Palmarès du 34e FIFA et entrevue avec Natalie McNeil : cap sur le numérique

La nouvelle directrice générale du Festival international du film sur l’art a du pain sur la planche.

Nathalie McNeil -® Johanne Biffi

Natalie McNeil (crédit Johanne Biffi)

Culture et gestion

Natalie McNeil est une femme de culture et une femme de terrain. Sa feuille de route démontre qu’elle a pu mettre sa fibre artistique et ses talents de gestionnaire au service de plusieurs institutions culturelles de toutes tailles et vocations, au Québec, au Canada et à l’international, avec beaucoup d’efficacité et de conviction. Nommée directrice générale in extremis le 5 février 2016 (à quelques jours du commencement du 34e festival!), elle est immédiatement entrée dans le bain – chaud? – d’une manifestation qui se cherche clairement un second souffle. Dans le cadre de l’Hôtel Renaissance, quartier général des festivaliers, Mme McNeil s’est confiée à nous quelques instants.

« J’ai d’abord été, tout simplement, une festivalière-spectatrice passionnée du FIFA. Il s’agit d’un festival dit « de niche », mais une niche de plus en plus démocratique, avec un public fidèle, enthousiasmé par des films qu’on ne voit nulle part ailleurs en Amérique du nord. Et un vrai virage numérique qui s’annonce. » Pour elle, il s’agit avant tout de poursuivre une oeuvre en la renouvelant avec son père-fondateur, René Rozon, un monument, en dépit de sa modestie, du monde culturel québécois. Présent aux projections, toujours simple et abordable, d’une culture et érudition cinématographiques sans failles, René Rozon a fondé le festival en 1981. Et il l’a porté très loin.

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René Rozon (crédit Mathieu Poirier)

Si le festival a connu des hauts et des moins hauts, il a acquis au fil des années une très belle notoriété et sa fréquentation en salle est loin d’être en baisse. Sa sélection de films a effectué des tournées dans de grandes institutions muséales : National Gallery of Art de Washington, Musée du Louvre, Tate Modern de Londres, Lincoln Center de New York, en plus du Musée des beaux-arts du Canada et du Musée national des beaux-arts du Québec. Un joyau local et national. Le festival a aussi reçu le Prix du Conseil des arts de Montréal. Néanmoins, les plus beaux monuments culturels ne sont jamais assurés de durer, il s’agit d’un refrain hélas bien connu.

De l’argent et des amis

La mission majeure qui attend Natalie McNeil est simple sur le papier et complexe en pratique : assurer la continuité et l’évolution du FIFA. Et si le nerf de la guerre est secondaire par rapport à l’établissement d’une vision et d’objectifs fermes, l’argent est important… « Tous les organismes culturels voient fondre leurs financements publics, au moins en termes relatifs, et le FIFA ne fait pas exception à la règle », souligne-t-elle. Même si les perspectives pour le financement fédéral de la culture sont plus souriantes depuis l’arrivée du nouveau gouvernement à Ottawa, il va s’agir de se tourner beaucoup plus fortement vers le secteur privé – sans pour autant négliger le grand public.

D’où une grande campagne de socio-financement (ou crowdfunding pour les francophones) disponible dès à présent sur la plate forme www.sauvonslefifa.ca et relayée sur les incontournables Insta, Twitter et FB. C’est le début d’un grand dessein que Natalie McNeil veut mener méthodiquement, tout en relançant les partenaires du festival avec de nouvelles idées. Ainsi des activités éducatives et de médiation culturelle avec le Musée des beaux-arts dans le cadre de ses activités annuelles; et des tournées accentuées à l’extérieur du Québec, au Canada, de Vancouver à White Horse en passant par Winnipeg. « Faire voyager les œuvres » au pays, quoi de plus naturel pour une directrice siégeant au conseil de la Fédération culturelle canadienne-française? Elle s’engage certainement, en l’occurrence, dans une double course de vitesse et d’endurance.

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Vers un festival en ligne et en salle?

Le virage numérique, comme l’intégration des contenus, est une chose dont on parle depuis si longtemps qu’on finit par ne plus y croire. Et pourtant, on a tort! Même s’il y a eu du retard à l’allumage, le basculement de la diffusion depuis le traditionnel meuble à écran trônant dans le salon, vers quelque chose de plus mobile, fluide, multi-écran et omniprésent, est arrivé. Le FIFA est dans l’orbite! Sans trop s’avancer sur les modalités ou les délais, Natalie McNeil s’engage à faire en sorte qu’avec des partenaires de diffusion actuels ou futurs on puisse, dès l’année prochaine, voir le festival en ligne, tout en gardant une projection festive en salle durant le festival. Concrètement on pourrait, durant le festival et moyennant un tarif de pay-per-view à déterminer, visionner chez soi les films en compétition. Excellente idée.

Faire son marché à Montréal?

On peut enfin se demander ce qu’il adviendra du Marché International du Film sur l’Art (MIFA), événement unique au monde initié en 2009 par René Rozon. Là encore, à l’ère de la dématérialisation, les acheteurs et vendeurs de ce – petit – marché ont-ils besoin de se retrouver annuellement à Montréal? Malgré la capacité d’attraction du FIFA, cela supposerait un autre investissement majeur, pour être sûr d’avoir des retombées positives. Qu’en pense le discret président du conseil d’administration, Yvon Turcot? Mystère…

Les deux conseils à deux piasses de Regarde Montréal

Nous n’avons pas osé en parler lors de notre entretien avec la nouvelle directrice alors, chut, restons discrets! Mais voici deux idées qui nous sont venues :

  • La question des sous-titres. Tous les films ne sont pas sous-titrés en Français, ce qui pose problème pour un festival international, a fortiori à Montréal! Bien sûr il y a des enjeux de délais, de coûts… Mais Montréal héberge des firmes d’adaptation et de sous-titrage qui seraient sûrement heureuses de participer!
  • Régler la difficulté de partager le même acronyme, surtout par les temps qui courent, avec la Fédération Internationale de Football Association (FIFA; vous savez, Sepp Blatter, Michel Platini, les jeux vidéo, la justice américaine, la Coupe du monde 2022 au Qatar et les produits dérivés). Sur Internet, la concurrence est déloyale et l’association pas toujours flatteuse (voir l’image ci-dessous, tirée du web, rions un peu, mais c’est sérieux aussi).

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Natalie McNeil semble s’attacher avec passion à sa tâche. Elle croit en une profonde redéfinition de l’expérience spectateur. Nous lui souhaitons bonne chance!

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On peut voir sur le site du FIFA des extraits vidéo de tous les films lauréats. Revenons, en quelques lignes, sur le volet « arts visuels » du palmarès…

Hockney de Randall Wright, dont nous disions tout le bien dans notre dernier billet, a obtenu un mérité premier Prix du portrait.

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La collection qui n’existait pas de Joachim Olender, a obtenu le Grand Prix. Comme le soulignait avec humour Paul Maréchal, président du jury, réaliser un film palpitant et raisonnablement grand public sur l’art conceptuel, c’est une gageure! Le film y parvient. Dans ce domaine, on peut faire confiance aux Belges. Face-à-face aussi léger que passionnant avec Herman Daled, un grand collectionneur qui a cédé en 2011 ses œuvres au MoMA . Des pièces maîtresses du mouvement conceptuel des années 1960, incluant la plus importante collection de Marcel Broodthaers ainsi que des œuvres historiques de Daniel Buren, Niele Toroni, On Kawara, Dan Graham, Sol LeWitt…

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Dans un registre plus grave et « d’actualité », le moyen métrage One million steps d’Eva Stotz s’est vu distingué par le Prix du Jury. En plein centre d’Istanbul, le lien improbable et réussi entre une danseuse de claquettes répétant son numéro et de violentes manifestations de rue pour réclamer plus de liberté, dans un pays qui sombre de jour en jour dans une dictature d’un nouveau genre. Superbe.

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Une incompréhension? L’attribution du prix du meilleur essai au film Avant l’orage, de Don Kent (France), lourde et interminable chose dont nous disions tout le mal que nous pensions dans notre avant-dernier billet.

Giovanni Segantini – Magie de la lumière, de Christian Labhart. Plus connu en Italie que dans le reste du monde, Segantini, artiste anarchiste, marginal, sans-papiers, s’est spécialisé dans les paysages de haute montagne et les scènes pastorales. Naturalisme, politique et métaphysique montagnarde, une belle découverte!

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Des regrets, des conseils supplémentaires? Il y en a toujours, pour les films nominés comme pour les autres… Notamment le très beau Caravage, de Jean-Michel Meurice, documentaire grand public et néanmoins fort complet et poétique, sur un sujet tant de fois traité. Jheronimus Bosch de Pieter Van Huystee, magnifique enquête sur un peintre mystérieux, doublée du parcours humoristique d’une équipe de hollandais en quête du montage d’une exposition grandiose dans le petit village natal du maître.

Enfin pour le Québec, L’artiste dans son for intérieur de Helen Doyle, un vrai bijou. Nous vous engageons à le voir par tout moyen à votre disposition car voir, c’est vivre!

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Festival international du film sur l’art de Montréal – FIFA

www.artfifa.com / Facebook / Twitter

Détails de la campagne de soutien au festival sur : www.sauvonslefifa.ca

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David Hockney et Jeff Koons : deux vérités au festival

Deux films majeurs à voir au Festival international des films sur l’art de Montréal (FIFA). David Hockney est un Grand de l’Art contemporain mondial. Jeff Koons is… well… Regardez ces deux documentaires pour vous en en convaincre!

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Hockney, avant-gardiste et traditionnel, figuratif et narratif, était dans les années 50-60 un outsider largement à contre-pied de la contre-culture de son époque. Ce qui ne l’empêcha pas de monter en gloire rapidement tout en gardant sa proverbiale gentillesse, sensible dans ses œuvres aux apports de la poésie et de la musique.

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Complet, riche en témoignages et en images d’archives, le film offre un panorama de très grande qualité sur ce British boy et son parcours, depuis ses origines modestes en Angleterre jusqu’à l’épanouissement de son art – et de son open gayness – en Californie, en passant par les folles années 70 et les sombres années SIDA qui suivirent.  Et à 79 ans, l’histoire se poursuit! « I paint what I like and when I like » et « I always wanted to see more », affirme cet éternel bohémien, en se remémorant quand, enfant, il voulait toujours voyager en haut des autobus à impériale, pour voir plus. Simple!

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Ses peintures offrent nombre de « Frozen moments » quasi-photographiques. Des influences? Distribution de l’espace à la Balthus, narration américaine à la Hopper, mystères à la Delvaux…

Hockney adore se renouveler en se frottant à de nouvelles techniques et il nourrit un attachement et une passion constante pour les techniques de peinture. À ce sujet, voir l’excellent blogue de Linda Moussakova qui rend compte de son livre de référence, Savoirs secrets,  « fruit de plusieurs années de recherches et d’échanges avec les historiens de l’art Martin Kemp et John Walsh ainsi qu’avec le physicien Charles Folco spécialiste de l’optique. »

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Autre artiste et autre tempo avec Jeff Koons: Diary of a Seducer. La logorrhée de l’artiste sur son oeuvre commence dès le début du film et elle se poursuivra tout au long. Avec la voix douce et persuasive d’un prédicateur, Koons va au devant de la critique en l’organisant lui-même, parlant de son enfance, des moments marquants de sa vie, de la société contemporaine, de la vie et de la mort…

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Un documentaire complet qui retrace bien les grandes étapes de la production, du petit gars ambitieux de Pennsylvanie  – New-York 70-80, influences des deux « Ed », Ruscha et Pascke,  découverte des aspirateurs ready-made, des objets gonflables et autres icônes formelles, grandes expos avec et sans la Cicciolina, traversée du désert des années 90, explosion-consécration des années 2000, ballon de basket en apesanteur compris.

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Le film a l’honnêteté de donner la parole à ses détracteurs, à commencer par son meilleur ennemi le critique d’art de la BBC William Feaver, pour qui Koons constitue une imposture et le plus grand des désastres made by Saatchi (les œuvres sont pré-calculées, pré-commercialisées et pré-vendues, comme le discours qui va avec, les relations publiques bétonnées avec le Whitney, le MoMA et les acheteurs londoniens, un modèle pour les Young British Artists).

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L’agacement ressenti face à un tel artiste de l’auto-marketing qui travaille avec un atelier de cent employés ferait presque oublier la réelle qualité et l’émotion dégagées par certaines de ses œuvres, comme ses monumentaux Puppies végétaux ou encore, les pièces de sa « Banality Collection ».

« Consumption is our best desire », dit-il…

 

Hockney de Randall Wright (GB), 2014

Jeff Koons, Diary of a Seducer de Jill Nicholls (GB), 2014

FIFA – Festival international des films sur l’art, Montréal, du 10 au 20 mars 2016

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Un Léonard canadien

Andrew Milne – Dreams of machines de Patrick Lowe, a remporté la palme du meilleur documentaire au Los Angeles Independant Film Festival de 2015 – et on peut voir la chose cette semaine, dans le cadre du FIFA. Un mélange improbable et plutôt réussi de vraie science, de cirque rétro et d’art contemporain sous Ritalin.

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Originaire de Vancouver, Mile s’est successivement mené des études d’ingénierie électronique et de danse contemporaine. En 27 minutes, à travers le témoignage de ses amis, des ses maîtres, de son galeriste, on découvre un Mechanical artist and designer, comme il se définit lui-même, fébrile, inventif, flyé.

Attiré par le cirque, la muséologie et les cabinets de curiosité, il expose à Winnipeg rien moins qu’un Kinésigraphe, un Zoetrope et un Praxiscope, autant de jouets optiques sortis des fêtes foraines du 19e siècle et reconstruits, réinterprétés à sa manière.

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Que voit-on à travers ces secrets optiques? Un homme et une femme, marchant-dansant – nus, bien sûr. Hommage à Muybridge et Marey et au-delà, Niepce, Mélies et autres magiciens scientifiques.

Homme de terrain, Milne déambule souvent à travers l’immense plaine du Manitoba à bord d’un camion spécial baptisé The Museum of New Ideas. À l’intérieur du camion, une chambre noire mobile géante. Arrivé devant un paysage idéal, plat et poussiéreux sur fond de lignes à haute tension, il sort sa chambre noire, y pénètre tout entier comme dans un ventre, et dessine, par projection, l’image du paysage inversé.

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Derrière une image de saltimbanque bricoleur se cache un esprit scientifique inflexible qui travaille à coup de découpages laser et de calculs micrométriques. « Pourquoi ne ferais-je pas mieux que la Nasa? » dit-il, tout en ajoutant : « Je veux une pratique de l’art qui me permette de payer mes factures »… Quant à l’aspect bricoleur, il est intentionnel et participe d’une discussion technologique que l’artiste veut entretenir avec le public. La science ne doit pas être une religion. « Succeed and fail at the same time (réussir et échouer en même temps) », ajoute-t-il.

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Dans cet inclassable mélange, un bel hommage à l’homme touche-à-tout de la Renaissance, à Jules Verne, à Carnivàle

Démarche solitaire extrême, images et narration soignées, on tient là un excellent documentaire canadian de ce FIFA 2016. Seul bémol irritant : les commentaires off presque incessants, ainsi que la musique « dramatique » qui saturent inutilement des images merveilleuses et les rendent parfois moins fortes. Conseils à tous les documentaristes : méfiez-vous des réalisations hyperactives, Canadian Idol ou America’s Got Talent ne sont pas des modèles à suivre pour un film sur l’art. De grâce, un peu de silence, parfois!

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FIFA – Festival international des films sur l’art, Montréal, du 10 au 20 mars 2016

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FIFA : à voir cette semaine

Le Festival international des films sur l’art de Montréal est de retour. Dans la catégorie art contemporain, six films sont à l’affiche. Une petite cuvée? C’est compter sans les catégories annexes et connexes qui viennent enrichir le tout! Premières recommandations – et critiques…

Au programme de « l’art con. » proprement dit, David Hockney, Jeff Koons, le land art et une belle sélection canadienne, avec Andrew Milne, Danielle-Marie Chanut et le Projet Monarque : nous allons y revenir!

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Ill. Davide Rivalta – Gorilles, Palais de justice de Ravenne, 2009.

Mais au rayon annexe et connexe il y a aussi du bon. À commencer par la noble et éminente catégorie « Sculpture » qui nous fait découvrir Davide Rivalta – Le regard de l’innocence de Elena Matacena. Voir ces animaux piétiner allègrement dans ces cadres italiens qui semblent éternels, dans des villes et des campagnes si surchargées de sens et d’histoire, à Ravenne, Naples, fait du bien…

Physique rude, regard tendre, labeur incessant avec la terre, le crayon et le métal, un parfait dessinateur et sculpteur, ce Rivalta! Il nous propose une déclaration d’amour, très contemporaine, aux animaux. Buffles, rhinocéros, ours, loups, gorilles et autres êtres vivants au cœur battant, massifs : des frères et des sœurs (comme dirait St-François d’Assise) qui semblent avoir disparu de nos vies d’humains et dont les images sont réintroduites dans notre quotidien, par l’artiste.

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Seul problème : le couplage de ce film avec Juste avant l’orage de Don Kent, une horrible et interminable daube de 2013 qui prétend nous parler, en toute simplicité, des arts en Europe à la veille de la Première guerre mondiale mais hélas, sans jamais traiter son sujet et en s’enfonçant dans une réalisation ratée d’une infinie laideur.

Toujours dans la catégorie sculpture, à voir absolument : Alberto Giacommetti, sculpteur du regard, de Charles de Lartigue. Pour ceux qui auraient encore des doutes sur le véritable intérêt ou même, la validité artistique de ces figures étranges et longilignes qui se sont imposées dans l’histoire – et le marché – de l’art, il faut voir ce film somme toute sobre et simple. Sur la beauté d’une oeuvre et d’une personnalité « naturellement » sans concession.

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Enregistrements et images d’archives émouvants. Vie avec sa mère, son frère Diego, ses femmes, qui seront ses principaux modèles. Expériences traumatiques de l’enfance et de la jeunesse, horreur de la mort et fascination pour les teintes obscures. Rétrécissement de la taille des sujets, pour en retirer l’essentiel.

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Enfin, last but not leastLe fabuleux destin d’Elisabeth Vigée-Le Brun, peintre de Marie-Antoinette, d’Arnaud Xainte. Un magnifique documentaire – reconstitution qui nous rend avec grâce, précision et chaleur, l’itinéraire hors norme d’une grande artiste.

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Une reconstitution ambitieuse qui a su néanmoins échapper à toute lourdeur ou kitsch, une (re)découverte d’une époque qui parle au fond si bien à la nôtre, faite de changements accélérés, de violence, de créativité et de mondialisation, déjà…

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Vigée Le Brun, formée très tôt à la peinture par son père bien-aimé contre les conventions de l’époque, fortunée, arrivée par son talent de portraitiste à la gloire parisienne et à l’amitié de la reine; exilée et voyageuse dans toutes les capitales de l’Europe. Un legs esthétique qui ajoute au bonheur du monde.

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Ah oui c’est vrai! À voir aussi, Museo Italia – Galleria Borghese de Mimma Nocelli. Même si ce documentaire promotionnel mineur fait penser parfois, dans sa médiocre facture, à un film de mariage ou un clip commercial réalisé par un amateur, c’est tout de même un plaisir sans mélange de pénétrer dans cette merveilleuse villa romaine restée si longtemps fermée pour cause de restauration à l’italienne, et y apercevoir ses splendeurs, antiquités, le Caravage, le Bernin, le Titien, Raphaël, Canova, etc, etc…

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À très bientôt sur nos lignes, pour la suite du FIFA!

FIFA – Festival international des films sur l’art, Montréal, du 10 au 20 mars 2016.

 

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Ragnar Kjartansson

L’année 2016 s’annonce assez brillante au MAC de Montréal. Sa programmation (évoquée à la fin de cet article) commence en fanfare avec l’exposition majeure d’un artiste islandais qui fait « bouger les lignes », de Paris à Miami en passant par la Biennale de Venise et le MoMA. En bonus : un concert-performance le 3 mars prochain à la Place des Arts.

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Trois installations monumentales

À la fois mondialisé et enraciné, adulé dans sa terre natale comme le maître incontesté de la synergie artistique, Ragnar Kjartansson déploie au MACM trois grandes installations en muti-écrans qui nous parlent de beauté, d’amour, de peine, de mystère et de nostalgie. Des œuvres conçues suivant sa devise : amour, respect et collaboration. Étonnant, de prime abord : ce drôle de Ragnar veut-il nous démontrer que, contre un certain courant dominant, le romantisme et l’art contemporain peuvent faire bon ménage?

Oui, sans aucun doute, comme on le ressent dès la première installation, Les visiteurs, une ode à l’amitié et à la perte amoureuse qui prend pour cadre la Rokeby Farm, demeure patricienne et décrépite située dans la vallée de l’Hudson. Les amis de l’artiste, joueurs de la scène musicale de Reykjavík, s’installent dans ce vaste espace bucolique, cultivé et déchu, pour interpréter une pièce musicale inspirée d’un poème.

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Des amis, des repas, de l’alcool et de la musique

Chacun joue de son instrument dans une pièce, simultanément avec les autres, un casque sur les oreilles. La mélodie, My Feminine Ways, se déroule, lancinante, envoûtante. L’effet est puissant, nostalgique, hypnotique. Artiste multidisciplinaire ayant baigné dans la musique et le théâtre, Ragnar estime que la réussite de ses œuvres tient d’abord et avant tout à la création d’une énergie collective, dans laquelle les actes de manger, boire et vivre ensemble, sont fondamentaux.

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Il avait d’ailleurs mis en oeuvre cette même dynamique pour une performance remarquée à la Biennale de Venise, en faisant voguer un orchestre sur une barque au nom évocateur de S.S. Hangover

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De l’énergie, avant toute chose

Dans le projet artistique du Scandinave touche-à-tout, on retrouve l’influence de Fluxus, apportée en Islande par Dieter Roth, ami de son père. L’énergie est plus importante que l’objet mais l’objet devient important par l’énergie qui lui est conférée. Envie de tout redéfinir -« lt all came naturally », dit-il souvent à propos de ses créations.

Comme il l’explique avec une douce et tranquille ironie, The Visitors « parle beaucoup de perte, de divorce, ce genre de trucs scandinaves ».  Composée avec son ex-femme, la pièce évoque « leur défaite mutuelle », dans un 21e siècle qu’il estime devoir être le Siècle féminin par excellence (pourquoi ne pas rajouter de la philosophie dans le tableau après tout, pour faire bonne mesure?).

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Sa deuxième installation, beaucoup plus cinématographique, veut nous plonger dans l’évocation de Lumière du monde, du prix Nobel de littérature Halldór Laxness. Considéré comme un chef d’oeuvre de la Littérature islandaise (1940), et comme une sorte de bible pour de nombreux artistes islandais, l’ouvrage relate l’histoire tragique et romantique d’un poète maudit. Ça pourrait être kitsch mais ça ne l’est pas!

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La poésie extrêmement soignée des tableaux voisine avec une signature visuelle et un côté faussement bricolé qui tire du côté de Wes Anderson. Hypnotique et superbe.

Lot of Sorrows enfin, chanson d’environ trois minutes jouée sans interruption durant six heures par le groupe culte américain The National. L’enregistrement-performance a été réalisé au MoMA PS1, indication ultime de top branchitude internationale.

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« Sorrow found me when I was young / Sorrow waited / Sorrow won », entonne le lead singer de sa voix chaude et sombre. Dépressifs, s’abstenir! Mais la mélancolie du propos est transcendée par la beauté de l’interprétation et la répétitivité hallucinée de la chansonnette, au fil des heures (oui, même dans un contexte d’art contemporain, il nous arrive encore d’utiliser ce mot bourgeois et vieillot de «beauté»). De toute façon, « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » comme nous l’enseigne Stig Dagerman, un autre scandinave dont nous conseillons la lecture.

Bref, l’exposition Ragnar Kjartansson est à voir absolument, d’autant plus que l’intéressé est un fan du groupe Abba (et de son dernier album The Visitors qui l’a influencé), qu’il estime faire dans son oeuvre le portrait de sa génération, qu’il dit nourrir  « le rêve mégalomane d’une industrie simple et artistique » et qu’enfin, il fait souvent mention, dans ses entrevues, de son père qui lui a dit un certain jour de Noël : « It is sad and beautiful to be a human being »…

Cerise sur le gâteau à ne pas rater le 3 mars, Les Sonorités explosives de la divinité,  un opéra-performance avec des tableaux composés de toiles peintes à Reykjavík en été 2013, Kjartan Sveinsson, ex-musicien du groupe Sigur Ros et les musiciens et choristes de l’Orchestre métropolitain. Une production du théâtre Volksbühne am Rosa-Luxembourg-Platz de Berlin. Charme et splendeur en perspective.

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Ragnar Kjartansson au Musée d’art contemporain de Montréal, jusqu’au 22 mai 2016. Concert-performance Les sonorités explosives de la divinité au Théâtre Maisonneuve de la Place des arts, le 3 mars 2016.

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Crédit images : vice.com, Palais de Tokyo, luhringaugustine.com, MACM.

Et à venir cette année au MACM…

Ryan Gander, artiste britannique, conceptuel et – ça n’est pas toujours incompatible – humoristique. Fitch et Trecartin, artistes post-Internet réflexion poussée et maniérée,  Lyz Magor, hommage à Vancouver photo conceptualiste moulages en polymère faux réel, hyperréel et surréel – enfin la première grande rétrospective Edmund Alleyn. Miam!

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Art contemporain d’Australie : si loin si proche

Avec sa superbe exposition Lignes de vie – Art contemporain des Autochtones d’Australie, le Musée de la civilisation de Québec met en lumière un peuple et une culture apparemment aux antipodes des nôtres. Il offre aussi un bain de jouvence esthétique en obligeant le visiteur à sortir de ses conceptions conventionnelles de l’art contemporain.

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Une vision du monde à la fois enracinée et métissée; une esthétique aux clés ethnographiques et pourtant universelles : ce tour de force multiforme est rendu possible par un parcours scénographique particulièrement sensible, dépaysant et coloré, organisé autour de trois blocs : Terres de rêves, Terres de savoir, Terres de pouvoir…

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Salt in the Wound (Sel dans la blessure), Judy Watson – Matériaux mixtes, 2008.

Un habitué du vocabulaire occidental de l’art contemporain aura sans doute tendance à porter d’abord son regard sur des créations qui empruntent à l’art actuel une partie de ses techniques narratives « mondialisées » (installation semi-conceptuelle Salt in the wound de Judy Watson sur le massacre des aborigènes, et le projet photographique Broken Dreams de Michael Cook).

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E.T. and His Friends, Tjangika-Linda Syddick Napaltjari – Acrylique sur toile, 1994.

Mais ensuite, vient l’utilisation de techniques traditionnelles – humouristiques, déstabilisantes? – au service d’allusions toutes contemporaines (E.T. and His Friends, de Tjangika-Linda Syddick Napaltjari ou encore, My Brother’s Keeper de Janine McAullay-Bott).

« Apprendre à apprécier sans s’approprier » : cette belle formule de Françoise Dussart, commissaire et conservatrice invitée de l’exposition, est propre à alimenter la réflexion sur les notions d’appropriation, de distanciation, d’enracinement et de détachement, propres à l’art actuel occidental.

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Broken Dreams (Rêves brisés), Michael Cook – Impression photographique jet d’encre, 2010.

Enfin, on comprend comment la terre, les éléments naturels et le souffle chaud des immensités désertiques sont utilisées au service des techniques traditionnelles (écorces, fibres végétales, ocres naturelles) pour réaliser de véritables chefs-d’œuvres formels.

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Yam Dreaming of my Country, Emily Kame Kngwarreye, acrylique sur toile, vers 1991. Le rêve de la patate douce.

Particulièrement saisissantes sont les ocres sur écorce, à la fois cartographies mnémoniques des territoires et récits mythologiques. Plus spectaculaire encore, le Karrku Jukurrpa (Rêve de Karrku), immense toile sur acrylique réalisée à même le sol par un collectif de 36 artistes, racontant l’histoire d’une montagne et d’une mine d’ocre rouge, ainsi que Le rêve de la patate douce, une explosion de couleurs faussement abstraite représentant la terre vue du ciel, avec les patates douces mûrissant doucement sous terre…

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Karrku Jukurrpa (Rêve de Karrku) – Collectif, acrylique sur toile, 1996 (détail).

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Dans un étonnant mélange de douceur et de violence, ces réalisations toniques proviennent en majorité de la Collection Kluge-Ruhe d’art aborigène de l’Université de Virginie, un ensemble tout à fait unique réuni au gré d’aventures et de hasards dignes d’un rêve aborigène…

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Crocodiles in Billabong (Crocodiles dans une étendue d’eau), Watjung Mununggirit – ocres naturelles sur écorce, 1965 et Billabong at Milmilngkan (Étendue d’eau à Milmilngkan), Kay Linjuwanga – ocres naturelles sur écorce, 2003.

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Une coexistence réussie du propos esthétique et ethnographique. enraciné et universel : une exposition à ne pas manquer, jusqu’à la fin de l’été!

Lignes de vie – Art contemporain des autochtones d’Australie, au Musée de la civilisation de Québec jusqu’au 5 septembre 2016.

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Marc Garneau, lumières sombres

« Trajectoire » et non pas « rétrospective » : dans une nouvelle exposition de haute qualité, le 1700 La Poste propose de revenir sur vingt ans de création d’un artiste québécois presque aussi secret que Réjean Ducharme en littérature, avec une sélection d’œuvres magistrales, pour la plupart jamais exposées en public. Visite privilégiée, avec l’artiste alerte, en pleine maturité de son art…

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Marc Garneau a changé d’ateliers, de maisons et de styles. Sa notoriété lui a permis de voir progressivement partir ses œuvres chez de grands collectionneurs et des musées (deux grands formats de l’expo sont des prêts du MACM et du MBAM). Pourtant au fil de sa carrière et de ses déménagements, il a gardé jalousement auprès de lui nombre de tableaux.  C’est le cas de 30 œuvres parmi l’exposition, jusqu’ici non disponibles au public. Il avoue lui-même « redécouvrir » certaines d’entre elles à la faveur de cette exposition, se disant « prêt à les laisser s’échapper ». (Ill. Portrait, Gabor Szilasi).

 

_DSC4812_Photo Guy LHeureux

 

Jeunesse, l’influence de ses amis peintres. Yves Gaucher ou Leopold Plotek; les tableaux divisionnistes d’Ulysse Comtois. Ses racines de terre et de fer à Thetford Mine. Ses voyages en Europe et ailleurs, Maroc France Suisse, à une époque moins connectée et cependant plus optimiste, spontanée et ouverte, que l’actuelle. Son goût pour installer son atelier dans des chambres d’hôtels et dessiner et peindre, vite.

 

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Urne V, 1988, fusain, toile et acrylique sur toile.

Pour la forme, justement un travail rapide, une architecture instinctive. Papier collage, « des actes francs », dit-il. puis déchirages, point de départ avec collages, destruction constructive. Pour la matière, des medium mixtes dans lesquels la transparence et la brillance occupent une importance continuelle. Arriver à détruire de bonne manière pour arriver à construire un nouveau tableau lui « permet de se libérer 2 ou 3 mois »…

 

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Marc Garneau devant la Nuit Blanche II (photo Regarde Montréal).

_DSC4780_Photo Guy LHeureux

 

Des thèmes et des images viennent à lui, par exemple Saint-Sébastien percé de flèches dans l’iconographie de la Renaissance. Du ready-made parfois, flèche de bois, matériaux trouvés. Le charbon, matière de feu, a sa prédilection et certains tableaux évoquent une période de sa vie où il brûlait des panneaux de bois avant de les gratter, en les utilisant à la fois comme support et matière.

Ses brosses et ses rouleaux? Il ne les lave jamais tout à fait et les conserve humides pour poursuivre une sédimentation de teintes et de couleurs. « J’ai conservé des œuvres toute ma vie pour comprendre ce que j’ai fait dans le passé ».

Aujourd’hui? Maturité de la légèreté et de la couleur. Voir l’exposé de son exposition en spirale dans cette belle vidéo :

 

 

 

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Nuit blanche II, 1992, toile et acrylique sur toile.

Durant vingt ans de création discontinue, Garneau a fait évoluer son propos comme évolue la vie, en décomposant, en recomposant, au gré à la fois de ses pulsions et réflexions.

Lors de la visite, il s’attarde sur tableau étrange, réalisé en extérieur avec du bois, du charbon et… du vent, dit-il. Un rêve où coule de l’eau, autour d’un iceberg noir.

 

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Premier jardin, 2010, toile, papier, crayon Conté, fusain et acrylique.

 

Regarde Montréal milite pour la publication de catalogues de qualité : il y va de la pérennité des œuvres, des artistes, des lieux de diffusion; quand une exposition est finie, le catalogue permet de fixer un moment, et il joue un rôle essentiel dans l’histoire de l’art. On ne peut donc qu’être ravi de la ligne sans concession adoptée par La Poste, dans ce domaine, depuis sa création. Préfacé par Isabelle de Mévius, le superbe catalogue illustré de l’exposition présente de parfaites reproductions accompagnées de textes par Ginette Michaud, Laurier Lacroix (Les Éditions de Mévius) et nous ne sommes pas payés pour l’écrire!

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Calme et volupté, 2012, toile et acrylique sur toile.

Marc Garneau, une trajectoire – Œuvres choisies, 1995-2015, au 1700 La Poste jusqu’au 20 décembre 2015.

Crédit photo, sauf mention contraire : Guy L’Heureux, 2015.

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