des germes qui deviennent pousses puis meurent faute d’espace nous racontent la force de la vie et la fatalité des destins sociaux.

inbal-hofman-incubator-2013-image-1

inbal-hofman-incubator-2013-image-2

inbal-hofman-incubator-2013-image-3

Inbal Hofman, Incubator, vidéo, 2013.

Au total, très belle vitalité de ces artistes qui oeuvrent dans un environnement sensiblement plus dur que le nôtre…

À bientôt pour d’autres nouvelles d’Art souterrain 2015!

Art souterrain, festival d’art contemporain, 7e édition, à Montréal jusqu’au 15 mars 2015.

Les installations de la délégation d’Israël sont situées dans l’espace du Centre de commerce mondial ainsi qu’à la galerie Joyce Yahouda au Belgo.

 

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , , , , | 3 commentaires

Plus que 24 heures pour « faire une affaire » en art contemporain

Jusqu’au 28 février, la galerie Art Mûr offre aux collectionneurs et aux amateurs la chance d’acheter des « grands noms » de l’art contemporain à des prix réduits, dans le cadre de son exposition « 2015 – La Revente ». Son secret? L’ouverture au second marché.

24-The-Resale-2015

Le second marché de l’art à Montréal est souvent assez confidentiel. La grande majorité des galeries organise des expositions de « premier marché », où le prix d’une œuvre vendue pour la première fois vient rémunérer l’artiste. Mais qu’advient-il des œuvres qui sont revendues par leur propriétaire? Où peut-on retrouver les œuvres crées hier – et avant hier, dans les années 60, 70, 80, 90? Dans les fonds de certaines galeries, parfois. Ou aux enchères ou encore, auprès de particuliers qu’il faut connaître. Le prix est alors fonction de plusieurs critères – dont la « cote » de l’artiste, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’en est qu’un parmi d’autres. Dès lors, les amoureux d’art contemporain peuvent  acheter moyennant un budget raisonnable.

07-The-Resale-2015

Figuratif, abstrait, conceptuel, peintures, dessins, multiples, photos…  Rhéal Olivier Lanthier & François St-Jacques, codirecteurs de la galerie Art Mûr accueillent avec générosité un grand nombre d’écoles, de tendances et de noms, pourvu que les noms soient bons. Dans leurs propres mots, leur opération La Revente, qui a lieu tous les deux ans seulement, « permet de dynamiser le marché secondaire québécois en offrant une plateforme d’échange unique. Certains collectionneurs rafraîchissent ainsi leur collection, alors que d’autres la comblent d’oeuvres difficilement accessibles. »

À cet égard le casting est impressionnant! Faut-il citer tous les artistes proposés, comme au générique? Oui car ils rendent compte de la place grandissante de Montréal comme lieu de création et de diffusion en art : Pierre Ayot, Léon Bellefleur, André Bergeron, Carol Bernier, Valérie Blass, Louis Pierre Bougie, Paul Bourgault, Sylvain Bouthillette, Ed Burtynsky, Alexander Calder, Colette, Stephen Conroy, Lucienne Cornet, Luc Courchesne, Michel de Broin, Jean-Sébastien Denis, Jérome Fortin, Yves Gaucher, Alberto Giacometti, Raymonde Godin, Betty Goodwin, Peter Hoffer, Jacques Hurtubise.

10-The-Resale-2015

Et puis encore Sophie Jodoin, Louis Joncas, Brain Jungen, Anish Kapoor, Holger Kolberg, Joseph Kosuth, François Lacasse, Etienne Lafrance, Daniel Langevin, Lyne Lapointe, Fernand Leduc, Yann Leroux, Suzelle Levasseur, Antoine Lortie, John McEwan, Michael Merrill, Kent Monkman, François Morelli, Richard Morin, Julie Ouellet, Alain Paiement, Rober Racine, Marc Séguin, Diana Shearwood, Yoshio Shirakawa, Françoise Sullivan, Christian Tisari, Eve K. Tremblay, Henri Venne, Irène F. Whittome, Max Wyse, Gu Xiong, Jacob Yerex, Ewa Monika Zebrowski. Étonnant, non?

Rheal-Olivier-Lanthier-Francois-St-Jacques-e1408653846501-300x252

Rhéal Olivier Lanthier & François St-Jacques, codirecteurs de la galerie Art Mûr.

Le très grand espace d’Art Mûr accueille également, jusqu’au 28 février, pas moins de trois belles expositions : Michelle Lundqvist  – ReticenceNeil Harrison – Fields et François Raymond : Paysage financier.

09-Neil-Harrison-Fields

Neil Harrison, Black Square 1967, 2014.

Du coup, notre conseil du jour : avant de se lancer dans le froid pour la Nuit Blanche à Montréal, et plonger dans la nouvelle édition d’Art Souterrain, pourquoi ne pas profiter de ce début de weekend pour visiter et qui sait, repartir avec une oeuvre sous le bras…

« 2015 – La Revente » à la galerie Art Mûr, 5826 rue Saint-Hubert, jusqu’au samedi 28 février 2015. Voir les heures d’ouverture.

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , , , | Laisser un commentaire

Biennale suite – ceux dont on se souviendra!

Dans un précédent article nous avons évoqué le déferlement des écrans et la tonalité généralement noire qui ont marqué la Biennale de Montréal. Cela ne doit pas pour autant masquer la participation d’artistes exceptionnels! Partiale, forcément partiale, voici notre sélection best of – meilleur de…

Plonger, créer

En descendant les escaliers du musée vers l’antre sombre de la salle de projection, découverte du projet Diving Through Europe de Klara Hobza, déployé de part et d’autre, sur les murs, en une série d’écrans bienveillants et intrigants. Qui racontent.

Klara-Hobza1

Klara Hobza est allemande et elle a décidé d’effectuer des plongées sous-marines, systématiques, à travers l’Europe. Sa démarche nous confronte avec une double réalité : d’une part, la vivacité d’un art qui n’abandonne pas la force de l’engagement; d’autre part, l’énergie incroyable de Berlin comme place effervescente de l’art mondial, en ce moment.

Écoutez notre entrevue exclusive avec Klara Hobza (7 minutes).

Synchronicité : ce projet dérisoire et magnifique, sérieux et humoristique n’est pas sans nous rappeler le projet Bruits de fonds, de Magali Babin, exposé au MACM il y a deux ans (environnement sonore de captations sous-marines dans le fleuve Saint-Laurent, work in progress). Ou encore, Mary Lorenz qui a exposé en décembre dernier son projet Archipelago au Brooklyn Museum, NY, dans lequel il s’agit, aussi, de naviguer comme on crée. Déployer une grande énergie physique et créatrice pour finalement… se laisser porter par le courant. Et témoigner. Il n’y a que des femmes, pour faire un truc pareil. Non?

Quand le virtuel prend du volume

Simon Denny, lui aussi, rend témoignage, mais sa démarche est d’une étoffe toute différente. Ses installations, ambitieuses, s’inscrivent sans complexe dans l’Art actuel international : grandes, monumentales. Leur mégalomanie est à l’image des gourous et icônes économiques du 21e siècle, tout à la fois cool, politiques et largement factices.

IMG_0284

All You Need is Data: The DLD 2012 Conference REDUX Rerun, 2012, installation.

Le DLD Conference est un de ces rendez-vous, incontournables et assommants, pour tous les décideurs du monde qui voudraient voir si des fois, au fond, ils ne seraient pas les acteurs décisifs de ce début de 21e siècle (communications numériques, créativité, leadership, 3.0, dématérialisation, etc, etc).

simon-denny-all-you-need-is-data

Bref : 90 épreuves au jet d’encre sur toile, métal et texte en vinyle. Nos écrans se multiplient, tout le monde nous dit comment mener une vie exceptionnelle et l’argent est devenu fou. La transposition dans l’espace de tout ce brouhaha virtuel qui nous enrichit et nous ouvre des horizons, tout en polluant les esprits et les coeurs car l’humain est paradoxal. Les précédentes oeuvres de Simon Denny s’intéressent aussi à Kim Dotcom (le fondateur fou du site Mega Upload), à la compagnie Samsung et la profession de foi de son fondateur dans la déclaration dite « de Francfort ». Ni un activiste ni un partisan, nous a-t-il dit. « Je suis un concepteur d’exposition (exhibition maker), et j’assure en quelque sorte le marketing de la culture de la science et du design ».

Nous vous encourageons à jeter un oeil sur la section Simon Denny du site de la Galerie Petzel (New York)…

Traces et paysages

Nous vous invitons du même souffle à aimer Oleg Tcherny à travers son oeuvre vidéo-augmentée La linea generale. Sur-référentielle, cette saturation un plaisir immédiat associé à celui de la lecture, les images se rapprochant de l’écriture poétique. Du grand art, vraiment.

OlegTcherny

N’oublions pas les photos du brillantissime Palestinien Taysir Batniji et sa série Interface (2014), impressions au jet d’encre (image gratuite ci-après). D’une éclatante sobriété. Le sable de pays incertains, la convergence de l’humain et du désert. Pollution et beauté.

IMG_0292

Émancipation, Civil Rights et perspectives économiques

Vous l’avez lu dans l’épisode précédent : nous avons beaucoup aimé Edgar Arcenaux avec A Time to Break Silence, 2013, à la Parisian Laundry et  A Nobel Prize and a Bible au MACM, narration ambitieuse et sombre autour de la figure de Martin Luther King.

Mention spéciale pour le couple Richard Ibghy et Marilou Lemmens avec leur série The Prophets : de petites sculptures miniatures et fort bien faites ma foi hé hé, représentant des graphiques, courbes tendancielles, histogrammes, camemberts, ordonnées et abscisses qui nous disent tout sur les trends du monde. Figurer l’abstrait. Transcrire le fragilité et l’horreur du mirage de l’argent, de l’économie, du conformisme corporatif. Bravo, mille fois bravo!

cato

Et puis enfin, l’étrange Emmanuelle Leonard, qui s’installe dans nos esprits. Postcard from Bexhill-on-Sea et La Providence (2014), deux vidéos qui vous envoûtent, l’air de rien. Sensibilité, réflexivité. Mlle (ou Mme) Leonard serait-elle à l’art contemporain québécois ce que Bernard Émond est à son cinéma? Il y aurait des références plus infamantes. Nous aimons son parcours et le suivons. tels de petits chiens dociles.

IMG_0315

Ah oui! C’est vrai, le Musée des Beaux-Arts de Montréal était aussi associé à la Biennale. Noblesse oblige, nous avons eu droit à du lourd au Carré d’Art avec une oeuvre vidéo de Shirin Neshat, Illusions et miroirs. Très chic, très glamour, féministe mais dans une veine politiquement correcte internationale. Manants des arts visuels s’abstenir, ici on parle d’Art Contemporain.

Remember my name! BNMTL / Biennale de Montréal.

 

 

Publié dans Uncategorized | Laisser un commentaire

BNMTL Biennale de Montréal – bilan, coups de coeur et critiques

Le rideau tombe sur la première Biennale de Montréal « nouvelle version » – prolongée au MACM jusqu’au 8 février. Coups de gueule et réserves en premier, compliments ensuite… Voici nos commentaires sur cette grand messe d’art contemporain!

BNMTL

Sombre avenir

« L’avenir – Looking Forward ». Si le titre anglais de la biennale n’est pas traduit littéralement du Français et renvoie à une polysémie différente,  l’expérience ressentie par le spectateur-consommateur laisse peu de doutes sur le propos, quelle que soit la langue. Prévoir ce qui nous attend en faisant un état des lieux du présent? Aller de l’avant? Regarder avec un télescope – ou un microscope – ce que le futur nous offrira? Dans tous les cas les perspectives sont noires, très noires.

Commissaires

Alexandre Taillefer, président du Musée d’art contemporain de Montréal, Gregory Burke et Peggy Gale, commissaires invités par La Biennale de Montréal, Mark Lanctôt, commissaire (MACM), Lesley Johnstone, commissaire (MACM) et Cédric Bisson, président du Conseil d’administration de La Biennale de Montréal. (Groupe CNW/Musée d’art contemporain de Montréal)

Lors de la conférence de presse de lancement, Mark Lanctôt, commissaire pour le MACM, confiait très franchement que la démarche qui avait présidé à la programmation relevait d’un « anti-humanisme » assumé. Il convient, dit-il, de « faire le deuil de nos illusions ». On serait tenté de dire : objectif atteint, tant le gentil participant est invité à découvrir ou redécouvrir de grands artistes certes, mais en suivant un parcours du combattant fait d’angoisse, de menaces, de déceptions et de décrépitudes variées. Dépressifs, s’abstenir!

Dr-King-Processional-

Edgar Arceneaux, A Time to Break Silence, 2013

Dans la petite boutique des idées noires, le choix est vaste et ce qui n’est pas en vitrine est à l’intérieur. Ainsi, dans la série « rêves brisés », on relèvera les belles créations d’Edgar Arceneaux autour de la figure de Martin Luther King (A Time to Break Silence, 2013, et A Nobel Prize and a Bible, 2014). Dans la première, MLK prononce à l’intérieur d’une église abandonnée et dévastée de Detroit, dans une ambiance post-apocalyptique. Dans l’église vide, un singe-humain qui rappelle les premiers hominidés de 2001, Odyssée de l’espace, déambule au hasard, gratte le sol, essaye de détruire un mur, s’intéresse à un tas de gravats. Mort du discours, mort de la civilisation, mort des grandes espérances et utopies démocratiques.

Biemann

Ursula Biemann, Deep Weather, 2013

Dans la collection « Tout est pollué, le climat se réchauffe et le niveau des eaux monte inexorablement », ça se bouscule à l’entrée et la liste est longue (sans présumer aucunement de l’excellence des artistes qui ont choisi l’environnement comme lieu d’ultime combat, évidemment). Ainsi, dans Deep Weather (2014), Ursula Biemann nous donne à voir le travail, magnifique et dérisoire, d’une chaîne humaine construisant une digue au Bangladesh pour contenir la montée de l’océan. Puis, dans le nord de l’Alberta, l’étrange beauté des paysages sauvages détruits par l’exploitation, systématique, massive et infernale, des sables bitumineux. Ce spectacle truly canadian, dantesque et larger than life, offert actuellement par les pétrolières albertaines, a d’ailleurs également inspiré Susan Turcot dans Hide and Seek (2013) et Automobility (2014) .

Fortin

Susan Turcot, Automobility, 2014

Dans la catégorie « On nous manipule et on nous ment » ensuite, l’installation massive de Simon Denny, All you Need is Data : the DLD Conference Redux Rerun, est un temps fort de la biennale, particulièrement convaincant – même si l’artiste se défend de prendre un quelconque parti. Il y en a d’autres – et nous y reviendrons dans notre prochain article.

Enfin, au rayon violence pure, viol et autres bagatelles, on peut citer Andrea Bowers (Courtroom Drawing, Steubenville rape case), qui s’attache à la mise en scène de la documentation d’un cas de viol, ainsi bien sûr que la vidéo atroce de Thomas Hirschhorn (Touching Reality, 2012) présentant un enchaînement d’images censurées par la presse, visages défigurés, corps écrasés, brûlés ou démembrés etc. Voir en face les horreurs vécues aujourd’hui par des personnes et des peuples entiers – et toucher du doigt une réalité que les médias ne veulent nous décrire qu’à travers un filtre abstrait et storifié.

asraw

Thomas Hirschhorn, Touching Reality, 2012

À cette aune-là, certaines projets narratifs plus complexes apparaissent comme presque légers. Des approches méditatives – contemplatives – ironiques, telles que celles d’Oleg Tcherny, Richard Ibgy et Marilou Lemmens ou Emmanuelle Léonard constituent de véritables bouffées d’oxygène.

cato

Installation de Richard Ibghy et Marilou Lemmens, Les prophètes said, 2014

Citation à méditer : « Il y a assez de choses embêtantes dans la vie pour que je n’en fabrique pas davantage » (Auguste Renoir).

Bien sûr, comme le soulignait John Zeppetelli directeur du MACM, « la biennale, c’est un propos politique mais c’est aussi une recherche formelle ». D’autre part, nous serons les premiers à convenir que la grande noirceur du propos dans les arts actuels n’est pas une spécificité du Canada, du Québec ou de Montréal. Dire que les arts, visuels en particulier, sont un miroir de leur temps, est un lieu commun conceptuel. Mais justement, tout n’est pas noir, loin de là! Et tout est une question de dosage, en particulier dans une biennale. On aurait apprécié que tout le propos futuriste ne soit pas centré uniquement sur des prophéties de malheur, des self-fulfilling prophecies un peu trop faciles ou un déconstructivisme d’école un peu trop lassant. Par leur systématisme, ces démarches réduisent d’ailleurs la portée de leur propos à un parti-pris finalement peu dérangeant pour la société, car « ce qui est excessif est insignifiant ».

MAC - John Zeppetelli named new Director of MAC timthumb.php_

John Zeppetelli, directeur du Musée d’art contemporain de Montréal et Sylvie Fortin, directrice de la biennale BNMTL

Autrement courageux nous semblerait, aujourd’hui, un art politique qui inviterait à réfléchir aussi, sur « comment encore aimer » ou « reconstruire », « guérir » et même, pourquoi pas, « où en est le progrès? » et « comment devenir meilleur ?». Les volontaires intéressés peuvent toujours nous écrire, poste restante.

Tasse-toi, la peinture!

Dans un autre ordre d’idées, lors du lancement de BNMTL, Regarde Montréal a posé aux commissaires la question du choix des mediums. Des écrans omniprésents, des photos et quelques incursions graphiques dans des installations, une bonne dose de conceptuel mais… très peu de peintures, pour dire le moins. Ringarde, la peinture? Réponses embarrassées. Contre-exemples cités par Gregory Burke, commissaire invité. Il en a cité deux… En réalité, c’est une évidence, cette Biennale, tant au MACM que dans la ville, a donné la part du lion aux écrans et aux concepts. Pour faire moderne, peut-être?

Qu’est-ce qu’il y a ce soir à la télé?

La peinture peut aller se rhabiller en tout cas, on la rappellera pour une quelconque rétrospective touchant au 20e siècle. Cela peut tout à fait se concevoir, encore faut-il l’assumer. Il est loin, le temps où Nam Jun Paik bataillait pour faire reconnaître la vidéo comme un médium intégralement artistique, après les précurseurs expérimentaux du 8mm. Dans une ère de multiplication forcenée des messages sur écrans, ces derniers ont gagné, pour l’instant – en tout cas, dans l’esprit de cette biennale.

La prédominance des oeuvres en séquences « filmées » pose en même temps la question, beaucoup plus terre-à-terre, de l’expérience du spectateur. On touche là à la difficulté, réelle, de multiplier une offre dans un parcours nécessairement limité dans le temps. Quel est le nombre des visiteurs qui obligés de butiner d’oeuvre en oeuvre faute de temps, sans pouvoir s’attarder sur chacune d’entre? A-t-on additionné le temps de visionnement requis pour vraiment y « plonger »? Pas sûr…

Ceci n’est pas une circulaire de Publisac

VisuelBNMTL

Dernier commentaire, cette fois sur la signature visuelle retenue pour cette biennale et la qualité des supports imprimés, à commencer par le catalogue. Le design minimaliste des yeux ronds sur fond mauve (ou vert céladon, ça dépend des fois), quoique bien pâlichon, pouvait à la rigueur se défendre s’il avait été servi par une édition et un catalogue d’une qualité impeccable. Au lieu de cela on a eu droit, hélas, à un petit pamphlet approximatif rédigé et imprimé à la va-vite, dans une mise en page et sur un papier ultra-cheap. Quel dommage! L’écrit et l’imprimé ne doivent pas être la cinquième roue du carrosse lorsqu’on conçoit un événement majeur.  Avec le temps, les catalogues deviennent des références très importantes non seulement pour les artistes mais aussi pour les amateurs, critiques, journalistes et spécialistes du monde entier. Établir la réputation d’une biennale est un voyage au long cours. Il faut espérer – et réclamer – beaucoup mieux la prochaine fois!

Pierre_Auguste_Renoir

Voilà… Comme la biennale n’a été couverte, par l’essentiel des médias locaux, que par quelques articles neutres, jovialistes, publi-informationnels ou centrés uniquement sur tel ou tel artiste, nous préférons apporter notre pierre à l’édifice en formulant une critique générale et argumentée de l’événement. Paix aux commissaires, directeurs, personnalités importantes, organisateurs, bénévoles et pionniers de cette nouvelle aventure qui ont par ailleurs déployé tout leur talent, avec une énergie remarquable. Une première est une première et il faut savoir en tirer les leçons.

Après cette critique, sombre, qui aime bien châtie bien : cette biennale était un événement majeur pour la vie des arts visuels à Montréal. Elle nous a réjouis sur bien des aspects aussi. Lesquels? À bientôt pour notre palmarès des coups de coeur artistes de cette biennale!

BNMTL / Biennale de Montréal, jusqu’au au 8 février 2015 au Musée d’art contemporain.

 

Publié dans Uncategorized | Marqué avec , , , | Un commentaire