Art contemporain d’Australie : si loin si proche

Avec sa superbe exposition Lignes de vie – Art contemporain des Autochtones d’Australie, le Musée de la civilisation de Québec met en lumière un peuple et une culture apparemment aux antipodes des nôtres. Il offre aussi un bain de jouvence esthétique en obligeant le visiteur à sortir de ses conceptions conventionnelles de l’art contemporain.

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Une vision du monde à la fois enracinée et métissée; une esthétique aux clés ethnographiques et pourtant universelles : ce tour de force multiforme est rendu possible par un parcours scénographique particulièrement sensible, dépaysant et coloré, organisé autour de trois blocs : Terres de rêves, Terres de savoir, Terres de pouvoir…

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Salt in the Wound (Sel dans la blessure), Judy Watson – Matériaux mixtes, 2008.

Un habitué du vocabulaire occidental de l’art contemporain aura sans doute tendance à porter d’abord son regard sur des créations qui empruntent à l’art actuel une partie de ses techniques narratives « mondialisées » (installation semi-conceptuelle Salt in the wound de Judy Watson sur le massacre des aborigènes, et le projet photographique Broken Dreams de Michael Cook).

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E.T. and His Friends, Tjangika-Linda Syddick Napaltjari – Acrylique sur toile, 1994.

Mais ensuite, vient l’utilisation de techniques traditionnelles – humouristiques, déstabilisantes? – au service d’allusions toutes contemporaines (E.T. and His Friends, de Tjangika-Linda Syddick Napaltjari ou encore, My Brother’s Keeper de Janine McAullay-Bott).

« Apprendre à apprécier sans s’approprier » : cette belle formule de Françoise Dussart, commissaire et conservatrice invitée de l’exposition, est propre à alimenter la réflexion sur les notions d’appropriation, de distanciation, d’enracinement et de détachement, propres à l’art actuel occidental.

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Broken Dreams (Rêves brisés), Michael Cook – Impression photographique jet d’encre, 2010.

Enfin, on comprend comment la terre, les éléments naturels et le souffle chaud des immensités désertiques sont utilisées au service des techniques traditionnelles (écorces, fibres végétales, ocres naturelles) pour réaliser de véritables chefs-d’œuvres formels.

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Yam Dreaming of my Country, Emily Kame Kngwarreye, acrylique sur toile, vers 1991. Le rêve de la patate douce.

Particulièrement saisissantes sont les ocres sur écorce, à la fois cartographies mnémoniques des territoires et récits mythologiques. Plus spectaculaire encore, le Karrku Jukurrpa (Rêve de Karrku), immense toile sur acrylique réalisée à même le sol par un collectif de 36 artistes, racontant l’histoire d’une montagne et d’une mine d’ocre rouge, ainsi que Le rêve de la patate douce, une explosion de couleurs faussement abstraite représentant la terre vue du ciel, avec les patates douces mûrissant doucement sous terre…

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Karrku Jukurrpa (Rêve de Karrku) – Collectif, acrylique sur toile, 1996 (détail).

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Dans un étonnant mélange de douceur et de violence, ces réalisations toniques proviennent en majorité de la Collection Kluge-Ruhe d’art aborigène de l’Université de Virginie, un ensemble tout à fait unique réuni au gré d’aventures et de hasards dignes d’un rêve aborigène…

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Crocodiles in Billabong (Crocodiles dans une étendue d’eau), Watjung Mununggirit – ocres naturelles sur écorce, 1965 et Billabong at Milmilngkan (Étendue d’eau à Milmilngkan), Kay Linjuwanga – ocres naturelles sur écorce, 2003.

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Une coexistence réussie du propos esthétique et ethnographique. enraciné et universel : une exposition à ne pas manquer, jusqu’à la fin de l’été!

Lignes de vie – Art contemporain des autochtones d’Australie, au Musée de la civilisation de Québec jusqu’au 5 septembre 2016.

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Marc Garneau, lumières sombres

« Trajectoire » et non pas « rétrospective » : dans une nouvelle exposition de haute qualité, le 1700 La Poste propose de revenir sur vingt ans de création d’un artiste québécois presque aussi secret que Réjean Ducharme en littérature, avec une sélection d’œuvres magistrales, pour la plupart jamais exposées en public. Visite privilégiée, avec l’artiste alerte, en pleine maturité de son art…

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Marc Garneau a changé d’ateliers, de maisons et de styles. Sa notoriété lui a permis de voir progressivement partir ses œuvres chez de grands collectionneurs et des musées (deux grands formats de l’expo sont des prêts du MACM et du MBAM). Pourtant au fil de sa carrière et de ses déménagements, il a gardé jalousement auprès de lui nombre de tableaux.  C’est le cas de 30 œuvres parmi l’exposition, jusqu’ici non disponibles au public. Il avoue lui-même « redécouvrir » certaines d’entre elles à la faveur de cette exposition, se disant « prêt à les laisser s’échapper ». (Ill. Portrait, Gabor Szilasi).

 

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Jeunesse, l’influence de ses amis peintres. Yves Gaucher ou Leopold Plotek; les tableaux divisionnistes d’Ulysse Comtois. Ses racines de terre et de fer à Thetford Mine. Ses voyages en Europe et ailleurs, Maroc France Suisse, à une époque moins connectée et cependant plus optimiste, spontanée et ouverte, que l’actuelle. Son goût pour installer son atelier dans des chambres d’hôtels et dessiner et peindre, vite.

 

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Urne V, 1988, fusain, toile et acrylique sur toile.

Pour la forme, justement un travail rapide, une architecture instinctive. Papier collage, « des actes francs », dit-il. puis déchirages, point de départ avec collages, destruction constructive. Pour la matière, des medium mixtes dans lesquels la transparence et la brillance occupent une importance continuelle. Arriver à détruire de bonne manière pour arriver à construire un nouveau tableau lui « permet de se libérer 2 ou 3 mois »…

 

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Marc Garneau devant la Nuit Blanche II (photo Regarde Montréal).

_DSC4780_Photo Guy LHeureux

 

Des thèmes et des images viennent à lui, par exemple Saint-Sébastien percé de flèches dans l’iconographie de la Renaissance. Du ready-made parfois, flèche de bois, matériaux trouvés. Le charbon, matière de feu, a sa prédilection et certains tableaux évoquent une période de sa vie où il brûlait des panneaux de bois avant de les gratter, en les utilisant à la fois comme support et matière.

Ses brosses et ses rouleaux? Il ne les lave jamais tout à fait et les conserve humides pour poursuivre une sédimentation de teintes et de couleurs. « J’ai conservé des œuvres toute ma vie pour comprendre ce que j’ai fait dans le passé ».

Aujourd’hui? Maturité de la légèreté et de la couleur. Voir l’exposé de son exposition en spirale dans cette belle vidéo :

 

 

 

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Nuit blanche II, 1992, toile et acrylique sur toile.

Durant vingt ans de création discontinue, Garneau a fait évoluer son propos comme évolue la vie, en décomposant, en recomposant, au gré à la fois de ses pulsions et réflexions.

Lors de la visite, il s’attarde sur tableau étrange, réalisé en extérieur avec du bois, du charbon et… du vent, dit-il. Un rêve où coule de l’eau, autour d’un iceberg noir.

 

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Premier jardin, 2010, toile, papier, crayon Conté, fusain et acrylique.

 

Regarde Montréal milite pour la publication de catalogues de qualité : il y va de la pérennité des œuvres, des artistes, des lieux de diffusion; quand une exposition est finie, le catalogue permet de fixer un moment, et il joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’art. On ne peut donc qu’être ravi de la ligne sans concession adoptée par La Poste, dans ce domaine, depuis sa création. Préfacé par Isabelle de Mévius, le superbe catalogue illustré de l’exposition présente de parfaites reproductions accompagnées de textes par Ginette Michaud, Laurier Lacroix (Les Éditions de Mévius) et nous ne sommes pas payés pour l’écrire!

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Calme et volupté, 2012, toile et acrylique sur toile.

Marc Garneau, une trajectoire – Œuvres choisies, 1995-2015, au 1700 La Poste jusqu’au 20 décembre 2015.

Crédit photo, sauf mention contraire : Guy L’Heureux, 2015.

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La peinture envoûtante de Manuel Bisson

Néo-futuristes, fortes et douces, les œuvres de Manuel Bisson exposées à la Galerie Bernard de Montréal ont tout pour retenir l’attention des amateurs d’art visuel.

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À travers une sélection de deux corpus d’œuvres et avec une grande économie technique et formelle – toiles ou panneaux de bois, peinture aérosol – l’artiste nous fait entrer dans un univers visuel à la fois familier et différent, où les figures géométriques voisinent avec des incursions de formes évoquant des présences animales, minérales, végétales…

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Scope, 2015 – aérosol sur panneau

Immergé dans la peinture depuis sa formation en arts visuels et médiatiques à l’UQÀM, Manuel Bisson a pratiqué l’art-performance durant quelque temps, notamment avec le collectif montréalais Les étrangers de l’intérieur, avant de se consacrer de nouveau, à 100%, à ses premières amours. Rapidité dans l’exécution, rituels de l’atelier et volonté de faire entrer le spectateur de ses tableaux dans un nouveau monde, cette courte vidéo nous permet d’en savoir plus sur un artiste aussi discret qu’exigeant :

Atmosphère latente de sci-fi, de calcul quantique et de faille spatio-temporelle… Des formes molles, sombres et ambiguës surgissent dans un cadre géométrique brut ou pastel. Dans ses dernières œuvres, des touches de vapeur colorées, plus libres, viennent renforcer des références picturales assumées aux années 70 et 80, en risquant aussi des inclusions de feuilles d’or – gimmick en vogue dans la peinture des années 90.

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« La peinture a toujours été ce que j’ai aimé le plus » déclare Bisson. Cela se voit, tant on retrouve dans son oeuvre ce qu’on apprécie le plus chez un peintre d’aujourd’hui : une technique rigoureuse et une démarche cohérente, au service d’une narration ouverte, laissant la place au rêve et aux mondes parallèles…

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Sans titre, 2015 – aérosol et feuille d’or sur panneau

Manuel Bisson, New Ground, jusqu’au 7 novembre 2015 à la Galerie Bernard.

Blogue de l’artiste sur WordPress.

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Élitiste, le Mois de la photo?

Jusqu’au 14 octobre encore, vous pourrez juger par vous-même ! La cuvée 2015 de cette biennale rassemble à Montréal des approches artistiques très diverses autour d’un thème ambitieux et des mises en perspectives pas toujours abordables pour le plus grand nombre…

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Joan Fontcuberta

Faute n’en est sûrement pas au commissaire invité, le catalan Joan Fontcuberta (ill. son portrait par Patrice Josserand). Grand nom de la photographie mondiale, Foncuberta a constitué une oeuvre forte, cohérente, teintée à la fois d’humour et d’ironie, d’engagement politique et d’une inépuisable curiosité pour la vie. Créateur mais aussi théoricien, critique, historien et enseignant, il a su définir un thème clair et ouvert, « La condition post-photographique » en précisant qu’il retiendrait une « perspective non pas esthétique mais anthropologique ».

Présentation éclatée voire atomisée en plusieurs lieux de la ville, mise en contexte du travail des artistes dans des textes souvent abscons et sur-théorisés : des moments souvent rudes pour  le citoyen moyen – mais curieux et amateur d’art – que nous nous permettons d’incarner. « Voir, comprendre, aimer » reste pour nous une belle devise…

De toute façon, l’énoncé de principe du Mois de la Photo nous assène : « Grâce à un commissariat rigoureux et à un programme d’expositions provocateur présentant des artistes internationaux et canadiens, établis et émergents, la biennale se place à l’avant-garde des recherches sur la photographie contemporaine et l’image en mouvement. » C’est noté. Et à présent que nous avons exercé notre rôle de critique poil-à-gratter, voici notre sélection personnelle de coups de cœur.

Roberto Pellegrinuzzi chez Pierre-François Ouellette et à la Parisian Laundry. Splendide projet où les photos deviennent des grains de sable sur une plage immense. Loi de Murphy, tout ce qui peut arriver arrivera.

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À la Parisian Laundry toujours, le duo Adam Broomberg et Olivier Chanarin retient aussi notre intérêt avec la mise en regard d’archives et d’image évoquant violence et conflits.

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Blanchisserie parisienne encore, Hans Ejkelboom The Street and Modern Life. Cinq étoiles! Nous aimons la mise en abîme, pleine d’humour et de sensibilité. Myriade de clichés pris sur un grand espace public à Londres. Les passants sont regroupés en diverses catégories, vêtements à carreaux ou à pois, téléphoneuses et facebookeuses invétérées, lunettes, shorts, sandales, mises en plis, piercings… Une vertigineuse classification des espèces à la Linné, dans une époque où chacun revendiquera un espace de liberté un un style qui lui est propre – et pourtant indéfiniment reproductible et conventionnel. Richesse de la multiplicité, mystère de la singularité…

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Enfin, très belle mise en espace à la Galerie de l’UQAM avec Patricia Piccini, une autre vie. Des objets et des images d’une inquiétante familiarité nous donnent à voir des « monstres », c’est à dire des animaux inconnus issus de mutations ou manipulations génétiques et des humains, eux aussi modifiés et mutants – le plus souvent, dans un cadre de vie quotidienne apparemment banal (maisons, enfants jouant dans la ruelle, événement sportif, scène de bureau ou de laboratoire).

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Inspirée par son compatriote Ron Mueck elle met l’hyperréalisme de sa technique au service d’un onirisme nourri par la science et la fiction. Là encore, est-ce que tout ce qui peut arriver arrivera?

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Pour avoir couvert le Mois de la photo à plusieurs reprises, nous pouvons affirmer que cette édition peut largement satisfaire les aficionados et spécialistes de tous horizons mais n’est certainement pas la plus « abordable » pour un public élargi. Dommage que l’éclatement des lieux et l’austérité des sujets ne ménage pas beaucoup de fenêtres

Parenthèse : il y avait de la photo aussi en cette rentrée avec le World Press Photo. Nous avons renoncé à en rendre compte car l’édition 2015 s’est avérée bien médiocre, aux antipodes de la belle édition de 2014 dont nous avions rendu compte. N’importe, les organisateurs disent avoir battu des records de fréquentation, tant mieux pour eux…

Le Mois de la photo de Montréal, 14e édition – Biennale internationale de l’image contemporaine, jusqu’au 14 octobre 2015.

http://moisdelaphoto.com/

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Vladimir Velickovic : un grand nom de la peinture européenne à Montréal

Si vous ne l’avez pas encore vue c’est le moment! Jusqu’au 21 juin, le 1700 La Poste offre une exceptionnelle exposition solo de l’artiste Vladimir Velickovic.

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Vladimir Velickovic, 80 ans pétillants.

Double source de joie pour les amoureux d’art contemporain à Montréal : d’abord, cette exposition confirme l’entrée en scène d’un nouvel acteur majeur de la diffusion des arts visuels à Montréal, à vocation aussi bien québécoise qu’internationale. Sous la dynamique impulsion de sa mécène-créatrice Isabelle de Mévius, le 1700 La Poste est en passe d’acquérir une notoriété comparable à celle de la Fondation DHC. De tels lieux ne sont pas légion à Montréal et il faut s’en réjouir!

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Vladimir Velickovic ensuite qui a répondu à l’invitation. Certains critiques rattachent son nom au mouvement de la figuration narrative mais l’artiste s’en défend absolument. Figuratif certes, narratif et engagé, contemporain d’Arroyo, Rancillac, Télémaque et les autres il se revendique libre de toute étiquette ou attache d’école. Velikovic ne cache pas sa satisfaction d’avoir sa grande rétrospective à Paris à l’automne prochain, après son copain Jacques Monory.

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Une exposition mûrement réfléchie et préparée avec Isabelle de Mevius qui s’est déplacée à plusieurs reprises à l’atelier de l’artiste serbe, installé à Paris.

Francis Bacon, Jacques Callot? Le présage de la guerre et ses images de mort. Des corps et des corneilles. Des chiens violents. Un sens inné de la texture et de la profondeur.

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Nous militons pour la qualité des catalogues : mission accomplie dans ce domaine avec un magnifique travail auto-édité par Isabelle de Mévius et vendu sur place. En renfort de ce catalogue, une section Internet de toute beauté est également consacrée à l’exposition.

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Vladimir Velickovic au 1700, La Poste, jusqu’au 21 juin 2015.

 

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Blain, Jodoin, Beauséjour : trois tableaux à vendre pour une bonne cause!

Bientôt, Regarde Montréal va vous en proposer beaucoup plus : plus de vidéos, plus de reportages, plus de critiques, tout en maintenant ce qui fait notre succès : pas de compromission et un langage clair, attrayant et intelligible, pour mieux comprendre et aimer l’art contemporain à Montréal! Pour financer en partie notre développement, nous  offrons à nos lecteurs la possibilité d’acheter une, deux ou trois très belles oeuvres.

Contactez-nous si vous voulez profiter de l’occasion!

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Numéro 1 : Dominique Blain, Duty Free. Sérigraphie sur sac de papier, 40 x 48,5 cm, édition de 50. Prix : 850 $. L’oeuvre est conservée dans un cadre vitré qui permet de voir les deux faces.

Sans conteste l’artiste conceptuelle la plus connue au Canada, Dominique Blain dénonce les injustices, le capitalisme, la domination, la guerre et le racisme, sans hyperbole ni agressivité inutile mais avec une incroyable finesse, son travail n’abandonnant jamais l’esthétique au profit du discours politique. Dans Duty Free, Blain détourne un sac en papier qui s’apparente à ceux qu’on utilise dans les boutiques. Au lieu d’un logo de magasin, les sacs sont ornés sur deux faces de photos de femmes du Tiers-Monde.

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Numéro 2 : Mathieu Beauséjour – L’oeuvre que nous vendons est le tirage noir de cette série (voir plus bas), superbe : The Devil’s Face, 1999, techniques mixtes – 48,25 X 64,75 cm, édition 7 de 20. (Mise à jour 05/05 : oeuvre vendue)

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Artiste résistant et résiliant représenté par la Galerie Antoine Ertaskiran, le montréalais Mathieu Beauséjour est actuellement dans toute la force de sa maturité artistique. Dans The Devil’s Face, Mathieu Beauséjour se réfère à un scandale survenu en 1956 : les autorités canadiennes avaient été contraintes de retirer de la circulation un billet de 20 $ sur lequel le graveur avait inséré subrepticement une figure de diable (dans les cheveux de la reine)!

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Numéro 3 : Sophie Jodoin, Nu, pastel et fusain sur toile de jute. 40,5 X 47 cm. La photo est moyenne, nous n’avons pas voulu sortir l’oeuvre originale de son encadrement, ça brille… Mais elle est impeccable et inspirante! (Mise à jour 28/04 : oeuvre vendue)

Actuellement exposée à la Galerie Battat, Sophie Jodoin fait partie des meilleures peintres et dessinatrices de sa génération. Son travail a été présenté au Canada, aux États-Unis et en Europe, dans des musées, des centres d’artistes, des galeries publiques et privées, ainsi que dans le cadre de foires internationales. Elle a collaboré avec plusieurs écrivains, poètes et dramaturges de renommée internationale dont Wajdi Mouawad, Michael Ondaatje et Christian Lapointe. Elle a obtenu en 2014 la bourse de résidence à Londres du Conseil des arts et lettres du Québec.

Voilà! Loin de nous l’idée de faire concurrence à Papier 15 (ou à Art contemporain pour tous puisque, à la suite d’une belle chicane nous avons droit cette année à deux événements au lieu d’un; nous y reviendrons) – mais si vous êtes intéressé à soutenir une bonne oeuvre, achetez nos oeuvres!

Contact : regardemontreal@gmail.com

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FIFA 2015 : les films à voir et à retenir

Dix films étaient inscrits cette année dans la rubrique « Art contemporain » du 33e Festival international du film sur l’art. D’autres, en lien tout aussi étroit avec l’art actuel, se sont retrouvés plutôt dans les rubriques Peinture, Art et politique, Photographie, Histoire de l’art et Art public. Une petite année pour les arts visuels au FIFA? Oui, si on considère la sélection et le palmarès officiel. Il y a des années avec et des années sans. Toutefois, nous vous proposons un palmarès maison en vous encourageant vivement à voir certains de ces films  – la plupart, disponibles en DVD – et à en fuir d’autres…

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Top 4 : Viola, Bourgeois, Walker et Fabre

No 1, Bill Viola, expérience de l’infini, par Jean-Paul Fargier (France, 2013).

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En deux décennies, Viola est devenu un des vidéastes les plus appréciés au monde. Des documentaires ont déjà été faits sur lui, mais celui de Fargier est pour nous un des meilleurs.

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Intellect et émotion, métaphysique et spiritualité. Contrairement à Bruce Nauman ou Damien Hirst par exemple, Viola ne s’inscrit ni dans une démarche conceptuelle ni dans une approche clinique des corps. Dans ses projets d’envergure The Passing, The Crossing, The Dreamers, comme dans ses oeuvres plus réduite et intimistes ou inspirées des peintres de la Renaissance, partout l’on retrouve la puissance d’un projet en connexion avec la condition humaine, dans sa fragilité et son mystère.

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Ill. Triptyque de Nantes, 1992.

Catastrophe imminente, engloutissement dans l’eau ou dans les flammes. « Aller chercher la mort de près », tout en exprimant l’intuition que celle-ci n’est pas si grave et qu’elle n’est pas une fin, pas plus que la naissance est un commencement.  Les paysages que nous traversons, l’eau, le corps. Dans la technique, l’importance du son, de la haute résolution et de l’utilisation du ralenti.

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The Dreamers, 2013. Sept dormeurs plongés dans l’eau, hommes, femmes, enfant, ils sont sereins ; Pour Viola, ils symbolisent l’immortalité. Et sont l’écho, magnifié, de son traumatisme fondateur : à l’âge de six ans, s’être presque noyé et vivre une near death experience, de laquelle il garde un souvenir pas si désagréable, au fond tout était en suspens, calme et paisible…

No 2, Tracy Emin on Louise Bourgeois: Women without Secrets, par Ben Harding (Royaume-Uni, 2013).

Amie et collaboratrice de Bourgeois, Tracy Emin témoigne et dresse un portrait plein d’humour, de pudeur et de considération.

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« J’ai payé ma dette au passé. Je suis libérée ».

Louise Bourgeois était en révolte permanente. Dans le courant de sa vie, non seulement l’âge n’a pas atténué l’ampleur de cette révolte mais elle l’a même affinée et décuplée. Blessures personnelles et révolte étant intimement liées. Contre son milieu, contre l’histoire, contre les hommes, contre ses deux pays, les États-Unis et la France.

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Poids, 1993. Give and take et la série des Night Drawings. I am Afraid, véritable auto-épitaphe de l’artiste et Janus fleuri, étrange organe taillé et moulé dans le bronze, féminin-masculin, délice pour les psychanalystes, sûrement. La célèbre araignée protégeant ses oeufs…

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No 3, Kara Walker: A Sutelty, or the Marvelous Sugar Baby, par Ian Forster (États-Unis, 2014). Un court-métrage modeste mais clair et bien concentré sur son sujet. Artiste engagée de la cause noire, Kara Walker investit une ancienne usine de mélasse sur les rives de Brooklyn, Fort, énergique, appétissant!

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No 4, Jan Fabre, au-delà de l’artiste, par Giulio Boato (France, 2014). Docu de grande qualité sur un belge fou, autodidacte dévoreur de vie, roublard et magnifique touche-à-tout, familier de Warhol, John Cage, David Bowie, Brassens et Chantal Ackermann. On voit peu de sa production plastique, polyvalente et foutraque (dessins au Bic bleu, peintures avec sang, larmes et sperme, photos avec Mappelthorpe, hommages à Mesrine et performances avec Marina Abramovic), car le film est davantage centré sur ses chorégraphies-scandales, dénoncées avant d’être acclamées depuis dix ans au Festival d’Avignon.

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On découvre, à l’entrée du repère-studio-atelier d’artiste qu’il a créé à grand frais dans le quartier de son enfance, à Anvers, une devise : Only Art can Break your Heart – Only Kitch can Make you Rich. Une devise, il faut le reconnaître, parfois appliquée sans aucun second degré chez certains tenants de l’art contemporain (voir Mark Quinn, plus bas)…

À voir en second lieu, Wil Mathijs et Ai Wei Wei. Folie des grandeurs.

Utiliser des morceaux de corps humains pour réaliser des oeuvres est peut-être une des rares avenues qui n’avait pas encore été explorée par l’art contemporain. Cette lacune est désormais comblée par le plasticien belge Wil Mathis. loin d’une démarche de pacotille l’homme semble sincère et il veut, si c’est possible, que son cadavre soit exposé dans une vitrine.

Cells, par Wil Mathijs (Belgique, 2013)

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Ai Weiwei, Evidence, par Irene Höffer (Allemagne, 2014)

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En une décennie, « maître Ai » s’est imposé comme l’artiste contemporain chinois le plus connu au monde. Grande gueule, contestataire, incarcéré puis tenu en respect par les autorités de son pays qu’il lui est interdit de quitter.

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Le film se concentre sur la préparation de l’exposition Evidence qui s’est tenue au Martin-Gropius-Bau de Berlin.

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Disons-le : pas désagréable à voir, le film nous a pourtant laissé à moitié sur notre faim, en hésitant entre un portrait de l’artiste et une narration de l’exposition. L’un ou l’autre auraient pu être traité plus en profondeur. Pour un portrait plus complet d’Ai Weiwei, on préférera le documentaire Ai Weiwei Without Fear or Favor de la BBC (2011).

Nouveau Rodin ou nouvel imposteur?

En filigrane de ce film, nous avons pensé à la sanctification médiatique des artistes. Certains reprochent à maître Ai d’être un peu trop malin, un peu trop chinois avec le sens du commerce. Fils d’un grand artiste officiel du régime, Ai Weiwei connaît parfaitement les codes occidentaux, notamment ceux qui conduisent au succès international aujourd’hui – transgression, récupération, dérision, monumentalité.

La transition est toute trouvée avec Mark Quinn, Making Waves, par Gerald Fox (Royaume-Uni, 2014) – et plus généralement avec la section films bof ou beurk.

Mark Quinn fait des vagues? Ou du vent? Réponse dans ce film complaisant, sur un des artistes les plus infects de la génération des YBA (Young British Artists), pourtant féconde en imposteurs de toute sorte. Douche bag de l’art contemporain au crâne soigneusement rasé et en T-shirts griffés, Quinn déambule de Miami à Pékin, de Madrid à New York et Londres. De cocktails people en vernissages VIP, rien ne nous est épargné de ses rencontres avec Elton John, Lionel Ritchie, Donatella Versace, la reine d’Angleterre et bien d’autres. En Chine, il rencontre naturellement Ai Wei Wei pendant un quart d’heure , échange avec lui des propos inspirés sur l’art et quelques selfies. Sur une plage, il ramasse des coquillages (lien avec sa prochaine expo) et nous assène des phrases du genre « Sea is the beginning and the end » ou encore, « Shells are the archaeology of Form »… Un film à voir pour rire, si on veut.

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Piero Manzoni, Artist, par Andrea Bettinetti (Italie, 2013). L’infortuné Manzoni est mort à l’âge de 29 ans et comme bien souvent en pareil cas, il est difficile d’extrapoler sur ce que son oeuvre aurait pu gagner en étendue et en profondeur. Il restera célèbre, dans les hagiographies de l’art avancé, comme le metteur en boîte de conserve de Merde d’artiste et un précurseur de l’art conceptuel.

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Entre le géant Duchamp et les centaines de successeurs qui ont vu le jour, depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui, la trace de Manzoni paraît au fond assez pâle. Film à voir si on a le temps, à titre d’information…

FIFA – Festival International du Film sur l’Art, 33e édition, du 19 au 29 mars 2015.

MIFA – Marché International du Film sur l’Art, 5e édition, du 25 au 28 mars 2015.

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