Aventure dans les Cantons de l’est

Le 26e Tour des Arts 2014 bat son plein dans les Cantons de l’est jusqu’au 20 juillet et il faut en profiter! À une heure et demie de route de Montréal, un agréable jeu de piste artistique vous attend (Ill. Marek Latzmann, sculpture).

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Épicentre du Tour des Arts : la Galerie des Arts Sutton qui regroupe des échantillons des oeuvres de la quarantaine d’artistes participants. Facile, ensuite, d’organiser son tour en fonction de ses affinités! Une région magnifique, des prix raisonnables et un accueil charmant dans tous les ateliers de Sutton, Brome, West Brome, Bolton, Mansonville et régions avoisinantes.

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Bien sûr, « Arts » est entendu au sens le plus large. Vous pouvez donc profiter d’un bel artisanat d’art comprenant des bijoux, des tissus, du verre – mais vocation de ce blog oblige, c’est sur les arts visuels contemporains que nous allons nous attarder!

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Installée dans son atelier près de Sutton, Suzanne Vié est une artiste qui touche à une belle maturité artistique, tout en se donnant le droit d’explorer des avenues très variées pour sa peinture. Très réussie, aussi bien du point de vue formel que du point de vue de la couleur et de la texture, sa série d’arbres géométriques nous emmène dans une proposition très stimulante.

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Fascination pour le ciel, aussi. Des ciels que ne renierait pas Constable. On y plonge avec plaisir en perdant le sens de l’échelle, du haut, du bas, de la gauche, de la droite… Pourtant l’artiste n’hésite pas ici et là à tirer ses représentations vers l’abstraction géométrique, en faisant intervenir des éléments dissonnants, en créant une faille : trous dans le ciel, à la Magritte – mission de rêve accomplie. Une autre série faisant intervenir le dripping nous a un peu moins convaincus. À vous de voir…

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Petite mais dense et très réussie, la série des routes nous ramène, avec l’incursion de lignes droites de bitume, au paysage nord-américain, à l’immensité et à une certaine forme de nostalgie du voyage. Une très bonne voie à poursuivre nous semble-t-il.

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Anaïs Ronceray ensuite. Grande voyageuse, spécialiste de l’estampe, Anaïs Ronceray reflète dans son oeuvre des fragments de vie, une réflexion sur l’enracinement et le déracinement, sur la nature et la féminité. Sur l’arbre enfin, chose naturelle quand on considère sa maîtrise de la gravure sur bois.

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Beaucoup de fraîcheur d’énergie et de sensibilité. On pense à des sérigraphies tardives d’Alfred Pellan, aux illustrations de Matisse ou d’André Masson. Femmes-arbres, femmes-rivières. ancrage et encrage.

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Anaïs Ronceray sait extraire son univers intérieur et elle nous le propose dans une joie communicative, avec une très belle technique. Une visite s’impose à son atelier du côté de Bolton!

Pour rester dans le monde merveilleux de la gravure, nous vous conseillons aussi de découvrir ou redécouvrir le travail de Christiane Roy.

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Initiée à la technique, devenue très rare, du dessin et burin sur cuivre, Christiane Roy nous offre un très bon vin visuel à base de plantes, animaux, portraits. Les représentations d’animaux, en particulier, rappellent Albrecht Dürer dans leur traitement fin et leur atmosphère sensible, profondément familière et légèrement fantastique (ill. La cornue et La discrète).

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À voir également, les oeuvres d’Henri Desclez, bédéiste, dessinateur et peintre d’origine belge, dont les toiles colorées tirant sur le surréalisme pop et politique sont tout à fait réjouissantes.

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Les sculptures de Marek Latzmann, les peintures naïves de Danielle Nadeau Lahue et les drôles d’animaux de Sylvie Therrien valent aussi largement le détour. Profitez de cette période de l’été et de sa liberté grande, comme dirait Julien Gracq et faites votre miel visuel dans les Cantons!

(Et en post-scriptum : tant qu’à être sortis de Montréal, poursuivez en Estrie en allant visiter la Galerie des nanas, à Danville, consacrée à « l’art insubordonné au féminin ». L’esthétique revendiquée se veut proche parente d’un « art brut, singulier, indiscipliné et outsider ». Ce foyer bourdonnant créé il y a tout juste trois ans nous a été signalé par Annick Langelier, une des artistes du groupe. Pas encore vu en vrai mais le web en donne une image prometteuse!).

Le Tour des Arts, du 12 au 20 juillet 2014, dans les Cantons de l’est.

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Beau FIFA : flash backs

En art visuel / contemporain / actuel, comme dans d’autres domaines, avez-vous remarqué comme une nouvelle chasse l’autre? Comme le sentiment d’urgence, calqué sur la publicité, l’angoisse de l’époque et l’incitation à la consommation permanente, guide nos désirs, nos satiétés et nos frustrations? Alors, stop au selfie. Autorisons-nous plutôt des flash-backs pour des événements qui ont mérité d’imprimer nos mémoires et dont la vocation même est de donner un supplément de sens à nos vies, de nous enrichir en oxygène.

Flash back numéro 1 : le FIFA. À ne pas confondre avec la Fédération Internationale de Football Association bien sûr, le FIFA c’est le Festival international du film sur l’art.

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Grand prix de cette 32e édition, Sur les pas de Vivian Maier (Who took nanny’s pictures?) de Jill Nicholls. Histoire immense de Mlle Vivian Maier qui pendant toute sa vie a pris plus 150 000 photos (oui, 150 000!), plus un grand nombre de films 8 mm et 16 mm, uniques, admirables. Mais qui ne les montrait à personne. En 2007, ses négatifs ont été découverts par un américain amoureux de la photo et de la brocante, au hasard d’une vente aux enchères.

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Si vous ne connaissez pas encore l’incroyable histoire de Vivian, qui, il y a moins de deux ans et de manière posthume, a révolutionné l’histoire de la photographie artistique, voyez d’abord ceci. On peut voir encore sur écran ce merveilleux documentaire, pour quelques jours à Montréal, au cinéma du Parc. Profitez-en! « Pour devenir une étoile, il faut mourir » (Vincent Van Gogh).

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Cette extraordinaire photographe, française par sa mère et qui gagnait son pain comme gouvernante chez des familles de New York et Chicago, morte dans un austère dénuement en 2009, passait tous ses loisirs à arpenter les rues, son Rolleiflex au cou, sans jamais montrer à personne son travail. Ses photos révèlent une Amérique des années 1950 et 1960 à travers un regard franc, splendide et inédit.

Autres films non primés mais dont nous aimerions nous souvenir et que nous vous encourageons à regarder, sur le web ou ailleurs (la plupart des dvd sont disponibles à l’achat) :

Georg Baselitz – Der Film, de Evelyn Schels.

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Son enfance violente dans l’Allemagne nazie, sa jeunesse tumultueuse entre l’Est et l’Ouest, ses premiers pas d’artistes à Berlin, ville alors ultra-conservatrice. ses sculptures en troncs de bois taillés à la scie à chaîne et surtout ses grandes toiles figuratives, expressionnistes, où les personnages sont systématiquement représentées la tête en bas, moyen le plus sûr, selon l’artiste, de résoudre la question de la représentation mentale de l’image et de retrouver le primat de la forme brute.

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Film sérieux et néanmoins splendide. Propos, profondeur, couleur, forme et narration nous fait aisément pardonner au monstre son narcissisme cabotin, sa mégalomanie à peine cachée et son regret de n’être « que » le deuxième peintre vivant le mieux coté au monde, après Gerhard Richter, son éternel rival.

Ensuite, Lucian Freud, Painted Life, de Randall Wright. Freud le grand, disparu en 2011, le peintre millionnaire reclus dans son atelier-terrier de Londres. « Il respirait comme un animal excité ».

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Le film ne s’attarde pas outre-mesure sur la légende, blanche, noire ou grise de l’artiste – et que celui-ci a lui-même entretenu – pour se concentrer sur l’essentiel. David Hockney, Francis Bacon (ill.), ses nombreuses femmes et filles, son assistant, n’interviennent qu’en autant qu’ils ont à nous apprendre sur l’oeuvre.

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Amusant, le rappel de la traversée du désert à l’époque où la peinture n’était pas bien et la figuration encore moins bien. Avec Bacon et Hockney, Freud fait partie des figures centrales qui ont brisé les préjugés post-modernes et il est impossible d’aller aujourd’hui d’aller dans une expo de peinture figurative sans se remémorer leurs figures tutélaires.

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Passons ensuite à Alex Colville, d’Andreas Shultz. Un très beau film sur notre immense peintre canadien, disparu il y a tout juste trois ans.

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Le documentaire est au diapason de son sujet : pudeur, humour, secret. Colville, marqué à jamais par les blessures de la 2e guerre, sait déceler dans l’expérience de vies banales et bien réglées, l’inquiétude, le danger, la fêlure. Il tient par-dessus tout à la banalité et à montrer combien sa vie elle-même est sans zones d’ombres, sans grand dessein autre que de peindre pour vivre. Il le fait avec un acharnement et une passion presque suspects.

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Où sont les cadavres, dans quels placards? Nous en découvrons quelques uns, au fil du film. Dans des éclairages terriblement lucides, Colville offre dans ses peintures des fragments d’histoires au plus près des corps, au plus près de l’activité de tous les jours de la vita americana, avec ce leitmotiv, presque partout en filigrane : « les moments de paix sont des accidents ».

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Colville réconcilie la banalité apparente de la vie calme et tranquille avec les mystères, la sérénité, l’érotisme et finalement, la violence sourde de la condition humaine.

À voir aussi, ce court métrage sur James Turrell « Second Meeting » de David Howe. Quelques minutes de bonheur apaisantes sur une installation. La variation des couleurs du ciel encadrée par les soins d’un magicien. Le créateur du projet Roden Crater est tout simplement un des plus grands artistes américains vivants.

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Enfin : « Daniel Gordon gets Physical » de Wesley Miller. Jeune hipster de Brooklyn tombé dans la photo quand il était petit, Gordon opère des transformations, fictions – orgies de découpage de papiers, de tirages photo, d’installations en studio et de triturages numériques impressionnants, entre fictions humoristiques et réalités multicouches. Derrière la légèreté apparente, un vrai discours, mais oui! À suivre!

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Et pour conclure, « Fabienne Verdier, peindre l’instant », de Mark Kidel. Une oeuvre et une démarche hors normes (normes de l’art contemporain en tout cas, si tant est qu’il y en ait vraiment). Hors dimension, avec la transposition en grands formats d’une calligraphie intime, apprise durant des années au contact des plus grands maîtres chinois. Respiration.

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Qu’on se le dise encore et encore et pas seulement deux semaines par an : dans l’océan démonté des festivals innombrables de Montréal, le FIFA est une perle mondiale!

Pour voir les films en intégralité ou en extrait, cliquer sur les liens proposés dans l’article.

Festival international du film sur l’art de Montréal.

 

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1+1=1 au MBAM

Février est un mois cruel à Montréal pour ceux qui manquent de l’essentiel. C’est pourquoi le musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a invité chez lui le musée d’art contemporain de Montréal (MAC-M). Une belle action, un bon repas chaud dans un beau quartier, dans un beau cadre, bien chauffé – jeudi, ils ont même fêté le 50e anniversaire du MAC-M avec une nouvelle expo conjointe, 1+1=1!

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Trêve d’ironie. Comme nous l’écrivions depuis un certain temps, le gap grandissant entre la croissance rayonnante du MBAM et la dérive progressive, en apesanteur, du gros vaisseau étatique du MAC-M, avait quelque chose d’attristant. Or, réjouissons-nous car un temps nouveau est arrivé semble-t-il avec la réorganisation du MAC-M, le financement de son extension et l’entrée en scène d’acteurs liés par de belles connivences.

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Qu’ils étaient beaux, Stéphane Aquin (conservateur art contemporain du MBAM), Alexandre Taillefer (président du CA du MAC-M), Nathalie Bondil (directrice et conservatrice en chef du MBAM) et John Zepetelli (directeur et conservateur en chef du MAC-M), à l’inauguration-vernissage.

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Amateurs, journalistes, tout-Montréal, loqueteux magnifiques, artistes : des discussions avec des personnes d’horizons vraiment variés nous ont permis de « prendre la température ». Appréciées unanimement : la spontanéité, le chaleur amicale et l’énergie qui se dégageait du quatuor. John Zepetelli soulignant l’incroyable richesse du fonds du MAC-M, promettant une prochaine célébration des 50 ans « à domicile » et retournant l’invitation à Nathalie Bondil, elle-même soulignant que « le musée des beaux-arts collectionne l’art contemporain depuis sa création ». L’exposition? Enlevée, tonique. On sent qu’elle a été vite conçue mais avec amour, ce qui donne souvent les plus beaux rejetons!

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À l’entrée vous êtes accueillis par Françoise Sullivan et les écrans de Bruce Nauman. Mettre des oeuvres en relation, tel est le fil conducteur, simple et efficace.

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Retrouvailles de Red Room (Child) de Louise Bourgeois, vu pour la dernière fois à l’expo « Déjà » du MAC-M en 2011 – mis en écho avec Betty Goodwin, Pieces of time V.

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Adrian Paci et ses mystérieuses batteries automatiques, tout récemment admirées au MAC-M.

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Magnifique-onirique installation de Bill Viola, barils lumineux, plafond flottant.

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Envoûtante Femme de pluie (I am called a plant) de Pipilotti Rist, projection sur fond de cuisine sans âge défini et qui nous a immédiatement rappelé le cinéma de Chantal Ackermann et son mythique Jeanne Dilman, 23 quai du commerce, 1023 Bruxelles.

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Agréables monstruosités de Valérie Blass.

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Gros yéti qui fait un peu peur de David Altmejd (titre non officiel – renseignez-vous sur place et lisez les cartels bon sang).

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E tanti, tanti… Allez-y!

1+1=1 est une expo épatante qui sera vue espérons-le par un grand nombre de visiteurs – et une première de bonne augure pour la suite de l’aventure du Musée d’art contemporain de Montréal – ce musée a tout, en réserves et en talents, pour devenir une référence mondiale!

1 + 1 = 1 au Musée des beaux-arts de Montréal, jusqu’au 15 juin 2014.

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Il fait si froid, il y a tant de glace. On a le droit d’aller prendre un Happy Meal bien gras chez Mc Donald, préparé par Thierry Marceau. Ça se passe au Belgo, à la galerie Joyce Yahouda et il n’y a plus qu’une semaine pour passer commande alors dépêchez-vous!

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La première salle reconstitue une parcelle de l’univers enchanté de Ronald McDonald avec des installations, photographies, vidéos et sculptures (nous avons raté le happening).

Vous vous dites : détourner l’image de McDonald pour formuler une critique esthétique de la société de consommation, le gars a un peu de retard, c’est à la limite du poncif néo-pop art paresseux.

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Ill. : Old McDonald had a farm, Le Hamburglar dérobe un Jeff Koons.

Erreur! Car l’énergie et l’élégance de ce projet forcené sont avant tout concentrées sur la critique d’un certain art, un art tellement vicié et corrompu qu’il fait passer, par comparaison, Ronald pour un gentil rêveur!

Particulièrement réussie, la séquence vidéo de cinq minutes où Ronald entonne la chanson populaire « Old McDonald had a farm », entouré d’étranges petites créatures dansantes. Le vieux McDonald avait… une vache, un cheval, un cochon, un chien etc. À chaque couplet, le gentil clown nous fait découvrir une oeuvre de Koons, Hirst, Cattelan.

Tout cela s’intègre parfaitement bien. On demandera à l’occasion à l’artiste et à son commissaire Nicolas Mavrikakis, comment ils ont pu obtenir un droit d’image auprès du géant mondial du hamburger-frite.

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Dans l’autre salle un patchwork, coloré mais sans doute moins réussi, associe à McDo d’autres réalisations. La vidéo-reconstitution parodique de la Factory de Warhol manque de contrôle et sent encore un peu la pochade d’étudiant en art. Tiens, tout ça nous rappelle l’imprévisible pop artist radical Paul Mc Carthy et les traitements qu’il avait fait subir, jadis, à Pinocchio et Blanche-Neige. Ah non, pas encore la neige…

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Ill. : Old McDonald had a farm, Ronald ajoute un tableau de Mark Tansey à sa collection lors de l’encan agricole de Mirabel.

Thierry Marceau, Happy Meal, à la galerie Joyce Yahouda jusqu’au 11 janvier 2014.

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À rebours

Un pénible accident nous avait contraint de suspendre l’actualité de ce blog. Nous voici de retour, pardon pour le gap… Pour recommencer en douceur, ces brefs instantanés intemporels d’un été en France. Roy Lichtenstein, Joan Mirò, Photo en Arles, et le Mucem de Marseille, sans oublier le Centre d’art contemporain de Saint-Restitut. Considérations inactuelles certes mais un peu de miel quand même, nous espérons, à rebours.

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Le regain d’intérêt  d’une nouvelle génération de consommateurs d’art visuel pour le Pop art se confirme, se précise, de même que son inéluctable muséification.

Attraper un air d’expo en vidéo.

En écho à l’expo Tom Wesselman du Musée des Beaux-Arts de Montréal, on a découvert  Roy Lichtenstein au Centre Georges Pompidou de Beaubourg (Paris) en retrouvant des similitudes de génération, de style, de technique.

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À l’âge de la maturité des deux artistes, par exemple : envolée vers une redécouverte de la sculpture, découpe du métal. Plus de dépouillement et d’apparente simplicité – et plus de perfection et de sérénité dans la maîtrise technique.

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Depuis ses débuts influencés par le cubisme (billet de 10 $) et par Disneys avec ses Mickeys ironiques, jusqu’aux figures féminines iconiques et fantasmées, on trouve un artiste serein, amoureux et sûr de lui.

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Fondation Leclerc

Le fonds et la fondation Hélène et Édouard Leclerc (art contemporain) ont vu le jour récemment. Installées à Landernau en Bretagne, lieu de naissance du tout premier supermarché Leclerc, la Fondation Leclerc et son programme d’expositions saisonnières valent le détour. Après avoir proposé Yann Kersalé (metteur en lumière breton qui s’est récemment frotté à des projets d’installations à Montréal et Toronto) et Gérard Fromanger, un des des pères fondateurs de la figuration narrative des années 60 et 70,En partenariat avec la Fondation Maeght, voilà qu’elles viennent d’offrir une expo digne d’intérêt sur le grand Juan,  « Juan Mirò, l’arlequin artificier ».

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Monumental et prolifique. Sculpture, dessin, peinture, céramique, céramique, tout y passe. « Je voudrais m’essayer à la poterie, à l’estampe avec une presse, à toutes les expériences » : cette phrase de Mirò résume la boulimie d’un artiste qui a eu la vie plutôt heureuse et facile, tôt encouragé et protégé par de nombreux mécènes. Et explique aussi pourquoi ses détracteurs ressortent le vieil adage « Qui trop embrasse, mal étreint ».  L’expo se concentre sur la période de production d’après-guerre (est-ce la meilleure?) et n’évite pas un effet d’amoncellement parfois brouillon.

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C’est vrai, la question nous taraude : est-ce que Mirò n’est pas quelque peu surévalué? Est-ce que la plénitude de sa vie d’homme touche-à-tout et capteur de styles, « proche de » ou « à la manière de » (Surréalisme, Picasso, Braque, Pollock…) n’a pas au fond plombé la profondeur de son travail, tout en conférant à ses oeuvres une sorte d’ombre « passe-partout », parfois opportuniste et plagiaire?

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Dans la foule des oeuvres, celles qui nous ont davantage touché sont quelques très belles pièces céramiques et surtout, des expérimentations sur tissus qui trouvent un écho très contemporain, dans les expérimentations actuelles les plus excitantes (Ronel Joordan par exemple). Paix à toi, Juan.

Photo en Arles

Fondé en 1969 , devenu depuis un des principaux rendez-vous mondiaux de la photo, Photo en Arles nous a offert un bon cru 2013 sur le thème, simple et envoûtant du noir et blanc, (« Arles in black », no comment). Que retenir, puisqu’il faut bien choisir? Jacques-Henri Lartigue d’abord, incontournable.

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Splendide, sensuel, classique et pourtant très libre, non seulement pour sa génération mais pour la nôtre aussi finalement. Avant-gardiste si cette expression a un sens, lumineux et modèle de tant de successeurs, comme la Photo League new-yorkaise des années 30 et 40.

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Noir et blanc? Le sud-africain Pieter Hugo donne un sens éclatant à ses tirages inversés. Grâce à une technique particulière reconnaissant la fréquence lumineuse de la pigmentation de la peau, voilà que ses portraits révèlent le côté noir des blancs et blanc des noirs…

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Gilbert Garcin enfin, un extraordinaire jeune homme de 80 ans qui s’est lancé dans la création professionnelle il y a seulement quelques années et qui a littéralement explosé!

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Découvert lors d’un précédent Photo en Arles où il avait participé à des ateliers son oeuvre étonnante et inclassable peut rappeler les surréalistes, Magritte, Delvaux. Prenant!

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Centre d’art contemporain de Saint-Restitut

Un conte universel : que se passe-t-il quand un beau village endormi et bien tranquille de la Drôme provençale devient tendance? Réponse,  il devient comme le Lubéron il y a quelques années,  le prix de l’immobilier  monte en flèche, les piscines fleurissent, les moindres recoins sont restaurés, on trouve des produits bio et du thé vert à l’épicerie et finalement… un centre d’art contemporain ouvre ses portes.

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Sur la route de Saint-Restitut, par anticipation je souffrais, pensant me retrouver dans un nouveau Saint-Paul-de-Vence avec vrais-faux artistes pour acheteurs Russes, des reproductions de vraies-fausses sérigraphies de Nikki de Saint-Phalle ou d’Yves Klein.

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Au Québec, on a vécu le même phénomène dans certains endroits des Laurentides et des Cantons de l’Est, proposant aux innocents fortunés des Riopelle ou Pellan non signés, des Armand Vaillancourt, des Corno, etc…

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Mais rien de tout cela heureusement à Saint-Restitut! Là-bas, c’est une atmosphère intime, chaleureuse et bon enfant, au service de brillantes programmation. La dernière en date, un regroupement de collectionneurs de la région (L-G-R) qui nous offre des noms et des oeuvres de Adami, Arroyo, Buraglio, Dietman, Yan Pei Ming, Monory, Morellet, Moerman, Rancillac, Rebeyrolle, Télémaque et Viallat (ill. plus haut : Jacques Monory, voitures; Yan Pei Ming, portrait de Mao, vermillon de Chine No 2, 1995). Ne ratez pas ce centre, si le vent vous mène dans ces parages du sud-est de la France…

Liens utiles :

Roy Lichtenstein, une exposition au Centre Pompidou, jusqu’au 4 novembre 2013.

Joan Mirò, l’arlequin artificier, Fondation Hélene et Édouard Leclerc, jusqu’au 3 novembre 2013.

Les rencontres d’Arles photographie, jusqu’au 22 septembre 2013.

Centre d’art contemporain de Saint-Restitut 12e Biennale de Lyon 12-09 / 5-01)

 

Cadeau ci-dessous : Yvonne, Koko et Bibi à Royan, 1924, de Jacques-Henri Lartigue.

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Projet peinture à l’UQAM – Dernière semaine!

L’année 2013 est loin d’être achevée et pourtant, on peut déjà affirmer qu’elle restera marquée d’une pierre blanche pour les projets en arts visuels de l’UQAM (Université du Québec à Montréal). Le remarquable Projet Peinture, qui a entamé son deuxième volet d’exposition à la Galerie de l’UQAM, nous a profondément intéressés, autant par son énergie et sa pertinence que par la qualité de son propos. IMG_1638

Au vernissage, Pierre Durette devant son oeuvre Contingent 7, Acrylique et encre sur panneau de bois (2012, galerie Lacerte). Voir aussi Ambiance de vernissage sans paroles (video).

L’objectif du Projet peinture est d’offrir « un instantané de la peinture au Canada ». Simple! Et en même temps, ambitieux, nouveau et risqué. Dans sa très belle préface au catalogue, Louise Dery, Directrice de la galerie de l’UQAM, devance l’objection la plus classique, celle de la sélection des artistes (recherche, validation, peer review – la méthodologie universitaire, ça a du bon parfois!).

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JackBishop, Tom Thomson and Tim Hortons, huile sur toile, 2012.

Au-delà de cette mise au point, L. Déry articule un constat qui mérite d’être soigneusement mémorisé pour les années à venir. Entre autres : 1/ la peinture moderne/contemporaine canadienne est morcelée et incomplète; 2/ c’est d’autant plus regrettable que partout au Canada, la peinture connaît une vitalité inégalée; 3/ ce renouveau de la peinture, au début du 21e siècle et à l’ère instantanée du tout-écran, peut s’expliquer par son statut « d’objet unique, insoumis face à la reproduction et au multiple, portant l’empreinte visible de sa fabrication technique et matérielle, résistant au temps et au regard »; et 4/ offrir un état des lieux de la peinture au Canada, c’est contribuer à son renforcement et à son rayonnement international.

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Team Macho, Floater, 2013.

Comment ne pas être d’accord avec un tel programme? Sinon pour ajouter que l’ouverture internationale des arts visuels doit s’opérer dans les deux sens et que dans ce domaine Montréal est encore insuffisamment ouverte – pour toute sortes de raisons sur lesquelles il serait intéressant de revenir.

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Vue d’ensemble. À l’arrière plan : polyptique de Team Macho et Louis-Philippe Côté, Clinique, 2012.

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Mario Doucette, La déportation des Acadiens, d’après Sir Franck Dicksee, 2012 pastel encre et acrylique sur bois. Écho à Kent Monkman…

Avec ce projet qui a demandé deux années de préparation, la galerie de l’UQAM a eu le courage de s’affirmer comme un acteur sortant de l’entre-soi institutionnel pour s’adresser à un public plus large et aller au-delà de sa mission strictement académique. Cette année, la visite des diplômés de l’UQAM à New York avec la visite de l’atelier de David Altmedj, la participation à la Biennale de Venise et l’association au Projet HoMa, sans oublier à la rentrée, sont autant d’indice du dynamisme de the University of Quebec in Montreal. Cerise sur le sundae : le Projet peinture figurera sur le site du Musée virtuel du Canada et pourra donc être retrouvée sur cette plate forme virtuelle.

Enfin, autre signe de succès : l’émergence d’initiatives « off », en marge du label officiel de l’université. C’est ce que propose la galerie D’Este en ce moment avec l’exposition « Autour de l’UQAM ». Fruit d’un dialogue d’amateurs éclairés entre le galeriste et Jacques Champagne, un collectionneur passionné qui s’intéresse aussi bien aux artistes confirmés qu’à la relève (Caroline Cloutier, Philippe Caron-Lefebvre et bien d’autres encore).

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Autour de l’UQAM à la Galerie d’Este, scène de vernissage.

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Projet Peinture. Un instantané de la peinture au Canada – à la Galerie de l’UQAM, jusqu’au 6 juillet 2013.

et aussi :

Autour de l’UQAM – à la Galerie d’Este, jusqu’au 7 juillet 2013.

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Juno Youn : une nouvelle galerie à Montréal

Pré-inauguration de la galerie Juno Youn dans le Mile-End. Son créateur est un jeune entrepreneur-artiste qui n’en n’est pas à son premier essai. Pour être un artiste-galeriste, il faut savoir jongler!

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Mondialisation. Du haut de sa jeune quarantaine Juno Youn revient sur son impressionnant parcours, Corée, Toronto, Europe, Chine (où il a sillonné le pays à la recherche des artistes et des galeries qui montent). Et Montréal finalement, où il vit depuis deux ans. Il apprend encore le Français, c’est donc en Anglais que vous le verrez exprimer son enthousiasme pour sa ville d’accueil, qui est pour les arts visuels « world-class ».

Juno Youn inaugure sa galerie à Montréal – regardez la vidéo!

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Pour sa première expo, « Paysages affectifs », Juno Youn a convié cinq jeunes photographes nord-américains de bon pedigree, Jonathan Castellino, Richelle Forsey, Dieter Janssen, Yuriko Kubota (ill. plus haut, On Earth Paris), Jonathan et Lori Nix. Un choix sûr, bien articulé avec la section « pop » de la galerie qui offre, quant à elle, des objets, reproductions et petites oeuvres à des prix très raisonnables (ill. plus bas, masque de banlieue).

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Richelle Forsey nous a particulièrement touchés avec sa série Urban Remains. Bien sûr, la représentation de la déchéance urbaine occidentale est presque devenue un lieu commun de la création photographique mondiale. Elle traite néanmoins son sujet avec une admirable maîtrise et sait insuffler un regard sûr et investi dans ses perspectives. Certains de ses paysages comme After the rain inside the Canada Linseed Oil Mill (Ill. plus bas) offrent des instants remarquablement lumineux.

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Fille du Kansas installée à Brooklyn, Lori Nix nous a fascinés avec les photographies de ses dioramas miniatures qui représentent des lieux urbains réinvestis par la nature, après un catastrophe à venir… Ses extraordinaires compositions déconstruites et reconstruites artificiellement avec une implacable minutie ne sont pas sans nous rappeler le programme fou de Thomas Demand, récemment exposé à DHC Art. Reconstituer ce qui n’a jamais été pour mieux imaginer ce qu’il adviendra, dans notre dimension ou dans une autre (Ill. plus bas, Church).

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Inquiétude, poésie, paysages : voilà de premiers ingrédients prometteurs pour définir une galerie. Atmosphère de pré-inauguration (regardez la vidéo)

Avec discrétion, Juno Youn expose aussi quelques-unes de ses oeuvres. Même s’il a su se faire un nom en dessin et en peinture, influencé notamment par Tapies et Dali, il nous a expliqué combien il était difficile de mener de front un parcours d’artiste tout en gérant une galerie. Un vrai combat. Juno Youn parle de son art (vidéo).

Appétit, énergie, drive, naturel : Juno Youn est déjà pleinement de son quartier du Mile-End et semble vouloir apporter une petite musique nouvelle – très complémentaire – dans le paysage des arts visuels. Sa programmation à venir est prometteuse. Allez faire un tour chez lui, vous vous y sentirez bien! Et bienvenue à cette dernière-née montréalaise.

Galerie Juno Youn – 5226 boulevard Saint-Laurent. Paysages affectifs, du 31 mai au 23 juin 2013.

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