1+1=1 au MBAM

Février est un mois cruel à Montréal pour ceux qui manquent de l’essentiel. C’est pourquoi le musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a invité chez lui le musée d’art contemporain de Montréal (MAC-M). Une belle action, un bon repas chaud dans un beau quartier, dans un beau cadre, bien chauffé – jeudi, ils ont même fêté le 50e anniversaire du MAC-M avec une nouvelle expo conjointe, 1+1=1!

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Trêve d’ironie. Comme nous l’écrivions depuis un certain temps, le gap grandissant entre la croissance rayonnante du MBAM et la dérive progressive, en apesanteur, du gros vaisseau étatique du MAC-M, avait quelque chose d’attristant. Or, réjouissons-nous car un temps nouveau est arrivé semble-t-il avec la réorganisation du MAC-M, le financement de son extension et l’entrée en scène d’acteurs liés par de belles connivences.

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Qu’ils étaient beaux, Stéphane Aquin (conservateur art contemporain du MBAM), Alexandre Taillefer (président du CA du MAC-M), Nathalie Bondil (directrice et conservatrice en chef du MBAM) et John Zepetelli (directeur et conservateur en chef du MAC-M), à l’inauguration-vernissage.

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Amateurs, journalistes, tout-Montréal, loqueteux magnifiques, artistes : des discussions avec des personnes d’horizons vraiment variés nous ont permis de « prendre la température ». Appréciées unanimement : la spontanéité, le chaleur amicale et l’énergie qui se dégageait du quatuor. John Zepetelli soulignant l’incroyable richesse du fonds du MAC-M, promettant une prochaine célébration des 50 ans « à domicile » et retournant l’invitation à Nathalie Bondil, elle-même soulignant que « le musée des beaux-arts collectionne l’art contemporain depuis sa création ». L’exposition? Enlevée, tonique. On sent qu’elle a été vite conçue mais avec amour, ce qui donne souvent les plus beaux rejetons!

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À l’entrée vous êtes accueillis par Françoise Sullivan et les écrans de Bruce Nauman. Mettre des oeuvres en relation, tel est le fil conducteur, simple et efficace.

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Retrouvailles de Red Room (Child) de Louise Bourgeois, vu pour la dernière fois à l’expo « Déjà » du MAC-M en 2011 – mis en écho avec Betty Goodwin, Pieces of time V.

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Adrian Paci et ses mystérieuses batteries automatiques, tout récemment admirées au MAC-M.

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Magnifique-onirique installation de Bill Viola, barils lumineux, plafond flottant.

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Envoûtante Femme de pluie (I am called a plant) de Pipilotti Rist, projection sur fond de cuisine sans âge défini et qui nous a immédiatement rappelé le cinéma de Chantal Ackermann et son mythique Jeanne Dilman, 23 quai du commerce, 1023 Bruxelles.

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Agréables monstruosités de Valérie Blass.

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Gros yéti qui fait un peu peur de David Altmejd (titre non officiel – renseignez-vous sur place et lisez les cartels bon sang).

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E tanti, tanti… Allez-y!

1+1=1 est une expo épatante qui sera vue espérons-le par un grand nombre de visiteurs – et une première de bonne augure pour la suite de l’aventure du Musée d’art contemporain de Montréal – ce musée a tout, en réserves et en talents, pour devenir une référence mondiale!

1 + 1 = 1 au Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu’au 15 juin 2014.

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MacDo

Il fait si froid, il y a tant de glace. On a le droit d’aller prendre un Happy Meal bien gras chez Mc Donald, préparé par Thierry Marceau. Ça se passe au Belgo, à la galerie Joyce Yahouda et il n’y a plus qu’une semaine pour passer commande alors dépêchez-vous!

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La première salle reconstitue une parcelle de l’univers enchanté de Ronald McDonald avec des installations, photographies, vidéos et sculptures (nous avons raté le happening).

Vous vous dites : détourner l’image de McDonald pour formuler une critique esthétique de la société de consommation, le gars a un peu de retard, c’est à la limite du poncif néo-pop art paresseux.

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Ill. : Old McDonald had a farm, Le Hamburglar dérobe un Jeff Koons.

Erreur! Car l’énergie et l’élégance de ce projet forcené sont avant tout concentrées sur la critique d’un certain art, un art tellement vicié et corrompu qu’il fait passer, par comparaison, Ronald pour un gentil rêveur!

Particulièrement réussie, la séquence vidéo de cinq minutes où Ronald entonne la chanson populaire « Old McDonald had a farm », entouré d’étranges petites créatures dansantes. Le vieux McDonald avait… une vache, un cheval, un cochon, un chien etc. À chaque couplet, le gentil clown nous fait découvrir une oeuvre de Koons, Hirst, Cattelan.

Tout cela s’intègre parfaitement bien. On demandera à l’occasion à l’artiste et à son commissaire Nicolas Mavrikakis, comment ils ont pu obtenir un droit d’image auprès du géant mondial du hamburger-frite.

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Dans l’autre salle un patchwork, coloré mais sans doute moins réussi, associe à McDo d’autres réalisations. La vidéo-reconstitution parodique de la Factory de Warhol manque de contrôle et sent encore un peu la pochade d’étudiant en art. Tiens, tout ça nous rappelle l’imprévisible pop artist radical Paul Mc Carthy et les traitements qu’il avait fait subir, jadis, à Pinocchio et Blanche-Neige. Ah non, pas encore la neige…

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Ill. : Old McDonald had a farm, Ronald ajoute un tableau de Mark Tansey à sa collection lors de l’encan agricole de Mirabel.

Thierry Marceau, Happy Meal, à la galerie Joyce Yahouda jusqu’au 11 janvier 2014.

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À rebours

Un pénible accident nous avait contraint de suspendre l’actualité de ce blog. Nous voici de retour, pardon pour le gap… Pour recommencer en douceur, ces brefs instantanés intemporels d’un été en France. Roy Lichtenstein, Joan Mirò, Photo en Arles, et le Mucem de Marseille, sans oublier le Centre d’art contemporain de Saint-Restitut. Considérations inactuelles certes mais un peu de miel quand même, nous espérons, à rebours.

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Le regain d’intérêt  d’une nouvelle génération de consommateurs d’art visuel pour le Pop art se confirme, se précise, de même que son inéluctable muséification.

Attraper un air d’expo en vidéo.

En écho à l’expo Tom Wesselman du Musée des Beaux-Arts de Montréal, on a découvert  Roy Lichtenstein au Centre Georges Pompidou de Beaubourg (Paris) en retrouvant des similitudes de génération, de style, de technique.

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À l’âge de la maturité des deux artistes, par exemple : envolée vers une redécouverte de la sculpture, découpe du métal. Plus de dépouillement et d’apparente simplicité – et plus de perfection et de sérénité dans la maîtrise technique.

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Depuis ses débuts influencés par le cubisme (billet de 10 $) et par Disneys avec ses Mickeys ironiques, jusqu’aux figures féminines iconiques et fantasmées, on trouve un artiste serein, amoureux et sûr de lui.

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Fondation Leclerc

Le fonds et la fondation Hélène et Édouard Leclerc (art contemporain) ont vu le jour récemment. Installées à Landernau en Bretagne, lieu de naissance du tout premier supermarché Leclerc, la Fondation Leclerc et son programme d’expositions saisonnières valent le détour. Après avoir proposé Yann Kersalé (metteur en lumière breton qui s’est récemment frotté à des projets d’installations à Montréal et Toronto) et Gérard Fromanger, un des des pères fondateurs de la figuration narrative des années 60 et 70,En partenariat avec la Fondation Maeght, voilà qu’elles viennent d’offrir une expo digne d’intérêt sur le grand Juan,  « Juan Mirò, l’arlequin artificier ».

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Monumental et prolifique. Sculpture, dessin, peinture, céramique, céramique, tout y passe. « Je voudrais m’essayer à la poterie, à l’estampe avec une presse, à toutes les expériences » : cette phrase de Mirò résume la boulimie d’un artiste qui a eu la vie plutôt heureuse et facile, tôt encouragé et protégé par de nombreux mécènes. Et explique aussi pourquoi ses détracteurs ressortent le vieil adage « Qui trop embrasse, mal étreint ».  L’expo se concentre sur la période de production d’après-guerre (est-ce la meilleure?) et n’évite pas un effet d’amoncellement parfois brouillon.

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C’est vrai, la question nous taraude : est-ce que Mirò n’est pas quelque peu surévalué? Est-ce que la plénitude de sa vie d’homme touche-à-tout et capteur de styles, « proche de » ou « à la manière de » (Surréalisme, Picasso, Braque, Pollock…) n’a pas au fond plombé la profondeur de son travail, tout en conférant à ses oeuvres une sorte d’ombre « passe-partout », parfois opportuniste et plagiaire?

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Dans la foule des oeuvres, celles qui nous ont davantage touché sont quelques très belles pièces céramiques et surtout, des expérimentations sur tissus qui trouvent un écho très contemporain, dans les expérimentations actuelles les plus excitantes (Ronel Joordan par exemple). Paix à toi, Juan.

Photo en Arles

Fondé en 1969 , devenu depuis un des principaux rendez-vous mondiaux de la photo, Photo en Arles nous a offert un bon cru 2013 sur le thème, simple et envoûtant du noir et blanc, (« Arles in black », no comment). Que retenir, puisqu’il faut bien choisir? Jacques-Henri Lartigue d’abord, incontournable.

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Splendide, sensuel, classique et pourtant très libre, non seulement pour sa génération mais pour la nôtre aussi finalement. Avant-gardiste si cette expression a un sens, lumineux et modèle de tant de successeurs, comme la Photo League new-yorkaise des années 30 et 40.

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Noir et blanc? Le sud-africain Pieter Hugo donne un sens éclatant à ses tirages inversés. Grâce à une technique particulière reconnaissant la fréquence lumineuse de la pigmentation de la peau, voilà que ses portraits révèlent le côté noir des blancs et blanc des noirs…

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Gilbert Garcin enfin, un extraordinaire jeune homme de 80 ans qui s’est lancé dans la création professionnelle il y a seulement quelques années et qui a littéralement explosé!

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Découvert lors d’un précédent Photo en Arles où il avait participé à des ateliers son oeuvre étonnante et inclassable peut rappeler les surréalistes, Magritte, Delvaux. Prenant!

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Centre d’art contemporain de Saint-Restitut

Un conte universel : que se passe-t-il quand un beau village endormi et bien tranquille de la Drôme provençale devient tendance? Réponse,  il devient comme le Lubéron il y a quelques années,  le prix de l’immobilier  monte en flèche, les piscines fleurissent, les moindres recoins sont restaurés, on trouve des produits bio et du thé vert à l’épicerie et finalement… un centre d’art contemporain ouvre ses portes.

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Sur la route de Saint-Restitut, par anticipation je souffrais, pensant me retrouver dans un nouveau Saint-Paul-de-Vence avec vrais-faux artistes pour acheteurs Russes, des reproductions de vraies-fausses sérigraphies de Nikki de Saint-Phalle ou d’Yves Klein.

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Au Québec, on a vécu le même phénomène dans certains endroits des Laurentides et des Cantons de l’Est, proposant aux innocents fortunés des Riopelle ou Pellan non signés, des Armand Vaillancourt, des Corno, etc…

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Mais rien de tout cela heureusement à Saint-Restitut! Là-bas, c’est une atmosphère intime, chaleureuse et bon enfant, au service de brillantes programmation. La dernière en date, un regroupement de collectionneurs de la région (L-G-R) qui nous offre des noms et des oeuvres de Adami, Arroyo, Buraglio, Dietman, Yan Pei Ming, Monory, Morellet, Moerman, Rancillac, Rebeyrolle, Télémaque et Viallat (ill. plus haut : Jacques Monory, voitures; Yan Pei Ming, portrait de Mao, vermillon de Chine No 2, 1995). Ne ratez pas ce centre, si le vent vous mène dans ces parages du sud-est de la France…

Liens utiles :

Roy Lichtenstein, une exposition au Centre Pompidou, jusqu’au 4 novembre 2013.

Joan Mirò, l’arlequin artificier, Fondation Hélene et Édouard Leclerc, jusqu’au 3 novembre 2013.

Les rencontres d’Arles photographie, jusqu’au 22 septembre 2013.

Centre d’art contemporain de Saint-Restitut 12e Biennale de Lyon 12-09 / 5-01)

 

Cadeau ci-dessous : Yvonne, Koko et Bibi à Royan, 1924, de Jacques-Henri Lartigue.

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Projet peinture à l’UQAM – Dernière semaine!

L’année 2013 est loin d’être achevée et pourtant, on peut déjà affirmer qu’elle restera marquée d’une pierre blanche pour les projets en arts visuels de l’UQAM (Université du Québec à Montréal). Le remarquable Projet Peinture, qui a entamé son deuxième volet d’exposition à la Galerie de l’UQAM, nous a profondément intéressés, autant par son énergie et sa pertinence que par la qualité de son propos. IMG_1638

Au vernissage, Pierre Durette devant son oeuvre Contingent 7, Acrylique et encre sur panneau de bois (2012, galerie Lacerte). Voir aussi Ambiance de vernissage sans paroles (video).

L’objectif du Projet peinture est d’offrir « un instantané de la peinture au Canada ». Simple! Et en même temps, ambitieux, nouveau et risqué. Dans sa très belle préface au catalogue, Louise Dery, Directrice de la galerie de l’UQAM, devance l’objection la plus classique, celle de la sélection des artistes (recherche, validation, peer review – la méthodologie universitaire, ça a du bon parfois!).

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JackBishop, Tom Thomson and Tim Hortons, huile sur toile, 2012.

Au-delà de cette mise au point, L. Déry articule un constat qui mérite d’être soigneusement mémorisé pour les années à venir. Entre autres : 1/ la peinture moderne/contemporaine canadienne est morcelée et incomplète; 2/ c’est d’autant plus regrettable que partout au Canada, la peinture connaît une vitalité inégalée; 3/ ce renouveau de la peinture, au début du 21e siècle et à l’ère instantanée du tout-écran, peut s’expliquer par son statut « d’objet unique, insoumis face à la reproduction et au multiple, portant l’empreinte visible de sa fabrication technique et matérielle, résistant au temps et au regard »; et 4/ offrir un état des lieux de la peinture au Canada, c’est contribuer à son renforcement et à son rayonnement international.

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Team Macho, Floater, 2013.

Comment ne pas être d’accord avec un tel programme? Sinon pour ajouter que l’ouverture internationale des arts visuels doit s’opérer dans les deux sens et que dans ce domaine Montréal est encore insuffisamment ouverte – pour toute sortes de raisons sur lesquelles il serait intéressant de revenir.

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Vue d’ensemble. À l’arrière plan : polyptique de Team Macho et Louis-Philippe Côté, Clinique, 2012.

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Mario Doucette, La déportation des Acadiens, d’après Sir Franck Dicksee, 2012 pastel encre et acrylique sur bois. Écho à Kent Monkman…

Avec ce projet qui a demandé deux années de préparation, la galerie de l’UQAM a eu le courage de s’affirmer comme un acteur sortant de l’entre-soi institutionnel pour s’adresser à un public plus large et aller au-delà de sa mission strictement académique. Cette année, la visite des diplômés de l’UQAM à New York avec la visite de l’atelier de David Altmedj, la participation à la Biennale de Venise et l’association au Projet HoMa, sans oublier à la rentrée, sont autant d’indice du dynamisme de the University of Quebec in Montreal. Cerise sur le sundae : le Projet peinture figurera sur le site du Musée virtuel du Canada et pourra donc être retrouvée sur cette plate forme virtuelle.

Enfin, autre signe de succès : l’émergence d’initiatives « off », en marge du label officiel de l’université. C’est ce que propose la galerie D’Este en ce moment avec l’exposition « Autour de l’UQAM ». Fruit d’un dialogue d’amateurs éclairés entre le galeriste et Jacques Champagne, un collectionneur passionné qui s’intéresse aussi bien aux artistes confirmés qu’à la relève (Caroline Cloutier, Philippe Caron-Lefebvre et bien d’autres encore).

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Autour de l’UQAM à la Galerie d’Este, scène de vernissage.

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Projet Peinture. Un instantané de la peinture au Canada - à la Galerie de l’UQAM, jusqu’au 6 juillet 2013.

et aussi :

Autour de l’UQAM – à la Galerie d’Este, jusqu’au 7 juillet 2013.

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Juno Youn : une nouvelle galerie à Montréal

Pré-inauguration de la galerie Juno Youn dans le Mile-End. Son créateur est un jeune entrepreneur-artiste qui n’en n’est pas à son premier essai. Pour être un artiste-galeriste, il faut savoir jongler!

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Mondialisation. Du haut de sa jeune quarantaine Juno Youn revient sur son impressionnant parcours, Corée, Toronto, Europe, Chine (où il a sillonné le pays à la recherche des artistes et des galeries qui montent). Et Montréal finalement, où il vit depuis deux ans. Il apprend encore le Français, c’est donc en Anglais que vous le verrez exprimer son enthousiasme pour sa ville d’accueil, qui est pour les arts visuels « world-class ».

Juno Youn inaugure sa galerie à Montréal – regardez la vidéo!

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Pour sa première expo, « Paysages affectifs », Juno Youn a convié cinq jeunes photographes nord-américains de bon pedigree, Jonathan Castellino, Richelle Forsey, Dieter Janssen, Yuriko Kubota (ill. plus haut, On Earth Paris), Jonathan et Lori Nix. Un choix sûr, bien articulé avec la section « pop » de la galerie qui offre, quant à elle, des objets, reproductions et petites oeuvres à des prix très raisonnables (ill. plus bas, masque de banlieue).

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Richelle Forsey nous a particulièrement touchés avec sa série Urban Remains. Bien sûr, la représentation de la déchéance urbaine occidentale est presque devenue un lieu commun de la création photographique mondiale. Elle traite néanmoins son sujet avec une admirable maîtrise et sait insuffler un regard sûr et investi dans ses perspectives. Certains de ses paysages comme After the rain inside the Canada Linseed Oil Mill (Ill. plus bas) offrent des instants remarquablement lumineux.

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Fille du Kansas installée à Brooklyn, Lori Nix nous a fascinés avec les photographies de ses dioramas miniatures qui représentent des lieux urbains réinvestis par la nature, après un catastrophe à venir… Ses extraordinaires compositions déconstruites et reconstruites artificiellement avec une implacable minutie ne sont pas sans nous rappeler le programme fou de Thomas Demand, récemment exposé à DHC Art. Reconstituer ce qui n’a jamais été pour mieux imaginer ce qu’il adviendra, dans notre dimension ou dans une autre (Ill. plus bas, Church).

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Inquiétude, poésie, paysages : voilà de premiers ingrédients prometteurs pour définir une galerie. Atmosphère de pré-inauguration (regardez la vidéo)

Avec discrétion, Juno Youn expose aussi quelques-unes de ses oeuvres. Même s’il a su se faire un nom en dessin et en peinture, influencé notamment par Tapies et Dali, il nous a expliqué combien il était difficile de mener de front un parcours d’artiste tout en gérant une galerie. Un vrai combat. Juno Youn parle de son art (vidéo).

Appétit, énergie, drive, naturel : Juno Youn est déjà pleinement de son quartier du Mile-End et semble vouloir apporter une petite musique nouvelle – très complémentaire – dans le paysage des arts visuels. Sa programmation à venir est prometteuse. Allez faire un tour chez lui, vous vous y sentirez bien! Et bienvenue à cette dernière-née montréalaise.

Galerie Juno Youn – 5226 boulevard Saint-Laurent. Paysages affectifs, du 31 mai au 23 juin 2013.

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Thomas Demand chez DHC Art – La méthode de la folie

« Comment oses-tu parler d’art à Montréal, toi qui n’a pas encore visité l’expo Demand ? », dirions-nous, pour paraphraser Serge Gainsbourg*.

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À la fondation DHC Art, vous vivrez une expérience hors du commun. Accueilli dans la pénombre par un extrait sonore passé en boucle, extrait du mythique Smile de Brian Wilson, vous verrez d’abord tourner sur un écran un magnétophone à bandes. Le film semble ancien, rayé. Le magnéto tourne à un rythme étrange, les deux bobines n’ont pas tout à fait la même vitesse. Et à regarder de plus près Recorder, est-ce un vrai film, un vrai magnétophone?

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Dans les salles suivantes l’inquiétante étrangeté se confirme. Yellowcake et Embassy (2007) s’inspirent d’une sombre histoire de cambriolage d’ambassade, d’espionnage, de guerre et d’intox : plusieurs tableaux nous font ressentir une atmosphère de fin de journée, de couloirs mornes, de tabac froid et de mystère menaçant… Rain (2008) nous lave en livrant son titre, une fine pluie battante tombant sur un sol pâle. Pacific Sun (2012) nous offre le spectacle ahurissant de l’intérieur d’un paquebot abandonné qui menace de sombrer. Toutes les oeuvres sont exposées sur un fond de papier peint créé spécialement par l’artiste, sur la commande de la Fondation DHC : une installation intégrale et unique!

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Si par hasard vous ne connaissez pas la technique littéralement extra-ordinaire qu’utilise Thomas Demand pour créer ses oeuvres, vous avez de la chance!| Visitez l’expo sans vous renseigner d’avantage. Ensuite seulement, renseignez-vous pour savoir ce qui se cache derrière cette narration et ces images si subtilement décalées. Vous les verrez avec un regard tout autre, et c’est pour cela qu’on ne veut pas vous en dire davantage! "Though this be madness, yet there is method in it". Oui, comme dirait Polonius il y a de la méthode dans cette folie. Demand est un artiste allemand et confirmé, autrement dit, un fou en pleine possession de ses moyens. Né en 1964, il débute sa carrière après de solides études en sculpture, avant d’embrasser passionnément la photographie, pour finalement réaliser une synthèse originale au service de l’art conceptuel.

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Défauts et anachronismes intentionnels. La faille entre la réalité et la fiction reste visible, c’est ce que demande Demand, à l’instar de ces pieux artisans musulmans qui provoquent des défauts dans leur tapis ou dans leur pièce d’orfèvrerie car la perfection n’appartient qu’à Dieu. Pour Demand cependant (voir entrevue citée en bas de page), pas de mystique mais plutôt la conviction que ce qui est imparfait formellement est plus intéressant et beau que ce qui est parfait. Tiens, il y a encore des artistes actuels qui osent utiliser sans crainte les mots « beau » et « beauté » !

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Edward Hopper et Hergé enlèvent les meubles et les détails réalistes de leurs décors pour mieux souligner l’architecture dans laquelle ils font vivre leurs personnages. Demand, lui, agit en sens inverse. Il confère aux objets, aux décors et aux lieux les plus anodins une vie autonome, suspendue dans les limbes, en se débarrassant des personnages. En se débarrassant même des vraies images, pour en recréer d’autres, à partir d’une réalité reconstituée de manière fictive et éphémère.

Pour la petite histoire, à Ottawa la National Gallery of Canada a eu la bonne idée d’acquérir une de ses oeuvres, Space Simulator (ill., 2003), pseudo-réplique d’un simulateur utilisé par les astronautes américains dans les années 60. En présentant l’oeuvre, Demand a confessé son admiration pour Marcel Duchamp et son Moulin à chocolat, une forte source d’inspiration (chocolate grinder, 1913)…

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Thomas Demand : Animations, chez DHC Art – Fondation pour l’art contemporain, jusqu’au 12 mai 2013.

Site : www.thomasdemand.de

Belle entrevue avec Demand (quoique bizarrement saucissonnée en petits morceaux) sur cette page du Musée des beaux-arts du Canada.

Les principaux quotidiens montréalais se sont aussi faits l’écho de cet évènement (Éric Clément dans la Presse et une collaboratrice anonyme dans le Devoir).

* Comment oses-tu parler d’amour, toi qui n’a pas connu Lola Rastaquouère, Gainsbourg, Serge, Aux armes, etc., 1979.

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Pérou, Chine, Grier Edmundson : what you see is – not always – what you get

Est-ce le changement climatique? Les sautes de température? Notre humeur est fluctuante, indécise et généralement maussade. Et les expos proposées actuellement ne nous font pas changer radicalement d’humeur…
Prenez l’expo Pérou, royaumes du Soleil et de la Lune du musée des Beaux-arts de Montréal, par exemple.

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C’est un succès garanti d’avance pour les journalistes, avec des pièces archéologiques trippantes de premier ordre (ill. du haut, Divinité-Poulpe mochica), un univers visuel et iconographique enrichi aux périodes coloniale et post-coloniale (ill. du bas, Francisco Laso, Habitant des Cordillères, 1855). Un colloque, des films, un audioguide et une très belle publication…

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Alors? Qu’est-ce qui nous a « déçu en bien » comme disent les Suisses? Eh bien pour commencer, avoir vu une première fois l’expo en étant entassé comme sardine en boîte (ou hareng en caque). Conseil au MBAM : travailler le concept. Est-ce bien raisonnable d’appeler leur carte d’abonnement annuel « Carte VIP » si c’est pour se payer plus d’une demi-heure en file d’attente à l’avant-première? Des problèmes de riches, direz-vous.  C’est vrai, là n’est pas l’essentiel. Certaines salles sont vraiment mal éclairées. Nous n’avons rien contre un peu de pénombre dramatique mais quand il faut s’approcher à 1 cm d’un cartel pour le lire, ou d’un artefact pour le contempler, il y a un problème.

Ensuite, l’impression diffuse que l’amoncellement des oeuvres et le remplissage des salles prennent parfois le pas sur la densité du propos et la contextualisation. Par exemple, quid de la société Inca en dehors du culte des morts et des rites religieux? Quant au XXème siècle, le survol est beaucoup trop rapide. Soit on choisit de le faire figurer, soit on l’enlève.

En saura-t-on plus après qu’avant sur ce bloc d’histoires et de lieux mystérieux pétris de sang, de mort, de nourriture, de sexe et de larmes, sursaturés de mythes? Peut-être… Une approche un peu moins bulldozer de la chose, en tout cas, aurait été appréciée.

Next. Grier Edmundson qui s’expose chez Battat sous le titre « le texte est pluriel ». La transition est extrême, en termes de surface et de propos.

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Fidèle à son habitude, la galerie Battat nous gratifie d’un matériel imprimé recherché, séduisant. Le livret et le poster de l’exposition sont de petites merveilles de composition.

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Pourtant, le volet réel, expérientiel, nous laisse sur notre faim. On voit une tapisserie sérigraphiée. On voit des cubes-miroirs qui réfléchissent. On voit des dessins et peintures encadrés – ou pas. Roland Barthes est cité. Pourquoi pas, c’est une assez bonne lecture – pour certains livres en tout cas. Il fait partie des gourous qui sont cités dans un certain esprit moutonnier et revival, tendance années 60-70 structuralisme-déconstructivisme-French rebel-Sartre-Foucault-Lacan-Derrida-Barthes. Mais c’est à manier avec prudence (handle with care)! C’est un peu court. Un peu « je me comprend, comprenez-moi aussi ». Bref, l’expo nous a paru bien petite en comparaison du tonitruant propos qui l’accompagne. Expliquez-nous si nous avons raté quelque chose.

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Pas si grave, ça arrive dans le parcours d’un artiste. Nous avions été éblouis par l’énergie, l’humour et l’étendue du propos du personnage lors de la triennale. Nous croyons toujours en G.E. mais ici, on a envie de lui dire « content de t’avoir revu, see you in spring when you finish your hibernation ».

Pour finir le coup de bleus : Coup de foudre chinois à l’Arsenal. Au vernissage, Beautiful peuple, hipsters, djeunz, mannequins.

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Bizarre impression de cocktail cool où les œuvres, malgré leur gigantisme, n’étaient là au fond qu’à titre de prétexte, un peu décoratives, porteuses de messages assez simplistes et commercialement corrects.
C’est tout le paradoxe de l’art actuel chinois et de sa figure emblématique, Ai Weiwei. Un artiste pris dans cette étrange contraction de l’espace-temps à la fois rebelle et institutionnel, local et global, larger than Life façon Rodin ou Gérard Depardieu.

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De toute façon, Ai Weiwei est présent-absent dans cette expo, avec seulement le petit livre noir (Weiwei-isms, Ed. Larry Warsh, Princeton University Press). Le reste c’est les frères Gao dont nous avions parlé dans un autre contexte sur la nudité politique – et qui avaient été exposés avant la lettre chez Art-Mur à Montréal. D’autres artistes aussi. Ça et là, on trouve une oeuvre bluffante. Mais au total, une expo mal ficelée et tape-à-l’oeil.

Moralité de ce parcours de début d’année en demi-teinte :
Quoiqu’il en soit quel bonheur d’être à Montréal pour voir tout ça – allez-y vous aussi, ça réchauffe comme un vin chaud, c’est pas du Château-Latour mais ça réchauffe, ça fait parler, aide à passer l’hiver et aide à vivre, tout court. On vous revient bientôt avec du sérieux, du côté de chez DHC Art…

Pérou, royaumes du soleil et de la lune, au musée des Beaux-arts de Montréal, du 2 février au 16 juin 2013.

The text is plural / Le texte est pluriel, Grier Edmundson à la galerie Battat, jusqu’au 23 février 2013.

Coup de foudre chinois, à l’Arsenal, du 31 janvier au 27 juillet 2013.

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