Luc Laporte, Steven Orner et Art du style : trois belles expositions à voir à Montréal

Hors des grands shows – et à côté de la Biennale dont la forte campagne de pré-lancement nous dit « vous allez voir ce que vous allez voir » et en effet, nous verrons – nous vous conseillons trois rencontres très stimulantes à travers Montréal.

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Première escale rue St-Denis, à la Galerie Bernard, un lieu qui nous a habitué à alterner les classiques, la relève et les artistes confirmés, de manière très agréable. Dans cette dernière catégorie, nous revoyons avec plaisir Steven Orner, qui nous propose une Banlieue narrative très convaincante (ill. OMG!).

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Les images de suburbia sans âge (hier? Il y a 20 ans? Ou 40?) travaillées et détournées par l’artiste rappelleront à certains des souvenirs d’enfance, à d’autres, une imagerie une imagerie véhiculée de manière croissante au cours de ces dernières années par le cinéma, la télé et les arts…

Loin de la « banlieue à problème » européenne ou de la banlieue organique/autoconstruite des pays du Sud, la banlieue nord-américaine, résidentielle, conformiste et interchangeable offre aux artistes d’aujourd’hui un territoire privilégié d’exploration formelle et politique. La narration y est fertile et offre toutes les possibilités de glissement dans l’étrange, le décalage inquiétant, la corruption merveilleuse, façon Blue Velvet ou Breaking Bad… Américain installé à Montréal depuis 15 ans, Orner se régale et nous aussi!

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Possibilité de rencontrer l’artiste en personne à la galerie le samedi 25 octobre, de 14h à 17h. Profitez-en aussi pour découvrir, dans la même galerie, un bel échantillon de la dernière production du sculpteur et dessinateur Yves Trudeau (Parvis et Portails).

Ensuite, pourquoi ne pas faire un tour en plein centre-ville aux Ailes de la mode? Oui, aux Ailes de la mode. Ce grand centre commercial de luxe entretient depuis sa création un rapport spécial avec les arts visuels.

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Jusqu’au 2 novembre et pour la troisième année consécutive, on peut contempler dix oeuvres inspirées de divers objets commercialisés et achetables au Centre des Ailes. Ces créations ont été exécutées dans le cadre de l’opération Art du style – et les plus remarquables d’entre elles, primées par un jury composé de Frédéric Loury, créateur d’Art souterrain, Éric Bolduc, Martina Djogo et Philippe Dubuc.

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Sophie Cardin était gagnante ex aequo de la Bourse du style, pour Cendrillon (ill.), sa chaussure géante de carton, inspirée de l’ espadrille modèle 574 de New Balance Montréal. Une artiste arrivée depuis peu de temps à Montréal et à surveiller!

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Deuxième vainqueur ex aequo, le Carrouselfie du duo La camaraderie, inspiré par la palette cinq fards à paupières Hero  de Sephora, cela ne s’invente pas. Une installation-création ludique, tonique et hybride : oeuvre surréaliste? Invention commerciale? Après tout, les meilleures critiques du mercantilisme et de du narcissisme ne sont-elles pas mieux exposées sur les lieux même du crime? Déposez votre téléphone intelligent au bout du bras articulé du carrousel pour un selfie inattendu, à 360 degrés…

Pour un coup d’oeil à de jeunes artistes prometteurs et un avant-goût de la prochaine édition d’Art Souterrain qui réalise le tour de force d’intégrer, le temps de quelque jours, des oeuvres dans les temples du commerce, cela vaut vraiment la peine!

Pour finir, last but not least, rendez-vous quartier Saint-Henri dans le magnifique espace du 1700 La Poste, rénové il y a deux ans d’après les plans de Luc Laporte. Aujourd’hui c’est une exposition en forme de brillant hommage à l’architecte-poète décédé en 2012.

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Humaniste et bon vivant, cultivé, touche-à tout inspiré, Luc Laporte a marqué Montréal et le Québec de l’empreinte de ses réalisations. Le très grand succès du lancement de cette exposition en témoigne. Plans, maquettes, photos vidéos et montages  d’oeuvres réalisées ou restées à l’état de projets, voire d’utopies (merveilleux projet de l’Île St-Barnabé), offrent un paysage très complet de l’homme.

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Dans la dernière partie de sa carrière Luc Laporte était devenu une référence quasiment mythique pour l’architecture, intérieure et extérieure surtout, des restaurants montréalais. Mais son oeuvre est aussi bien plus vaste, immeubles, salles de spectacles, stades…

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Ill. maquette de La Poste, carton-mousse, vers 2009.

À ne pas rater, le magnifique album de l’expo réalisé par Isabelle de Mévius, mécène ayant permis la reconversion du 1700 La Poste et qui en dirige maintenant la destinée, après avoir confié sa restauration-reconversion à Luc Laporte. Une histoire de passions! Passez également du temps sur le site Internet de La Poste, particulièrement réussi.

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Ill. l’Île St-Barnabé, maquette, 2000.

Promenez-vous, regardez Montréal et restez branchés! Bientôt, des nouvelles substantielles, critiques et, nous l’espérons, originales, de la Biennale

 

Steven Orner, Banlieue narrative, à la Galerie Bernard jusqu’au 8 novembre 2014.

L’Art du Style, dans l’allée centrale du Complexe Les Ailes, jusqu’au 2 novembre 2014.

Luc Laporte Architecte, réalisations et inédits au 1700 La Poste, jusqu’au 20 décembre 2014.

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Mardi, tous à vos télés pour Les Contemporains sur ARTV !

Certains sont déjà « repérés » sur la scène montréalaise des arts visuels, d’autres sont des découvertes. Ils sont tous de jeunes artistes prometteurs et ont accepté de participer à un nouveau concept d’émission sur ICI Artv : Les contemporains. Regarde Montréal était au lancement – et aux vernissages en liens avec l’émission. Début mardi 24 septembre!

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Envie d’en savoir plus sur les coulisses? Écoutez l’entrevue intégrale de Regarde Montréal avec quatre candidats : Charles Lavoie, Caroline Monnet, Manuel Mathieu et Guillaume Boudrias-Plouffe.

Le concept? Une série documentaire qui suit le parcours de six artistes débutants, pendant sept semaines. Installés dans le très bel espace de l’Arsenal, partenaire de l’émission, les artistes doivent exécuter pas moins d’une oeuvre par semaine (la semaine durant en fait trois jours et demi)… Chaque semaine, un thème est suggéré par un des sept artistes-parrains retenus pour l’émission – et non des moindres (David Altmejd, Marc Séguin, Bettina Hoffmann, Jean-Pierre Gauthier, Cynthia Girard, Isabelle Hayeur et François Morelli). Et les candidats discutent, exécutent et proposent une oeuvre, en utilisant le medium de leur choix, dessin, peinture, sculpture, photo, vidéo, installation, performance.

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Ill. Frances Adair Mckenzie, Jelly, installation-projection, son.

L’extrait de 20 minutes que nous avons visionné est prometteur. Certes, tout est bien cadré, canné, positif et peigné, avec un beat-rapide-pour-ne-pas-s’ennuyer (les amateurs de lenteur, d’artistes maudits et de nuances de gris peuvent passer leur chemin), mais le résultat est très concluant et vivifiant. Unanimes, les candidats récusent l’étiquette de télé-réalité. Participer à une Occupation double, même en version arty, ça n’est pas nécessairement porteur pour une carrière en art contemporain. Quoique… Le deuxième degré, la mise en abîme, la critique, de l’intérieur, de la société téléviso-voyeuriste et consommatrice, pourquoi pas? Un jour peut-être. En attendant Les Contemporains offrent autre chose de bien plus sain! On le comprend, même si on pense en souriant à ce qu’aurait pu donner une caméra intrusive qui aurait suivi nos artistes, jour et nuit, dans un loft, pour épier leurs moindres faits et gestes…

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 Ill. Caroline Monnet, Memories we shouldn’t speak of, bâche en plastique, goudron et mannequin, oeuvre exposée place des Arts dans les locaux d’Artv.

On peut en tout cas compter sur le jury (la conservatrice JoAnn Kane, Mark Lanctôt, conservateur au Musée d’art contemporain de Montréal, ainsi que Nicolas Mavrikakis, critique d’art qui ose porter un regard sans concession quand il le faut) pour animer le tout et donner un surcroît de sérieux – même avec le sourire - à l’ensemble.

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Ill. Charles Lavoie, L’organe, Billes de plastique, résine, sable, acrylique, fil de cuivre, fourmis artificielles, époxys.

Gagnant-gagnant : Artv a pu réaliser cette émission à moindre coût en capitalisant sur le Concours Les Ateliers TD (sponsorisé par ladite banque en partenariat avec l’Arsenal et le MACM), qui récompense six jeunes artistes émergent et encourage le lancement de leur carrière.

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Ill. Guillaume Boudrias-Plouffe.

Privilège supplémentaire : nos six artistes voient leurs oeuvres exposées au Musée d’art contemporain (entrée gratuite) et au siège d’ICI Artv en ce moment même!

Nous reviendrons bientôt sur le parcours individuel de plusieurs d’entre eux. Nous vous encourageons d’ici là à devenir accros et à soutenir cette première saison des Contemporains. L’art visuel à Montréal le mérite!

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Ill. Manuel Mathieu, Sitting, Thinking, huile sur toile.

Citations pêle-mêle de nos artistes : « une expérience déterminante » « avoir sept oeuvres à mon portfolio, c’est déjà extraordinaire »; « J’ai pu aller chercher une nouvelle manière de travailler et de présenter mon travail »; « J’ai confiance » … À retrouver dans les entrevues ici.

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Ill. Karine Payette, in situ.

Émission Les Contemporains tous les mardis à 21 h 00 (et dimanches en rappel à 19 h 00) en sept épisodes, du 23 septembre au 4 novembre 2014.

Exposition Les Contemporains au Musée d’art contemporain de Montréal jusqu’au 28 septembre et au siège d’ICI Artv, jusqu’au 8 novembre 2014.

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World Press Photo : entrevues avec Marie Sumalla et William Daniels

Cette année encore, le WPP a planté sa tente au Marché Bonsecours de Montréal. Voici pourquoi ne pas le rater, sous aucun prétexte. Date limite : 28 septembre prochain!

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L’amateur d’art visuel est comblé, tout autant que les consommateurs frénétiques d’actualité et de stimulations oculaires

Pour Marie Sumalla, jurée de l’édition 2014 et éditrice photo du quotidien Le Monde, la frontière entre photo d’art et photo d’actualité ne pose de toute façon pas de problème.  La crème du photojournalisme peut facilement se retrouver exposée et appréciée d’un point de vue formel. La photo d’art en galerie lui offre un « repos pour l’oeil ». Et de citer l’exemple du photographe de guerre Luc Delahaye, résolument passé du côté des cimaises et de l’art contemporain. Originaire de Perpignan – dont la gare est comme chacun le sait le centre du monde, selon Salvador Dali – Marie Sumalla revient régulièrement dans sa ville pour le festival international de photojournalisme Visa pour l’image, grand événement de référence créé en 1989, auquel elle a collaboré et dont l’édition 2014 vient de s’achever.

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Écoutez l’entrevue intégrale avec Marie Sumalla (podcast audio, 7’32)

Cette année plus que les autres, on est capté, intéressé voire halluciné par les projets exposés

Bien sûr il y a les incontournables : celle des enfants albinos en Inde du sud-africain Brent Stirton (photo en ouverture de cet article) ou celle, déjà iconique, de John Stanmeyer, des émigrants essayant de capter un signal de nuit. Tellement connectée à tant d’autres sujets, technologies, mondialisation, migrations, pauvreté, humanité…

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Au milieu du meilleur, chacun choisit ses favoris et y va de ses découvertes personnelles, c’est cela aussi la beauté de la chose.

Nous avons aimé la courte série de Danila Tkachenko, réalisée au plus profond de la Russie profonde, auprès d’ermites illuminés, dostoïevskiens, superbes.

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Ses sujets ont choisi de vivre durant des dizaines d’années seuls, en lien direct avec la nature, essayant de trouver les réponses à des interrogations aussi critiques que potentiellement explosives : retrouve-t-on son vrai « moi » en se libérant de nos liens sociaux? Que devient la personnalité lorsqu’on fait tomber son masque social? Voir le site web de l’artiste, impressionnant.

La même beauté et inquiétante étrangeté plane chez son voisin, le photographe russe Nikita Shokhov et son projet Mer Noire. Les familles s’y baignent, souvent nues. Des scènes de plage presque banales transcendées par un regard qui les transforme en scènes sans âge. Site Internet de Nikita Shokhov, pour en voir plus.

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Même les photo-reportages durs (guerre en Syrie, violence conjugale ordinaire aux États-Unis, immeuble effondré au Bangladesh) dégagent bien souvent une atmosphère fantastique, voire mystique. La dominante de cette année?

Cette étrange intemporalité, on la retrouve aussi dans le travail du Français Denis Dailleux, avec sa série Égypte, mère et fils qui tire le portrait de culturistes posant avec leur mère. Un résultat profond et magnifique où dans un retournement fascinant, la force de la mère fait écho à la faiblesse du fils.

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Le WPP, c’est l’ouverture au monde! – un monde violent mais pas que – et que l’on peut travailler à rendre meilleur, il faut y croire encore…

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Prenez William Daniels, par exemple, dont le travail pour Oxfam Québec au Bénin est exposé et a reçu un nouveau prix (ill. Boutique du coiffeur, Cotonou). Après des études scientifiques réalisées sans conviction, il tombe en amour avec la photo part à travers le monde, photographie sans relâche sur tous les fronts, de paix comme de guerre, participe aux Philippines à une mission de formation à la photo pour des jeunes filles défavorisées. Puis réalise deux livres Mauvais air sur le paludisme et Fading tulips sur le Kirghizistan - tout en moissonnant de nombreux prix et bourses.

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Écoutez l’entrevue intégrale avec William Daniels (podcast audio 6’39)

Bref… Quel meilleur moyen d’aborder l’automne  que ce petit tour du monde visuel et esthétique? Et quel meilleur moyen que le réel et sa capture pour rejoindre la transcendance – plus facilement, parfois, que par le truchement d’oeuvres de fictions…

World Press Photo à Montréal – Au Marché Bonsecours, du 27 août au 28 septembre 2014.

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Montréal-Avignon

Yvon Lambert, un des plus grands galeristes de France en arts contemporain, offre en Avignon une exposition magistrale, tirée à la fois de sa collection personnelle et d’autres apports extérieurs. En voici quelques instantanés – et rapprochements intéressants avec Montréal…

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Détail important : l’exposition occupe l’espace, immense, de l’ancienne prison Sainte-Anne d’Avignon, récemment désaffectée. Il s’agissait d’une des plus vétustes et surpeuplées de France. Un peu l’équivalent de la Prison de Bordeaux de Montréal – mais cette dernière est toujours en service, pour le meilleur et pour le pire…

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Louise Bourgeois, Kiki Smith, Andy Warhol, Nan Goldin, Berlinde de Bruyckere, Felix Gonzales-Torres – films de Jean Genet et Courreges, manuscrits de prison de Paul Verlaine. 12 000 mètres carrés, plus de 500 oeuvres s’offrent à nous dans leur écrin carcéral. Titre de l’expo : « La disparition des lucioles », clin d’oeil à un article écrit par Pier Paolo Pasolini, à la fin de sa vie.

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« Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique, et surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l’eau (fleuves d’azur et canaux limpides), les lucioles ont commencé à disparaître. Cela a été un phénomène foudroyant et fulgurant. Après quelques années, il n’y avait plus de lucioles (aujourd’hui, c’est un souvenir quelque peu poignant du passé : un homme de naguère qui a un tel souvenir ne peut se retrouver jeune dans les nouveaux jeunes, et ne peut donc plus avoir les beaux regrets d’autrefois). Ce « quelque chose » qui est intervenu il y a une dizaine d’années, nous l’appellerons donc la « disparition des lucioles »

Expo, donc. Plaisir de découvrir Telephones,  film vidéo de 7 minutes et 30 secondes réalisé en 1995 par Christian Marclay, un montage de séquences de films du monde montrant l’acte de téléphoner. Pour ceux qui se souviennent de The Clock de Christian Marclay, oeuvre acquise et installée / projetée en début d’année par le MAC de Montréal avec un franc succès.

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Jana Sterback, Bread Bed (Lit en pain) de 1996, artiste praguoise installée à Montréal, représentée par la galerie Laroche-Joncas et récemment exposée à 1+1 = 1 au Musée des beaux-arts de Montréal (vous savez, l’homme tondu avec un code-barre tatoué sur la nuque?). Son lit sent bon dans la prison.

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Son compatriote Miroslav Tichy, artiste, intellectuel, voyeur, dissident et clochard céleste ayant photographié toute sa vie (surtout des femmes, souvent à leur insu) avec un appareil photo improbable, entièrement bricolé par ses soins.

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Nombreuses oeuvres des nombreux talents de l’art conceptuel et art américain découverts ou accompagnés par Lambert dans les années 70 et 80, Marcel Broodtahers, Sol LeWitt, Cy Twombly, Jenny Holtzer exposée il y a deux ans à Montréal à la Fondation DHC ou encore Christian Boltanski (ill. plus bas, à travers le judas de la cellule : Les images noires, 1995).

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Au détour d’un couloir, un incertain tube néon diffuse une lumière rouge environnée de brume : J’ai rêvé d’un autre monde (2001), de Claude Lévêque.

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Découverte du collectif français Claire Fontaine spécialisé dans le ludique et l’inquiétude sourde (deux illustrations plus bas : Sans titre 2010, sculpture en balle de tennis, bonbons mexicains; Sans titre 2013, Bande, mannequins et vêtements de marque).

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Encore quelques coups de projecteur sur cette expo foisonnante, Aï Wei Wei – récemment superstar de l’Arsenal à Montréal – et sa caméra de vidéosurveillance en marbre.

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Anselm Kiefer, maintenant bien représenté à Montréal dans les collections du MBAM et du MAC – et exposé à la galerie de l’Arsenal (ill. Cendres pour Paul Celan, 2006, bateau en plomb, livres en plomb et blocs de béton) .

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Onirique, ci-dessous, Kimsooja, Une blanchisseuse, rivière Yamuna, Inde.Voir à ce propos l’extrait du magnifique documentaire de Gilles Coudert « Kimsooja, le voyage immobile ».

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Bref. Nous conseillons fortement à ceux qui se trouveraient en France jusqu’à la fin du mois de novembre, de prendre le chemin d’Avignon pour voir cette expo exceptionnelle! Ensuite, la collection s’installera en permanence, dans les murs de l’Hôtel de Caumont au coeur de la cité des Papes. Yvon Lambert cesse le business pour créer sa fondation, il a fermé sa galerie new-yorkaise et fermera sa galerie parisienne à la fin de l’année.

La disparition des lucioles, à la prison Sainte-Anne d’Avignon, autour de la collection Yvon Lambert, jusqu’au 25 novembre 2013.

Articles intéressants sur la donation et la Fondation Lambert dans Libération et le Figaro.

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Aventure dans les Cantons de l’est

Le 26e Tour des Arts 2014 bat son plein dans les Cantons de l’est jusqu’au 20 juillet et il faut en profiter! À une heure et demie de route de Montréal, un agréable jeu de piste artistique vous attend (Ill. Marek Latzmann, sculpture).

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Épicentre du Tour des Arts : la Galerie des Arts Sutton qui regroupe des échantillons des oeuvres de la quarantaine d’artistes participants. Facile, ensuite, d’organiser son tour en fonction de ses affinités! Une région magnifique, des prix raisonnables et un accueil charmant dans tous les ateliers de Sutton, Brome, West Brome, Bolton, Mansonville et régions avoisinantes.

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Bien sûr, « Arts » est entendu au sens le plus large. Vous pouvez donc profiter d’un bel artisanat d’art comprenant des bijoux, des tissus, du verre – mais vocation de ce blog oblige, c’est sur les arts visuels contemporains que nous allons nous attarder!

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Installée dans son atelier près de Sutton, Suzanne Vié est une artiste qui touche à une belle maturité artistique, tout en se donnant le droit d’explorer des avenues très variées pour sa peinture. Très réussie, aussi bien du point de vue formel que du point de vue de la couleur et de la texture, sa série d’arbres géométriques nous emmène dans une proposition très stimulante.

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Fascination pour le ciel, aussi. Des ciels que ne renierait pas Constable. On y plonge avec plaisir en perdant le sens de l’échelle, du haut, du bas, de la gauche, de la droite… Pourtant l’artiste n’hésite pas ici et là à tirer ses représentations vers l’abstraction géométrique, en faisant intervenir des éléments dissonnants, en créant une faille : trous dans le ciel, à la Magritte – mission de rêve accomplie. Une autre série faisant intervenir le dripping nous a un peu moins convaincus. À vous de voir…

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Petite mais dense et très réussie, la série des routes nous ramène, avec l’incursion de lignes droites de bitume, au paysage nord-américain, à l’immensité et à une certaine forme de nostalgie du voyage. Une très bonne voie à poursuivre nous semble-t-il.

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Anaïs Ronceray ensuite. Grande voyageuse, spécialiste de l’estampe, Anaïs Ronceray reflète dans son oeuvre des fragments de vie, une réflexion sur l’enracinement et le déracinement, sur la nature et la féminité. Sur l’arbre enfin, chose naturelle quand on considère sa maîtrise de la gravure sur bois.

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Beaucoup de fraîcheur d’énergie et de sensibilité. On pense à des sérigraphies tardives d’Alfred Pellan, aux illustrations de Matisse ou d’André Masson. Femmes-arbres, femmes-rivières. ancrage et encrage.

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Anaïs Ronceray sait extraire son univers intérieur et elle nous le propose dans une joie communicative, avec une très belle technique. Une visite s’impose à son atelier du côté de Bolton!

Pour rester dans le monde merveilleux de la gravure, nous vous conseillons aussi de découvrir ou redécouvrir le travail de Christiane Roy.

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Initiée à la technique, devenue très rare, du dessin et burin sur cuivre, Christiane Roy nous offre un très bon vin visuel à base de plantes, animaux, portraits. Les représentations d’animaux, en particulier, rappellent Albrecht Dürer dans leur traitement fin et leur atmosphère sensible, profondément familière et légèrement fantastique (ill. La cornue et La discrète).

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À voir également, les oeuvres d’Henri Desclez, bédéiste, dessinateur et peintre d’origine belge, dont les toiles colorées tirant sur le surréalisme pop et politique sont tout à fait réjouissantes.

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Les sculptures de Marek Latzmann, les peintures naïves de Danielle Nadeau Lahue et les drôles d’animaux de Sylvie Therrien valent aussi largement le détour. Profitez de cette période de l’été et de sa liberté grande, comme dirait Julien Gracq et faites votre miel visuel dans les Cantons!

(Et en post-scriptum : tant qu’à être sortis de Montréal, poursuivez en Estrie en allant visiter la Galerie des nanas, à Danville, consacrée à « l’art insubordonné au féminin ». L’esthétique revendiquée se veut proche parente d’un « art brut, singulier, indiscipliné et outsider ». Ce foyer bourdonnant créé il y a tout juste trois ans nous a été signalé par Annick Langelier, une des artistes du groupe. Pas encore vu en vrai mais le web en donne une image prometteuse!).

Le Tour des Arts, du 12 au 20 juillet 2014, dans les Cantons de l’est.

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Beau FIFA : flash backs

En art visuel / contemporain / actuel, comme dans d’autres domaines, avez-vous remarqué comme une nouvelle chasse l’autre? Comme le sentiment d’urgence, calqué sur la publicité, l’angoisse de l’époque et l’incitation à la consommation permanente, guide nos désirs, nos satiétés et nos frustrations? Alors, stop au selfie. Autorisons-nous plutôt des flash-backs pour des événements qui ont mérité d’imprimer nos mémoires et dont la vocation même est de donner un supplément de sens à nos vies, de nous enrichir en oxygène.

Flash back numéro 1 : le FIFA. À ne pas confondre avec la Fédération Internationale de Football Association bien sûr, le FIFA c’est le Festival international du film sur l’art.

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Grand prix de cette 32e édition, Sur les pas de Vivian Maier (Who took nanny’s pictures?) de Jill Nicholls. Histoire immense de Mlle Vivian Maier qui pendant toute sa vie a pris plus 150 000 photos (oui, 150 000!), plus un grand nombre de films 8 mm et 16 mm, uniques, admirables. Mais qui ne les montrait à personne. En 2007, ses négatifs ont été découverts par un américain amoureux de la photo et de la brocante, au hasard d’une vente aux enchères.

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Si vous ne connaissez pas encore l’incroyable histoire de Vivian, qui, il y a moins de deux ans et de manière posthume, a révolutionné l’histoire de la photographie artistique, voyez d’abord ceci. On peut voir encore sur écran ce merveilleux documentaire, pour quelques jours à Montréal, au cinéma du Parc. Profitez-en! « Pour devenir une étoile, il faut mourir » (Vincent Van Gogh).

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Cette extraordinaire photographe, française par sa mère et qui gagnait son pain comme gouvernante chez des familles de New York et Chicago, morte dans un austère dénuement en 2009, passait tous ses loisirs à arpenter les rues, son Rolleiflex au cou, sans jamais montrer à personne son travail. Ses photos révèlent une Amérique des années 1950 et 1960 à travers un regard franc, splendide et inédit.

Autres films non primés mais dont nous aimerions nous souvenir et que nous vous encourageons à regarder, sur le web ou ailleurs (la plupart des dvd sont disponibles à l’achat) :

Georg Baselitz – Der Film, de Evelyn Schels.

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Son enfance violente dans l’Allemagne nazie, sa jeunesse tumultueuse entre l’Est et l’Ouest, ses premiers pas d’artistes à Berlin, ville alors ultra-conservatrice. ses sculptures en troncs de bois taillés à la scie à chaîne et surtout ses grandes toiles figuratives, expressionnistes, où les personnages sont systématiquement représentées la tête en bas, moyen le plus sûr, selon l’artiste, de résoudre la question de la représentation mentale de l’image et de retrouver le primat de la forme brute.

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Film sérieux et néanmoins splendide. Propos, profondeur, couleur, forme et narration nous fait aisément pardonner au monstre son narcissisme cabotin, sa mégalomanie à peine cachée et son regret de n’être « que » le deuxième peintre vivant le mieux coté au monde, après Gerhard Richter, son éternel rival.

Ensuite, Lucian Freud, Painted Life, de Randall Wright. Freud le grand, disparu en 2011, le peintre millionnaire reclus dans son atelier-terrier de Londres. « Il respirait comme un animal excité ».

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Le film ne s’attarde pas outre-mesure sur la légende, blanche, noire ou grise de l’artiste – et que celui-ci a lui-même entretenu – pour se concentrer sur l’essentiel. David Hockney, Francis Bacon (ill.), ses nombreuses femmes et filles, son assistant, n’interviennent qu’en autant qu’ils ont à nous apprendre sur l’oeuvre.

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Amusant, le rappel de la traversée du désert à l’époque où la peinture n’était pas bien et la figuration encore moins bien. Avec Bacon et Hockney, Freud fait partie des figures centrales qui ont brisé les préjugés post-modernes et il est impossible d’aller aujourd’hui d’aller dans une expo de peinture figurative sans se remémorer leurs figures tutélaires.

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Passons ensuite à Alex Colville, d’Andreas Shultz. Un très beau film sur notre immense peintre canadien, disparu il y a tout juste trois ans.

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Le documentaire est au diapason de son sujet : pudeur, humour, secret. Colville, marqué à jamais par les blessures de la 2e guerre, sait déceler dans l’expérience de vies banales et bien réglées, l’inquiétude, le danger, la fêlure. Il tient par-dessus tout à la banalité et à montrer combien sa vie elle-même est sans zones d’ombres, sans grand dessein autre que de peindre pour vivre. Il le fait avec un acharnement et une passion presque suspects.

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Où sont les cadavres, dans quels placards? Nous en découvrons quelques uns, au fil du film. Dans des éclairages terriblement lucides, Colville offre dans ses peintures des fragments d’histoires au plus près des corps, au plus près de l’activité de tous les jours de la vita americana, avec ce leitmotiv, presque partout en filigrane : « les moments de paix sont des accidents ».

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Colville réconcilie la banalité apparente de la vie calme et tranquille avec les mystères, la sérénité, l’érotisme et finalement, la violence sourde de la condition humaine.

À voir aussi, ce court métrage sur James Turrell « Second Meeting » de David Howe. Quelques minutes de bonheur apaisantes sur une installation. La variation des couleurs du ciel encadrée par les soins d’un magicien. Le créateur du projet Roden Crater est tout simplement un des plus grands artistes américains vivants.

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Enfin : « Daniel Gordon gets Physical » de Wesley Miller. Jeune hipster de Brooklyn tombé dans la photo quand il était petit, Gordon opère des transformations, fictions – orgies de découpage de papiers, de tirages photo, d’installations en studio et de triturages numériques impressionnants, entre fictions humoristiques et réalités multicouches. Derrière la légèreté apparente, un vrai discours, mais oui! À suivre!

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Et pour conclure, « Fabienne Verdier, peindre l’instant », de Mark Kidel. Une oeuvre et une démarche hors normes (normes de l’art contemporain en tout cas, si tant est qu’il y en ait vraiment). Hors dimension, avec la transposition en grands formats d’une calligraphie intime, apprise durant des années au contact des plus grands maîtres chinois. Respiration.

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Qu’on se le dise encore et encore et pas seulement deux semaines par an : dans l’océan démonté des festivals innombrables de Montréal, le FIFA est une perle mondiale!

Pour voir les films en intégralité ou en extrait, cliquer sur les liens proposés dans l’article.

Festival international du film sur l’art de Montréal.

 

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1+1=1 au MBAM

Février est un mois cruel à Montréal pour ceux qui manquent de l’essentiel. C’est pourquoi le musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a invité chez lui le musée d’art contemporain de Montréal (MAC-M). Une belle action, un bon repas chaud dans un beau quartier, dans un beau cadre, bien chauffé – jeudi, ils ont même fêté le 50e anniversaire du MAC-M avec une nouvelle expo conjointe, 1+1=1!

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Trêve d’ironie. Comme nous l’écrivions depuis un certain temps, le gap grandissant entre la croissance rayonnante du MBAM et la dérive progressive, en apesanteur, du gros vaisseau étatique du MAC-M, avait quelque chose d’attristant. Or, réjouissons-nous car un temps nouveau est arrivé semble-t-il avec la réorganisation du MAC-M, le financement de son extension et l’entrée en scène d’acteurs liés par de belles connivences.

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Qu’ils étaient beaux, Stéphane Aquin (conservateur art contemporain du MBAM), Alexandre Taillefer (président du CA du MAC-M), Nathalie Bondil (directrice et conservatrice en chef du MBAM) et John Zepetelli (directeur et conservateur en chef du MAC-M), à l’inauguration-vernissage.

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Amateurs, journalistes, tout-Montréal, loqueteux magnifiques, artistes : des discussions avec des personnes d’horizons vraiment variés nous ont permis de « prendre la température ». Appréciées unanimement : la spontanéité, le chaleur amicale et l’énergie qui se dégageait du quatuor. John Zepetelli soulignant l’incroyable richesse du fonds du MAC-M, promettant une prochaine célébration des 50 ans « à domicile » et retournant l’invitation à Nathalie Bondil, elle-même soulignant que « le musée des beaux-arts collectionne l’art contemporain depuis sa création ». L’exposition? Enlevée, tonique. On sent qu’elle a été vite conçue mais avec amour, ce qui donne souvent les plus beaux rejetons!

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À l’entrée vous êtes accueillis par Françoise Sullivan et les écrans de Bruce Nauman. Mettre des oeuvres en relation, tel est le fil conducteur, simple et efficace.

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Retrouvailles de Red Room (Child) de Louise Bourgeois, vu pour la dernière fois à l’expo « Déjà » du MAC-M en 2011 – mis en écho avec Betty Goodwin, Pieces of time V.

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Adrian Paci et ses mystérieuses batteries automatiques, tout récemment admirées au MAC-M.

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Magnifique-onirique installation de Bill Viola, barils lumineux, plafond flottant.

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Envoûtante Femme de pluie (I am called a plant) de Pipilotti Rist, projection sur fond de cuisine sans âge défini et qui nous a immédiatement rappelé le cinéma de Chantal Ackermann et son mythique Jeanne Dilman, 23 quai du commerce, 1023 Bruxelles.

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Agréables monstruosités de Valérie Blass.

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Gros yéti qui fait un peu peur de David Altmejd (titre non officiel – renseignez-vous sur place et lisez les cartels bon sang).

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E tanti, tanti… Allez-y!

1+1=1 est une expo épatante qui sera vue espérons-le par un grand nombre de visiteurs – et une première de bonne augure pour la suite de l’aventure du Musée d’art contemporain de Montréal – ce musée a tout, en réserves et en talents, pour devenir une référence mondiale!

1 + 1 = 1 au Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu’au 15 juin 2014.

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